Si c’est un homme, Primo Levi : fiche de lecture

© Ceija Stojka (artiste autrichienne rescapée des camps de concentration)

Voici une fiche de lecture complète (résumé, analyse des thèmes et des personnages) du récit Si c’est un homme écrit par l’italien Primo Levi en 1947.

Si c’est un homme est le récit d’un survivant des camps de la mort nazis.

Le témoignage de Primo Levi est précieux à bien des égards.

Il s’agit tout d’abord d’un témoignage direct de l’horreur du camp de concentration et d’extermination d’Auschwitz.

Primo Levi fait le choix d’une écriture simple qui rend sa parole accessible à toutes et à tous, pour mieux dénoncer l’horreur nazie.

Son analyse se veut objective et descriptive.

Ce témoignage est également important car il fut publié dès le lendemain de la Seconde Guerre mondiale, en 1947.

Primo Levi propose ainsi l’un des premiers témoignages de la Shoah, à une époque où les camps de la mort sombrent dans l’oubli collectif.

Mais Primo Levi va au-delà du nazisme. À travers l’expérience du camp de concentration, il interroge la déshumanisation de l’homme par l’homme.

Le titre pose ainsi une question fondamentale : qu’est-ce qui définit l’humain ? Quand commence l’inhumanité ? Et pourquoi des humains détruisent-ils d’autres humains ?

À travers le témoignage glaçant et clinique de Primo Levi, s’exprime ainsi un humanisme courageux et empli d’espoir.

Qui est Primo Levi ?

Primo Levi (1919-1987) est un écrivain et chimiste originaire de Turin, ville industrielle du nord de l’Italie. Il grandit dans un milieu bourgeois et cultivé, s’adonne avec passion aux activités sportives, et se distingue rapidement comme un élève brillant.

Mais ses études de chimie sont bouleversées par les lois antisémites qui se mettent en place à la fin des années 1930 dans l’Italie fasciste et qu’il subit directement en tant que juif.

En 1943, Primo Levi rejoint une milice antifasciste. Il est arrêté en décembre 1943, et déporté au camp de travail et d’extermination d’Auschwitz en février 1944.

C’est l’événement crucial de son existence.

Son internement en camp de concentration s’étend de février 1944 au 27 janvier 1945.

Primo Levi est affecté au camp de Monowitz, où il subit la faim, l’épuisement et l’esclavagisme.

Il bénéficie cependant de l’aide d’un civil italien et de ses connaissances en chimie, qui lui permettent d’accéder à un poste au sein du camp. Il survit par un concours de circonstances favorables.

Primo Levi retourne en Italie après plusieurs mois de transit dans des camps soviétiques. Il est méconnaissable, traumatisé.

Il se marie cependant, trouve un emploi, mais occupe son temps à écrire ce qu’il a vécu : de ces pages écrites dans l’urgence naîtra Si c’est un homme, publié en 1947.

L’œuvre, d’abord confidentielle, connaît une aura croissante, et c’est dans les années soixante que Primo Levi est véritablement reconnu comme un écrivain important.

Parallèlement, Primo Levi poursuit avec succès ses activités de chimistes, mais subit des épisodes dépressifs dus à son passé douloureux.

Dans les années quatre-vingt, il devient un auteur célèbre et consacré : ses œuvres entrent dans les programmes scolaires, il mène des conférences et des rencontres pour faire connaître son témoignage.

Le 11 avril 1987, Primo Levi meurt en chutant dans les escaliers de son immeuble. S’agit-il d’un simple accident ? Ou d’un suicide lié à un état dépressif, comme l’affirma le médecin qui l’examina ? Si c’est le cas, ce suicide interroge la capacité de la littérature et du témoignage à rendre la vie supportable après un traumatisme.

Comment résumer Si c’est un homme ?

Préface

Primo Levi considère avec humilité que son témoignage n’apporte pas de connaissances nouvelles sur les camps d’extermination, mais permet de donner à voir ce qu’il se passe lorsque le racisme devient le principe qui organise une société.

