Oh les beaux jours, Beckett : analyse [Fiche de lecture]

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Tu t’en es sans doute rendu compte, Oh les beaux jours de Samuel Beckett est une pièce déroutante.

Pourquoi te faire lire pour le bac de français 2020 une pièce a priori dénuée de sens, où il ne se passe rien et dont les personnages sont des pantins animés de mouvements mécaniques qui répètent inlassablement des expressions et clichés vides de sens ?

Eh bien justement : c’est là l’intérêt littéraire de cette pièce !

Beckett ne disserte pas sur la condition humaine : il la montre sur scène dans toute son absurdité, sa dérision et son impuissance.

Qui est Samuel Beckett ?

Samuel Beckett, qui est né en Irlande, écrit ses oeuvres en anglais et les traduit lui-même en français.

Il a publié de nombreux romans, mais doit surtout sa célébrité à ses pièces de théâtre qui ont rencontré un grand succès, notamment En attendant Godot (1953), Fin de partie (1956) et Oh les beaux jours (1963).

Il obtient le prix Nobel de littérature en 1969.

Ses pièces de théâtre s’inscrivent, à coté de celles de Ionesco, Adamov et Genet, dans un courant que les critiques ont appelé le Nouveau théâtre ou le théâtre de l’absurde.

Beckett met en scène des personnages esseulés, incapables de communiquer, qui s’enlisent dans un univers absurde.

Comment résumer Oh les beaux jours ?

Oh les beaux jours, acte I

L’acte I s’ouvre sur Winnie, femme d’une cinquantaine d’années, à demi enterrée dans un monticule de terre, qui porte un sac à main et une ombrelle. (Voir la lecture linéaire de la didascalie initiale de l’acte I de Oh les beaux jours)

Willie, caché derrière le mamelon (le monticule de terre), dort.

Winnie entame un monologue pendant lequel elle touche et trie tous les objets familiers en sa possession : lunettes, mouchoirs, brosse à dents. Dans son sac, elle finit par trouver un revolver et un flacon : elle range le revolver et vide le flacon d’un trait.

Willie fait son apparition et lit le journal. Winnie poursuit son monologue sur la vacuité de la vie. Une musique se fait entendre, un extrait de l’opérette La Veuve Joyeuse.

Winnie interroge Willie sur ses souvenirs mais rien ne lui revient. Il ne peut que lui donner la définition du mot « porc » qu’elle lui demande en fin d’acte. Puis Winnie demande à Willie de « prier sa vieille prière ».

Oh les beaux jours, acte II

L’acte II s’ouvre sur Winnie désormais enterrée jusqu’au cou face au public; elle ne peut plus bouger que les yeux. Le revolver apparaît nettement sur le mamelon.

Une sonnerie perçante se fait entendre, répétée à intervalles réguliers jusqu’à la fin de la pièce.

Winnie évoque une série de souvenirs éparpillés et non reliés entre eux : la rencontre, le premier bal, le premier baiser, des cadeaux, l’enfance et elle s’interroge sur le temps.

Willie revient à quatre pattes, essaie de grimper sur le mamelon mais tombe en articulant le surnom de Winnie, « Win ». Winnie s’en émerveille, chante sa chanson et regarde Willie. Le rideau tombe.

Quels sont les thèmes importants dans Oh les beaux jours ?

Le temps

Le temps est un thème majeur dans cette oeuvre.

C’est tout d’abord un temps circulaire dans lequel les journées qui se ressemblent se répètent inlassablement, rythmées par des sonneries de réveil et la répétition des mêmes expressions creuses.

Les mouvements de Winnie sont mécaniques : elle sort et manipule les mêmes objets (le tube à dentifrice, la brosse à dent, les lunettes, la loupe…), revivant infatigablement la même chose d’un jour à l’autre.

Le pluriel du titre Oh les beaux jours insiste sur la succession des jours qui se répètent.

Mais le temps n’est pas que circulaire : c’est un temps linéaire, qui détruit et anéantit les personnages. Il est représenté par l’enlisement progressif de Winnie (dans l’acte I, elle est à demi enterrée dans le mamelon; dans l’acte II, seule la tête dépasse du mamelon, comme si elle était progressivement absorbée par la terre).

Le temps apparaît aussi de manière lancinante tout au long de la pièce dans les didascalies (« un temps »).

La mort

Conséquence de ce travail sourd du temps, la mort menace en permanence les personnages.

