la laitère et le pot au laitVoici un commentaire de la fable « La laitière et le pot au lait » de Jean de La Fontaine.

La laitière et le pot au lait, La Fontaine, introduction

« La laitière et le pot au lait » issu des Fables, publiées par Jean de La Fontaine en 1678, raconte la mésaventure d’une jeune laitière emportée par sa rêverie et qui verra à quel point le retour à la réalité peut être brutal.

Il s’agit d’un éloge de la simplicité tant dans la vie que dans l’écriture.

Questions possibles à l’oral de français sur « La laitière et le pot au lait » :

En quoi le texte « la laitière et le pot au lait » est-il un apologue ?
Quelle est la morale de cette fable ?
En quoi cette fable appartient elle au classicisme ?
Le comique dans «La laitière et le Pot au lait».
♦ Qu’est-ce qui fait l’efficacité de la fable « La laitière et le pot au lait » ?

Annonce du plan :

La Fontaine compose un apologue (I) pour dénoncer les tromperies de l’imagination (II) et faire l’éloge de la simplicité tant dans la vie que dans l’écriture (III)

I – Un apologue plaisant

A – Les caractéristiques traditionnelles d’un apologue

La fable « La laitière et le pot au lait » présente les caractéristiques traditionnelles d’un apologue (un récit qui délivre une morale).

Il s’agit tout d’abord d’un récit posant un personnage central en début de vers : «Perrette». La laitière est décrite par touches minutieuses comme le montrent les adjectifs : «légère», «court », «agile» «simple», «plat».

La Fontaine campe rapidement son personnage et crée une complicité avec le lecteur avec le déterminant possessif «Notre» : « Notre laitière ainsi troussée« 

Ce récit, qui se termine au vers 29 «On l’appela le Pot au lait», est suivi d’une morale implicite qui souligne les errances de l’imagination.

Même si l’on retrouve les caractéristiques traditionnelles d’un apologue, la structure de la fable « La laitière et le pot au lait » est originale sur les aspects suivants :
14 vers contiennent la morale implicite, ce qui est important.
♦ La deuxième strophe ne contient pas qu’une morale implicite ; elle contient un rapide récit concernant l’auteur lui-même et met en scène les errances de sa propre imagination comme le prouvent les 11 occurrences de la première personne du singulier « je ».

B – L’objectif du fabuliste : plaire et instruire

A travers cette fable, La Fontaine souhaite instruire son lecteur. Mais au 17ème siècle, il s’agit de dire des vérités avec l’art de plaire.

Ainsi, le style est galant au début du texte par le champ lexical du vêtement : «coussinet», «légère et court vêtue», «cotillon simple», «souliers plats», «troussée».

L’utilisation de diminutifs «Perrette», «coussinet» place le lecteur dans un univers de proximité intime et dans un style mignard (style fondé sur la délicatesse et la sensualité).

L’adjectif possessif « Notre » laitière renforce cette impression de proximité qui donne un caractère plaisant au récit.

La fable est également très rythmée. Les verbes de mouvements donnent un caractère alerte à ce récit vif et enlevé : «allait à grand pas», «Perrette la dessus saute aussi».

En dépit d’un récit au passé, les participes présentsayant mis ce jour-là») et le style direct animent ce récit. Quant au présent dit de narration «Le lait tombe»,  «Va s’excuser à son mari», il dramatise la scène et crée un effet d’accélération stimulant pour le lecteur.

En outre, les effets de rime interne créent une accélération rythmique comme dans une chanson : «bien posé sur un coussinet» / «Je suis gros Jean comme devant» .

Transition : Mais ce récit vif et plaisant est avant tout une satire.

II – Une fable satirique

A – Une satire sociale : la critique d’une société matérialiste

La Fontaine se livre dans « La laitière et le pot au lait » à une satire sociale.

Du vers 7 («Notre laitière ainsi troussée») au vers 23 ( «Le lait tombe : adieu, veau, vache, cochon, couvée» ), Perrette rêve à la richesse potentielle de son pot au lait.

Or le champ lexical de l’économie est omniprésent : «Comptait», «prix», «argent», «achetait», «triple couvée», «coûtera peu de son», «revendant», «argent», «prix», «fortune».

On constate que les termes composant ce champ lexical se dédoublentprix», «argent»), soulignant un rapport obsessionnel à l’argent ou à la richesse.

La rêverie est généralement le moment de la réflexion spirituelle. Paradoxalement, ce sont les termes du négoce, de l’économie et des mathématiques qui envahissent la rêverie de Perrette.

A travers la laitière, La Fontaine déplore subtilement une société matérialiste, coupée de spiritualité.

Cette moquerie est accentuée par l’effet de miroir dû au polyptote (répétition de plusieurs mots de même racine, ou d’un même verbe sous différentes formes) « sauter » et « saute » qui assimile le veau et Perrette :
 » Vu le prix dont il est, une vache et son veau,
Que je verrai sauter au milieu du troupeau ?
Perrette là-dessus saute aussi, transportée » (v.20 à 22)

Outre sa dimension comique, ce processus d’animalisation met en valeur l’absence de réflexion et de spiritualité de la laitière.

La Fontaine précise d’ailleurs que le récit devient une « farce » ce qui ramène Perrette à un personnage d’une vulgaire comédie (« Le récit en farce en fut fait« ).