Il souhaite ainsi faire de son histoire un exemple à le ne pas réitérer.

Il justifie enfin ce qu’il considère comme un manque de composition par l’urgence d’écrire un récit vrai sur ce qu’il a vécu.

1 – Le voyage

Primo Levi raconte avoir été capturé en janvier 1944 alors qu’il évoluait au sein d’un groupe antifasciste en Italie.

Il est déporté après une nuit d’angoisse et de stupeur, et dans une absurde précipitation de la part des autorités allemandes.

Il arrive à Auschwitz au terme d’un pénible trajet en train de marchandises.

Les prisonniers sont séparés dans un calme tout aussi absurde. Primo Levi part avec le groupe des hommes valides tandis que femmes et enfants disparaissent vers la mort.

2 – Le fond

Primo Levi et les autres prisonniers sont déshabillés, désinfectés, revêtus d’habits misérables, humiliés, frigorifiés et désorientés.

Primo Levi décrit le camp de travail d’Auschwitz où il se trouve.

Les prisonniers y sont répartis dans des baraquements étroits. La nourriture est pauvre et mauvaise. Le froid constant.

Le plus misérable objet risquant d’être volé (fil de fer, bouton), les prisonniers gardent sans cesse sur eux leurs quelques biens.

L’eau est infectée et l’hygiène sommaire. Les prisonniers s’amaigrissent, au point que les Italiens du camp cessent rapidement leurs retrouvailles hebdomadaires, pour ne plus avoir à se voir se transformer en fantômes.

Les prisonniers travaillent pour la Buna, une usine de produits chimiques. Le travail dans le froid est éprouvant et les jours de repos très rares.

3 – Initiation

Dans ces conditions de vie épouvantables, Primo Levi raconte comment l’hygiène, bien qu’inutile du point de vue de la santé, est une manière de rester digne dans l’horreur : « c’est justement […] parce que le lager [=camp] est une monstrueuse machine à fabriquer des bêtes, que nous ne devons pas devenir des bêtes ».

4 – K.B

Null Achtzehn est un prisonnier adolescent qui semble vide, indifférent à tout, qui s’épuise au travail. En travaillant avec lui, Primo Levi se blesse au pied.

Cette blessure l’amène à vivre un temps à l’infirmerie.

Dans ce cadre un peu plus reposant, la musique du camp, qui rythme les allers et venues des prisonniers, lui apparaît dans toute sa monstruosité déshumanisante.

C’est dans la baraque des prisonniers malades que Primo Levi prend également conscience que les prisonniers sont réellement massacrés et gazés, discrètement. C’est justement ce qui arrive à un malade polonais qu’il a à peine eu le temps de rencontrer.

Parce que les conditions de vie à l’infirmerie sont un peu moins atroces, Primo Levi renoue avec des conversations avec d’autres prisonniers. Il partage sa mélancolie et envisage de survivre pour témoigner.

5 – Nos nuits

Après vingt jours de guérison, Primo Levi est intégré à un baraquement inconnu.

Il reconnaît Alberto parmi les prisonniers : « J’ai toujours vu, et je vois encore en lui le rare exemple de l’homme fort et doux, contre qui viennent s’émousser les armes de la nuit. »

Il raconte ensuite ses rêves, que font aussi tous les prisonniers : rentrer chez soi avec bonheur, puis raconter à ses proches les horreurs du camp, pour voir ses proches se détourner de soi avec indifférence. Ou rêver que l’on mange des aliments qui nous échappent au dernier moment. Ou revivre en rêve la journée qui s’est écoulée : hurlements, coups, brimades, froid.

Le réveil se fait dans un tel fracas et un tel tumulte que la plupart des prisonniers sont déjà éveillés au moment de l’appel matinal. Primo Levi se lève et les plaies de ses pieds se rouvrent.