Le « revolver » qui porte un nom, « Brownie », symbolise la présence menaçante de la mort mais aussi la possibilité du suicide que Winnie refuse en posant le revolver de côté (« Oh c’est une consolation sans doute, de te savoir là, mais je t’ai assez vu. Je vais te mettre dehors, voilà ce que je vais faire. »)

La pièce peut se lire comme le combat de Winnie contre la mort. Par le rappel des souvenirs, par son infatigabilité à répéter les mêmes gestes et les mêmes paroles, Winnie entre dans un défi permanent avec la mort.

La mémoire

Winnie lutte tout au long de la pièce pour conserver la mémoire.

Le jeu avec les objets comme l’ombrelle, la brosse à dent, le sac, les lunettes, les mouchoirs montre un attachement aux objets du quotidien qui cristallisent la mémoire et rappellent à la vie.

Chaque objet est investi d’un sens symbolique : l’élégance et la jeunesse pour l’ « ombrelle », la lucidité et la clairvoyance pour les « lunettes ».

Le sac qui renferme ces objets peut symboliser la mémoire que Winnie veille à toujours garder avec elle.

L’absurde

Les personnages sont perdus dans un monde absurde, qui n’a pas de sens.

Le décor est un paysage désertique fait d’herbes brûlées, un monde presque post-apocalyptique qui semble ne pouvoir donner aucun fruit.

Dans cette nature stérile, Winnie représente une humanité esseulée, abandonnée, qui persiste à s’émerveiller de tout, à célébrer « Les beaux jours » en dépit de la réalité qui l’entoure.

Le nom des personnages et le titre même de la pièce sont sarcastiques : le nom de Willie suggère la volonté (« The will » en anglais), mais cette volonté est annihilée par le silence (il ne parle presque pas).

Le titre Oh les beaux jours célèbre la vie mais l’absence de point d’exclamation souligne cette déliquescence de la volonté et de la vie dans la pièce.

Quelles sont les particularités de l’écriture de Beckett ?

Pour mieux faire ressortir l’absurdité de la condition humaine, Beckett mêle une écriture comique et tragique qui montre que tout est dérisoire.

Winnie et Willie sont ainsi des personnages presque clownesques qui s’inscrivent dans la tradition de la Commedia dell’Arte : par exemple lorsque Winnie fait des jeux de grimaces avec son visage ou lorsque Winnie essaie de monter sur le mamelon mais en tombe.

Le jeu de scène avec les objets du quotidien sortis puis remis dans le sac relève aussi de la farce.

Mais ce comique met en relief des situations tragiques : la solitude, l’oubli, le temps qui passe, la mort. Ce n’est pas un comique qui fait rire à gorge déployée, mais plutôt un comique du désespoir.

Le tragique est également perceptible dans la circularité des mots qui se répètent, soulignant l’incapacité des personnages à engager un dialogue véritable.

Quant au titre « Oh les beaux jours », il est d’une ironie tragique caractéristique de la pièce : il annonce une joie qui ne se réalise pas.

Que signifie le parcours « Un théâtre de la condition humaine » ?

La parcours littéraire associé à cette œuvre au bac de français 2020 est : « Un théâtre de la condition humaine » .

On entend souvent parler de la « condition humaine », mais il n’est pas toujours évident de comprendre ce que cette expression recouvre.

Un petit éclaircissement s’impose donc !

La condition humaine renvoie tout simplement à la situation de l’homme dans l’univers.

S’interroger sur la condition humaine, c’est donc s’interroger sur le sens de la vie humaine, la place de la vie dans notre société et dans l’univers.

Oh les beaux jours est une pièce qui propose une certaine vision de la condition humaine.

Laquelle ?

Très clairement, une vision pessimiste, qui met l’accent sur l’absence de sens de la vie, l’érosion de la mémoire, l’impossibilité à communiquer.

Pour réussir ce parcours, élargis ton horizon : ce n’est pas seulement Oh les beaux jours mais tout le théâtre de l’absurde que l’on peut qualifier de théâtre de la condition humaine.

Intéresse-toi ainsi à d’autres pièces de Beckett (En attendant Godot par exemple) ou à celles de Ionesco (Rhinoceros par exemple).

Une vision pessimiste de la condition humaine

Il faut déjà comprendre qu’à la date de parution de Oh les beaux jours (1963 en français), le monde est plongé dans une période de troubles politiques et sociétaux importants.

La deuxième guerre mondiale, le choc d’Hiroshima en 1945, les menaces de la guerre froide entre les Etats-Unis et l’URSS mettent en évidence la fragilité de l’espèce humaine.

Pour la première fois, on prend conscience que l’homme peut s’autodétruire.

Oh les beaux jours met en évidence cette inquiétude face à une mort qui rôde et fait son travail de destruction progressive.