Par ailleurs, dans un processus d’accélération très vif, La Fontaine reprend toutes les étapes de la rêverie de Perrette mais de manière inversée : « Le lait tombe : adieu veau, vache, cochon, couvée » . La Fontaine détricote ainsi son texte et toute la rêverie de Perrette. Par ce procédé, la Fontaine suggère que les valeurs de la société trop matérialiste ne sont que des vanités.

Derrière, la satire sociale se cache également une satire morale

B – Une satire morale : la critique du narcissisme

Dans la morale finale, La Fontaine se met en scène pour  illustrer les erreurs de l’imagination (à partir du v.38 : « Quand je suis seul…« )

Le champ lexical de l’héroïsme est très présent dans cette morale : «bat la campagne» , «châteaux», «Pyrrhus» (grand guerrier dans l’Odyssée d’Homère), «honneurs», «au plus brave un défi», «détrôner le Sophi», «Roi», «diadèmes».

Les déterminants « Tout le bien du monde» / « tous les honneurs » / «toutes les femmes » créent un effet d’amplification propre au registre épique.

La Fontaine est héroïsé par l’attribut « seul », la solitude au milieu des dangers étant caractéristique du héros épique (« Quand je suis seul« )

Mais l’utilisation du registre épique est révélatrice d’une imagination débordante.

En effet, La Fontaine crée un décalage comique entre l’imagination de l’auteur et la réalité. Car derrière la grandeur apparente, se cache la misère.

Ainsi, le déterminant indéfini «quelque accident» montre que le personnage est le jouet du hasard contrairement au héros qui maîtrise tous les événements.

La mention finale de «gros Jean» fait référence à un personnage de chanson populaire de style bas. Cette référence crée un décalage comique entre le personnage qui se rêve en héros et la réalité.

Ces contrastes dénoncent le narcissisme auquel mènent les errances de l’imagination. La première personne du singulier est omniprésente à la fin du texte, mettant en valeur l’égocentrisme crée par l’imagination : Quand je suis seul je fais au plus brave un défi / Je m’écarte je vais détrôner le Sophi / On m’élit Roi, mon peuple m’aime » .

L’imagination débordante devient même délirante lorsque La Fontaine évoque l’élection du RoiOn m’élit Roi») ce qui est absolument inconcevable au 17ème siècle.

Transition : Au delà d’une fable sur l’imagination, « La laitière et le pot au lait » est une fable sur La Fontaine lui-même et sur l’écriture de la fable.

III – Une fable autobiographique

Dans « La laitière et le pot au lait » La Fontaine défend une morale épicurienne fondée sur la modestie et la simplicité. Or il applique cette morale à sa vie mais surtout à son écriture.

A – Un art de vivre avec simplicité

Cette fable est structurée par un effet de miroir entre Perrette et Jean de la Fontaine : le fabuliste met donc en scène deux personnages – Perrette et lui-même – tous deux entraînés par les délires de leurs imaginations.

La Fontaine fait donc preuve d’ironie et d’autodérision , notamment lorsqu’il se montre seul face à son miroir, se laissant entraîner par une épopée ridiculequand je suis seul» (v.38)).

Mais à la fin de la fable, La Fontaine ramène son lecteur à la sagesse :  l’expression «je rentre en moi-même» correspond à l’attitude du sage qui revient à lui-même avec simplicité et loin des débordements de l’orgueil ou de l’imagination.

C’est ainsi que La Fontaine nous invite à faire preuve de sobriété, de simplicité et de connaissance de soi.

Cette morale de la simplicité, La Fontaine l’applique à l’écriture des Fables. De ce point de vue La Fontaine réalise un véritable art poétique classique.

B – Un art d’écrire avec simplicité

Dans « La laitière et le pot au lait », La Fontaine mène une réflexion sur le genre de la fable.

On observe le caractère autoréférentiel du dernier vers «Je suis gros Jean comme devant» : issu d’une chanson populaire, ce vers semble malgré tout faire référence au prénom de La Fontaine.

Les divers animaux évoqués dans la récit semblent tout droit sortis des fables de l’auteur : «poulet», «Renard», «cochon », «vache» et «veau». On a l’impression qu’en quelques vers, La Fontaine convoque tous les animaux de ses fables dans un défilé littéraire.

Subtilement, l’auteur nous fait donc réfléchir sur le style qui convient à la fable.

A travers le registre épique (dans la morale) et l’allusion à la farce (« Le récit en farce en fut fait« ), La Fontaine positionne sa fable comme un genre intermédiaire, de style ni haut ni bas mais de style moyen comme le préconisaient les arts poétiques de l’époque classique.

D’ailleurs, la fable ne s’intitule pas comme la farce que l’on «appela le Pot au lait » mais « La laitière et le pot au lait », manière subtile pour La Fontaine de la distinguer de la farce un genre bas, peu prisé au 17ème siècle.

En bon auteur classique, La Fontaine nous rappelle que la plume doit être guidée par la mesure.

La laitière et le pot au lait, conclusion :

A travers « La laitière et le pot au lait », La Fontaine, en moraliste classique, prononce un éloge de la simplicité et dénonce les illusions de l’imagination.

Mais il donne également à la fable ses lettres de noblesse littéraires en inscrivant ce genre dans le plus pur classicisme : plaire et instruire dans la mesure et la raison.

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