6 – Le travail

Dans « l’horreur monotone », la neige et la boue, Primo Levi travaille jusqu’à l’épuisement.

Le seul réconfort réside pour lui dans les pauses gagnées en allant aux latrines (toilettes).

La pause de midi offre aussi une courte accalmie avec la soupe et la chaleur du poêle, ainsi le sommeil qui survient et ses rêves agréables, brutalement suspendus par la reprise d’un travail effroyable.

7 – Une bonne journée

L’approche du printemps apporte un soleil réchauffant qui redonne un peu d’espoir aux prisonniers, après ces mois d’hiver éprouvants. La faim est néanmoins omniprésente.

Les prisonniers travaillent toujours à Buna. Ironiquement, cette usine ne produira jamais rien.

8 – En deçà du bien et du mal

Primo Levi décrit tous les trafics d’objets entre prisonniers.

Une véritable « Bourse » assure le prix et la circulation des biens les plus précieux au camp : pain, chemise, tabac.

Avec de l’astuce et des stratagèmes risqués, divers moyens interdits permettent de se procurer ces biens, parfois avec la complicité de gardiens corrompus ou d’hommes de l’extérieur.

La Buna (l’usine) est une source d’objets et de matériaux à voler et à trafiquer pour survivre.

Même les infirmiers revendent les chaussures des morts. Dans ce monde de misère et d’intérêts, le bien et le mal n’existent plus vraiment. Seule compte la survie.

9 – Les élus et les damnés

Le titre de ce chapitre 9 distingue deux catégories opposées de prisonniers.

D’un côté, « les élus » sont les prisonniers doués d’astuce, de malice, de résistance ou de férocité qui leur confèrent la force de survivre, de trafiquer, voire d’accéder à des postes leur offrant des avantages, comme balayeur ou préposé aux latrines.

« Les damnés » désignent eux les prisonniers sans force, trop épuisés pour chercher des moyens pour améliorer leurs conditions de vie et qui meurent rapidement avant d’être remplacés.

10 – Examen de chimie

Primo Levi passe avec succès un examen de chimie au sein d’un groupe de prisonniers présélectionnés.

Face au recruteur, qui l’interroge depuis son bureau, il comprend mieux le nazisme, fondé sur un racisme déshumanisant, qui ne tolère les Juifs que tant qu’ils sont une ressource intéressante pour produire.

11 – Le chant d’Ulysse

Promo Levi fait la rencontre de Jean, un jeune et habile prisonnier, qui sait avantageusement nouer des relations familières avec des gens en place.

C’est grâce à Jean, et avec lui, que Primo Levi est chargé d’aller chercher la soupe. Cette tâche est préférable aux autres car elle offre l’occasion d’une longue promenade.

Jean et Primo Levi en profitent pour discuter, parler de leur passé, improviser un cours d’italien autour d’une récitation émue de La Divine Comédie de Dante par Primo Levi. Les vers récités rappellent Primo Levi à sa dignité et à ses souvenirs d’Italie.

12 – Les événements de l’été

Août 1944. Depuis leur isolement et leur détresse, les prisonniers ont malgré tout vent des événements de l’extérieur : le débarquement des Alliés en Normandie et l’offensive russe mettent en péril la domination de l’Europe par l’Allemagne nazie.

Les prisonniers doivent réparer en vain la Buna qui s’effondre sous des attaques aériennes répétées. Ces attaques inquiètent les Allemands du camp, qui n’en deviennent que plus féroces.

C’est dans ce contexte que Primo Levi fait la rencontre de Lorenzo, un généreux civil, qui travaille parmi ceux qui croisent les prisonniers à la Buna.

Primo Levi considère que c’est grâce à la bonté et à l’humanité de Lorenzo qu’il a survécu, car Lorenzo lui a rappelé qu’il existait encore un monde juste à l’extérieur du camp.

13 – Octobre 1944.

L’approche de l’hiver suscite un profond abattement, car cette saison éprouvante augmente le nombre de décès.