Beckett s’attache ainsi à montrer l’absurdité de la condition humaine, c’est à dire l’absence de sens de la vie humaine.

Les personnages ont un comportement artificiel et farcesque, comme lorsque Winnie trie des affaires en faisant et défaisant son sac.

Ces comportements mécaniques font penser à un homme-machine automatisé, sans volonté et sans mémoire affective.

On observe d’ailleurs que Winnie peine à évoquer ses souvenirs et que Willie donne mécaniquement des définitions de mots sans être capable d’engager une conversation.

Cette standardisation inquiétante se voit dans les noms : Winnie et Willie semblent provenir du même moule sémantique, comme s’ils étaient issus d’une chaîne de fabrication.

Les mots, vidés de leur sens et répétés en vain, ne sont d’aucune aide pour les personnages qui ne savent pas communiquer.

Winnie est ainsi murée dans une attitude joyeuse artificielle fondée sur le déni de ce qui l’entoure.

Les clichés ou expressions toutes faites («  »le vieux style ! », « pour un bien », , « oh le beau jour », « quelle joie »…) trahissent des personnages creux, qui n’ont rien à dire mais qui se rattachent à un discours préétabli pour essayer d’exister.

Oh les beaux jours : un univers désespéré ?

Mais Oh les beaux jours n’est pas un univers complètement clos et désespéré.

L’amour entre les deux personnages reste une véritable force du début à la fin de la pièce.

Le vieux couple est usé mais leur nom (« Winnie et Willie ») contient le « oui » du mariage et cet amour apparaît certes par bribes mais semble ineffaçable.

La pièce s’achève d’ailleurs sur le regard qui unit les deux personnages (« Ils se regardent. temps long. Rideau« ) comme si l’amour permettait de remporter leur combat contre le néant.

La victoire des personnages est d’ailleurs suggérée par la répétition finale du diminutif de Winnie – Win – qui signifie victoire en anglais.

Enfin, si la parole est menacée par le silence, on observe un travail poétique sur la langue comme le montrent de nombreuses allitérations ou assonances dans le texte. La dureté et l’absurdité du monde contemporain n’ont pas complètement détruit le potentiel poétique de la langue.

Tu étudies Oh les beaux jours ? Regarde aussi :

En attendant Godot, Beckett : résumé
La Cantatrice chauve, Ionesco : résumé
Rhinocéros, Ionesco, scène d’exposition : analyse
Rhinocéros, acte II tableau 2 (transformation de Jean) : analyse
Rhinocéros, dénouement (monologue de Bérenger) : analyse
Ubu Roi, Jarry, acte III scène 2 : analyse
Ubu Roi, Jarry, acte V scène 4 : analyse

Qui suis-je ?

Amélie Vioux

Je suis professeur particulier spécialisée dans la préparation du bac de français (2nde et 1re).

Mon but est de te donner des cours et conseils simples, directs, et facilement applicables pour augmenter tes notes en 2-3 semaines.

Je crée des formations en ligne sur commentairecompose.fr depuis 8 ans.

Tu peux également retrouver mes conseils dans mon livre Réussis ton bac de français 2020 aux éditions Hachette.

6 commentaires

  • Bonjour madame Vioux,
    Ce que vous faites pour nous c’est vraiment extraordinaire !
    Serait-il possible que vous m’aidiez à faire une brève introduction pour la scène d’exposition du livre « oh les beaux jours » de Samuel Beckett pour une lecture analytique ?
    mes remerciements d’avance

    • Bonjour Léa,
      Je ne peux pas vous aider personnellement à rédiger vos devoirs maison, mais en t’aidant de ma fiche et de mon analyse de la didascalie initiale de Oh les beaux jours, tu devrais trouver quelques idées pour présenter l’œuvre en introduction !

  • Bonjour Amélie,
    Comme vous le savez surement, ce lundi je passe le bac de français. Je n’ai aucun problème pour trouver et analyser les procédés littéraires, je connais également tous mes mouvement littéraires et les genres (et sous genres) … Seulement je rencontre deux difficultés ( au commentaire composé). La première difficulté est que je n’arrive pas à lier le contexte de l’époque à l’œuvre, et la deuxième c’est que je n’arrive pas à organiser mes remarques ( je n’arrive pas à trouver le plan). Pouvez me donnez quelques conseil pour m’aider à surmonter ces difficultés.
    Je vous remercie d’avance pour votre aide.

  • Bonjour madame Vioux,
    tout d’abord merci beaucoup pour tout votre super travail
    j’aimerai savoir si il était possible de faire une page sur les problématiques de Les membres et l’estomac et les plans proposés en contre partie ?
    merci encore
    Bonne soirée a vous

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