Survient la sélection : les nazis sélectionnent ceux qui mourront dans les chambres à gaz et ceux qui survivront.

La procédure est expéditive. Elle a pour but de réguler le nombre de prisonniers plus que d’éliminer les éléments faibles. Ainsi, certains hommes encore jeunes et forts sont envoyés dans les chambres à gaz, parfois semble-t-il par erreur.

Primo Levi survit tout en ayant conscience de l’absurdité aléatoire d’une telle sélection.

14 – Kraus

Kraus est un prisonnier hongrois nouvellement arrivé. Son ardeur au travail est critiquée comme une absurdité dont les autres, qui travaillent avec lui, ont à souffrir, puisqu’ils doivent s’adapter à son rythme.

Au retour du camp, Primo Levi lui fait croire qu’il a rêvé qu’il l’invitait à partager un festin familial. Ce mensonge généreux a pour but de soutenir Kraus, dont la bonté lui sera fatal dans cet univers impitoyable où le travail et la faim tuent.

15 – Die drei leute vom labor (« Les trois du laboratoire »)

Les Italiens arrivés avec Primo Levi au camp en janvier 1944 sont morts pour la plupart, et l’hiver, promesse de mort, s’intensifie.

Le travail à la Buna devient de plus en plus absurde, puisqu’il consiste à rebâtir des constructions qui s’effondrent sous les bombardements et de déplacer inlassablement des sacs pesants.

Mais Primo Levi, qui fait partie du kommando des chimistes, obtient le privilège de travailler dans le laboratoire de chimie. Ses conditions de travail privilégiées lui permettent de mieux survivre à l’hiver.

Au laboratoire, il prend encore davantage conscience de sa condition misérable auprès des quelques femmes qui y travaillent. Leur beauté et leur mépris le blessent.

16 – Le dernier

Pour résister aux rigueurs du camp et de l’hiver, Primo Levi et son fidèle ami Alberto ont mis au point plusieurs stratagèmes pour améliorer leurs conditions de vie : fabrication d’une plus grande écuelle pour y récupérer la soupe des ouvriers civils ; vols et reventes de balais et de limes ; trafic de tickets pour rations de pain.

Au cours d’une cérémonie lugubre et martiale, les prisonniers assistent à une pendaison publique. Le condamné est accusé d’être le complice des prisonniers qui ont fait exploser un des fours crématoires.

Avant de mourir, il crie aux prisonniers « Camarades, je suis le dernier ! » Son exécution, loin de l’humilier, lui confère une dignité qui « atteignit au vif l’homme en chacun de nous. »

Le courage et l’honneur du condamné emplissent Primo Levi et Alberto de honte, eux qui ne savent lutter que pour satisfaire leur ventre.

17 – Histoire de dix jours

11 janvier 1945. Tandis que les bombardements russes se font plus proches et plus intenses, Primo Levi attrape la scarlatine et se repose dans le baraquement des malades.

Il y fait notamment la rencontre de deux Français, Arthur et Charles.

L’annonce de l’évacuation du camp suscite l’inquiétude parmi les malades, qui ne pourront pas être évacués.

Les bien portants, plus de vingt mille prisonniers, s’en vont le 17 janvier 1944, avec enthousiasme et empressement, pour fuir l’horreur. Se trouve parmi eux, Alberto, le fidèle ami de Primo Levi. Quasiment tous ces prisonniers, Alberto compris, mourront durant cette marche d’évacuation.

18 janvier

Le chauffage et l’électricité cessent de fonctionner dans le camp.

Un bombardement détruit des baraquements vides, provoquant la panique des huit cents malades encore présents dans le camp. Les Allemands fuient.

Primo Levi envisage l’organisation nécessaire pour survivre.

19 janvier

Primo Levi traverse le camp détruit et désorganisé, pour revenir dans sa baraque avec de quoi survivre : de la nourriture et un poêle.

Primo Levi et les autres malades en éprouvent une certaine joie, parmi le gel et la guerre, et malgré la quasi-certitude de mourir de la maladie ou de la faim. Leur baraquement est le seul muni d’un poêle.

20 janvier

Parmi les malades squelettiques, Primo Levi et les deux Français, Arthur et Charles, partent en expédition dans le camp, à la recherche d’objets et de nourriture.

Les baraques sont saccagées, souillées d’excréments. Primo Levi trouve néanmoins une batterie de camion qui leur permet d’avoir de l’électricité dans leur baraquement.

L’armée allemande fuit.

21 janvier

« Une saleté indescriptible avait envahie toutes les parties du camp. » Primo Levi et les deux Français y trouvent néanmoins de quoi faire de la soupe.

Ils refoulent les « demi-vivants » qui les supplient, mais offrent de la soupe à Maxime, malade et tailleur de luxe, qui leur taille en échange des vêtements chauds.

Tout autour du camp, la guerre se poursuit.

Cela soulève en Primo Levi l’espoir de survivre, espoir qu’il cherche à transmettre aux autres malades.

22 janvier

Primo Levi et Charles poussent courageusement leurs expéditions jusqu’au quartier des SS, déserté. Ils y prennent des objets précieux, comme des médicaments et des draps.

Une demi-heure plus tard, des SS pénètrent les lieux, y fusillent 18 Français qui s’y étaient installés.

Le nombre de cadavres se multiplient. La détresse croissante amène les malades à supplier Primo Levi de leur venir en aide, ce qu’il ne peut faire malgré la pitié qu’il éprouve pour eux.

23 janvier

Primo Levi et Charles parviennent à extraire du gel des pommes de terre. Ils disposent ainsi d’une rassurante quantité de nourriture.

24 janvier

L’état des prisonniers se dégrade sous les effets du froid, de la faim et de la maladie.

Le troc entre les malades permet à Primo Levi et aux malades de sa chambre d’échanger de la nourriture contre des bougies.

25 janvier

Primo Levi et les malades de sa chambre ont à subir l’agonie et le délire de Somogyi, « un chimiste hongrois d’une cinquantaine d’années ».

Les survivants espèrent que les Russes arriveront bientôt pour les sauver.

Lassé d’attendre, Primo Levi se console dans les conversations qu’il mène avec Charles et Arthur : « nous nous sentîmes redevenir hommes ».

26 janvier

Primo Levi médite sur l’inhumaine expérience dont il a réchappé : « L’œuvre entreprise par les Allemands triomphants avait été portée à terme par les Allemands vaincus : ils avaient bel et bien fait de nous des bêtes. »

27 janvier

Les Russes arrivent.
Primo Levi et Charles sont devenus amis.

Qui sont les personnages dans Si c’est un homme ?

Primo Levi

C’est le personnage-narrateur de l’œuvre. Il raconte ce qu’il a vécu à la première personne, ce qui rend le témoignage plus poignant et immersif.

Ce Chimiste italien originaire de Turin arrive au camp de Monowitz à 24 ans.

Il en décrit avec simplicité et horreur la brutalité. C’est sans doute aidé sa formation scientifique qu’il parvient à si bien décrire son aspect et sa logistique.

Sa finesse lui permet de saisir les quelques règles essentielles qui favorisent la survie : discrétion, organisation, acceptation. Il philosophe même sur la brutalité du traitement qu’il subit.

Primo Levi se représente comme un homme bon et simple, qui sait nouer amitié, et qui se retient de juger et de condamner ceux qui l’entourent, à l’exception des nazis.

Primo Levi survit à l’horreur des camps et écrit pour faire savoir ce que les humains ont infligé à d’autres humains.

Alberto

Cet italien du même âge que Primo Levi est admiré pour sa bonté, qu’il a su conserver même au camp où triomphent la brutalité et l’égoïsme.

Primo Levi dit avoir survécu grâce à son exemple moral et à ses astucieuses stratégies pour mieux survivre.

Primo Levi et Alberto sont si inséparables que les prisonniers confondent même les prénoms.

Alberto meurt parmi les prisonniers valides qui ont quitté le camp avec les nazis.

Elias

Elias n’apparaît que brièvement. Mais c’est sans doute l’un des personnages les plus spectaculaires et singuliers de ce récit.

Cet homme de très petite taille est en effet doué d’une extraordinaire puissance musculaire, doublée d’une agilité et d’une endurance sans pareil.

Son talent inouï pour voler et pour se faire admirer, notamment par la parole, en font un prisonnier privilégié.

Elias incarne l’anormalité qui règne dans le camp, où triomphe des fous qui, dans le monde extérieur, auraient été des marginaux emprisonnés ou internés.

Docteur Pannwitz

Il n’apparaît qu’une seule fois. Ce chimiste allemand fait passer à Primo Levi l’« examen de chimie ».

Cet « Aryen » incarne toute la brutalité raciste du nazisme, qui déshumanise les Juifs et les transforme en matière utilisable.

Quels sont les thèmes importants dans Si c’est un homme ?

L’horreur du camp

Primo Levi donne à voir dans toute sa cruauté l’horreur du camp : froid glacial, travail épuisant, faim constante, saleté, maladie, désespoir, déshumanisation, mort.

Les prisonniers en sont réduits à ne plus penser qu’à leurs besoins vitaux, à la manière des bêtes : « nous-mêmes nous sommes la faim, la faim incarnée. »

L’horreur nazie déshumanise : « Les personnages de ce récit ne sont pas des hommes. Leur humanité est morte, ou eux-mêmes l’ont ensevelie sous l’offense subie ou infligée à autrui. »

L’absurdité de l’horreur

Dès son arrivée au camp, Primo Levi constate l’absurdité qui y règne.

Elle consiste tout d’abord en un effort scientifique d’organisation de la mise à mort : comptabilisations, sélections, esclavage, exécutions.

C’est pourquoi le camp apparaît à Primo Levi comme un lieu en dehors du monde, qui nie le monde, qui nie la vie.

L’atroce misère apparaît également comme absurde, tant elle consiste à broyer des humains.

Primo Levi fait bien remarquer que l’usine pour laquelle s’épuisent et meurent tant d’hommes n’a jamais rien produit, comme si sa fonction était de produire la mort.

L’absurdité enfin consiste à survivre à cette horreur.

Primo Levi bénéficia à plusieurs reprises de circonstances à la fois hasardeuses et favorables, qu’il assimile même aux miracles bibliques. Il a survécu là où tant d’autres, plus robustes ou résistants sans doute, sont morts. D’où cette culpabilité, qui naît notamment lorsqu’il entend mourir les malades qui le supplient.

Dans ce camp où règne une absurde violence, Primo Levi choisit de consacrer ses forces à sa propre survie, plutôt que de s’épuiser à chercher du sens dans ce qui l’entoure : « Depuis longtemps, j’ai renoncé à comprendre. »

Témoigner pour les vivants et l’avenir

Dès la préface, Primo Levi présente son œuvre comme un témoignage authentique. Il reconnaît la simplicité de l’écriture et la perfectibilité de son récit né dans l’urgence.

Mais c’est que Primo Levi écrit pour garder mémoire d’événements qui, autrement, sombreraient dans l’oubli, ou apparaîtraient irréels à la postérité tant ils sont violents.

Primo Levi lui-même peine parfois à admettre la véracité de son propre témoignage, tant il est atroce : « Aujourd’hui encore, à l’heure où j’écris, assis à ma table, j’hésite à croire que ces événements ont réellement eu lieu. »

Primo Levi raconte également, et cliniquement, la froide logistique nazie, qu’il considère comme l’application absolue du racisme : « Le lager [=camp] a été, aussi et a bien des égards, une gigantesque expérience biologique et sociale. »

Être juif, être déshumanisé

Si c’est un homme est le témoignage d’un Juif faisant l’expérience la plus absolue du racisme antijuif.

Son témoignage donne à voir le racisme à son paroxysme : le nazisme pousse la haine du juif jusqu’à la déshumanisation, l’esclavage et le génocide.

Primo Levi ne nie pas son identité juive mais ne la clame pas non plus, puisqu’il se définit avant tout comme un humain luttant pour son humanité et sa dignité.

Plus largement, Primo Levi donne à voir, du point de vue de la victime, ce qu’est la violence raciste, quelle qu’en soit la communauté ciblée.

Quelles sont les caractéristiques de l’écriture de Primo Levi ?

La simplicité documentaire

Primo Levi écrit de façon simple, transparente, en essayant d’être objectif.

Cette écriture lui permet de garantir l’universalité de son témoignage.

Primo Levi s’attache à expliquer ce qui l’entoure de manière synthétique et claire, sans doute inspiré par sa formation scientifique.

Il se révèle un fin observateur de la logistique du camp, dont il détaille la routine (distributions, douches, sélections) et identifie les failles, qu’il utilise à son profit.

Les portraits de ceux qui l’entourent animent le tableau de cet univers d’horreur : prisonniers, nazis, civils.

L’accessibilité et la simplicité documentaire de ce témoignage explique le succès de Si c’est un homme, et son importance dans les programmes scolaires de plusieurs pays.

Ecrire la violence inouïe

Poursuivant une démarche documentaire, Primo Levi rend compte des violences inouïes subies par les prisonniers.

Dès leur arrivée au camp, les hommes sont séparés de leurs proches, dont ils comprennent rapidement qu’ils ont été gazés et incinérés.

L’esclavage et la misère auxquels ils sont soumis les condamne à un travail qui provoque l’épuisement, les blessures, la maladie. Coups, insultes et brimades sont quotidiens.

Primo Levi reconnaît l’impuissance du langage à restituer l’horreur qu’il a subie.

La survie d’une intimité brisée

Primo Levi ne raconte pas seulement la destruction des corps et la violence méthodique du camp.

Il restitue également son expérience intime face à la déshumanisation qu’il subit.

Primo Levi ne cache pas sa fragilité : « Je sais bien, moi, que je ne suis pas de l’étoffe de ceux qui résistent, je suis trop humain, je pense encore trop, je m’use au travail. » L’auteur raconte à quel point il se sent sombrer dans un état de souffrance qui le porte aux marges de l’humanité.

Mais son intimité, bien que brisée, survit : Primo Levi conserve suffisamment de lucidité et d’humanité pour réciter des vers ou converser lorsqu’il le peut.

Si c’est un homme témoigne de la résistance d’une humanité face à un système qui essaie de la broyer. Il émane de ce témoignage humble et puissant un humanisme bouleversant de courage.

L’humour dans l’horreur

Dans ce récit de l’horreur, perce fréquemment une légèreté ironique, un comique qui tient à l’absurdité des situations.

Primo Levi véhicule un humour courageux et simple qui résiste à l’horreur.

Par exemple, le fait que les vols entre prisonniers soient constants les amène à transporter partout leurs quelques effets personnels, y compris dans les douches, où ils s’imposent des exercices d’équilibrisme quelque peu grotesques.

Primo Levi évoque également la naïveté des prisonniers nouvellement arrivés, et qui ne mesurent pas encore à quel degré de brutalité ils vont être soumis.

Les trafics informels et habiles stratagèmes des prisonniers sont quant à eux si virtuoses qu’ils peuvent susciter un rire admiratif ou ému face à cette résistance de l’intelligence humaine dans un milieu qui cherche à la détruire.

L’humour qui traverse çà et là Si c’est un homme ne se moque ainsi jamais des prisonniers, au contraire : ce rire maintient l’espoir d’une humanité préservée à travers l’horreur.

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