Sido, Colette, Le portrait de Sido : analyse

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Sido

Voici une explication linéaire du portrait de Sido, la mère de Colette, issu de l’ouvrage éponyme Sido (1930).

L’extrait analysé va de «Elle revenait chez nous lourde de chocolat en barre» à «par la magie du secours efficace scellé d’or…»

Sido, Elle revenait chez nous lourde de chocolat, introduction

En 1930, l’écrivaine française Colette publie un recueil de souvenirs d’enfance qu’elle intitule Sido, du surnom de sa mère Sidonie.

Elle y raconte avec humour et poésie des épisodes de l’enfance heureuse qu’elle a passée dans un petit village de l’Yonne, son amour de la nature et son rapport, admiratif et fasciné, à sa mère. (Voir la fiche de lecture de Sido suivi des Vrilles de la vigne de Colette)

Nous sommes ici dans les premières pages de l’œuvre.

Colette nous a présenté sa mère comme une provinciale à la fois amoureuse de sa campagne, mais aussi irrésistiblement attirée par la capitale et sa vie culturelle.

Elle se souvient alors des moments où «Sido» rentrait de ses excursions parisiennes.

Texte étudié

Elle revenait chez nous lourde de chocolat en barre, de denrées exotiques et d’étoffes en coupons, mais surtout de programmes de spectacles et d’essence à la violette, et elle commençait de nous peindre Paris dont tous les attraits étaient à sa mesure, puisqu’elle ne dédaignait rien.

En une semaine elle avait visité la momie exhumée, le musée agrandi, le nouveau magasin, entendu le ténor et la conférence sur la Musique birmane. Elle rapportait un manteau modeste, des bas d’usage, des gants très chers.

Surtout elle nous rapportait son regard gris voltigeant, son teint vermeil que la fatigue rougissait, elle revenait ailes battantes, inquiète de tout ce qui, privé d’elle, perdait la chaleur et le goût de vivre. Elle n’a jamais su qu’à chaque retour l’odeur de sa pelisse en ventre-de-gris, pénétrée d’un parfum châtain clair, féminin, chaste, éloigné des basses séductions axillaires, m’ôtait la parole et jusqu’à l’effusion.

D’un geste, d’un regard elle reprenait tout. Quelle promptitude de main ! Elle coupait des bolducs roses, déchaînait des comestibles coloniaux, repliait avec soin les papiers noirs goudronnés qui sentaient le calfatage. Elle parlait, appelait la chatte, observait à la dérobée mon père amaigri, touchait et flairait mes longues tresses pour s’assurer que j’avais brossé mes cheveux… Une fois qu’elle dénouait un cordon d’or sifflant, elle s’aperçut qu’au géranium prisonnier contre la vitre d’une des fenêtres, sous le rideau de tulle, un rameau pendait, rompu, vivant encore. La ficelle d’or à peine déroulée s’enroula vingt fois autour du rameau rebouté, étayé d’une petite éclisse de carton… Je frissonnai, et crus frémir de jalousie, alors qu’il s’agissait seulement d’une résonance poétique, éveillée par la magie du secours efficace scellé d’or…

Sido, Colette (1930)

Problématique

Comment s’exprime la fascination de la jeune Colette pour la figure maternelle, et quel portrait nous en fait-elle ?

Annonce du plan linéaire

Du début de l’extrait à «des gants très chers», Colette peint la femme curieuse, exaltée, fantasque et généreuse qu’était sa mère.

Puis, de «Surtout elle nous rapportait…» à «jusqu’à l’effusion», Sido apparaît en mère adorée, attendue, cœur palpitant de cette famille et source d’un éveil sensuel chez sa fille.

Enfin, à partir de «D’un geste, d’un regard…», Sido franchit encore un degré dans l’estime de sa fille, qui la voit comme une fée.

I – Sido ou l’exaltation

De «Elle revenait chez nous lourde de chocolat en barre» à « des gants très chers »

De Paris, Colette ne perçoit que ce qu’en rapporte et dit sa mère.

Mais ce n’est pas tant la capitale qui la fait rêver que le personnage de Sido, exalté et fantaisiste.

Ainsi, à son retour, c’est un déballage enthousiaste de cadeaux qui témoignent de son caractère, de ses activités et de ses intérêts.

Sido a fait le plein de ces produits qu’on ne trouve pas en province. Les friandises («chocolat en barre», «denrées exotiques») ont été achetées en quantité, comme l’indique l’expression «lourde de».

Les «étoffes en coupons» appesantissent aussi les bagages et signalent son besoin d’élégance, son attrait pour les étoffes à la mode de Paris.

La locution adverbiale «mais surtout» attire cependant notre attention sur les « programmes de spectacles» et l’«essence à la violette»: Sido est une femme raffinée, cultivée, possédant un certain goût du luxe et une certaine sensualité.

Après cette énumération, la phrase rebondit et nous fait entendre la voix de Sido, qui raconte, exaltée, son séjour: «et elle commençait de nous peindre Paris dont tous les attraits étaient à sa mesure, puisqu’elle ne dédaignait rien».

L’antithèse entre l’adjectif «tous», auquel répond le pronom «rien», témoigne de la curiosité de Sido, femme virevoltante, qui veut tout voir.

Le passage suivant détaille, en une nouvelle énumération, la variété de ses activités parisiennes, condensées «en une semaine»: aucune des nouveautés culturelles et commerciales de la capitale ne lui échappe, ni les curiosités archéologiqueselle avait visité la momie exhumée, le musée agrandi»), ni «le nouveau magasin», ni les étoiles de la scène musicale («entendu le ténor»), ni les manifestations intellectuelleset la conférence sur la Musique birmane»).

L’allitération en « m » restitue le mouvement virevoltant de Sido : « En une semaine, elle avait visité la momie exhumée, le musée agrandi, le nouveau magasin, entendu le ténor et la conférence sur la Musique Birmane.« 

L’énumération se contente de désigner «la momie», «le nouveau magasin», «le ténor» avec un simple article défini, sans noms précis, comme si on entendait les expressions mêmes de Sido.

Mais les articles définis permettent aussi d’inscrire, avec une pointe d’humour, ces récits dans l’habitude et la répétition: à chaque retour de Paris, c’est un nouveau magasin qu’elle a vu, un nouveau ténor, une nouvelle conférence qu’elle a entendus.

Son goût pour la mode et le luxe sont une dernière fois évoqués dans une énumération : « un nouveau manteau, des bas d’usage, des gants très chers.« 

Cette énumération suggère également ses limites financières ou la modérationde Sido : si elle peut s’offrir «des gants très chers», le manteau, lui, est qualifié de «modeste» et les «bas d’usage» semblent ordinaires.

De même, elle n’a rapporté que des «étoffes en coupons», c’est-à-dire des échantillons.

Mais, comme le souligne ensuite Colette, ce qui importe, dans ce retour, n’est pas matériel…

II – Sido, la mère adorée et l’éveil de la sensualité

De « Surtout elle nous rapportait son regard gris » à « jusqu’à l’effusion« 

L’adverbe «surtout» détourne en effet notre attention des cadeaux rapportés par Sido, auxquels la narratrice n’accorde finalement que peu d’importance.

C’est le retour de la mère adorée qui compte: «Surtout elle nous rapportait son regard gris voltigeant, son teint vermeil», deux trésors dont la maisonnée ne saurait se passer.

Ceregard protecteur se pose avec bienveillance sur toute chose. La couleur de son teint «que la fatigue rougissait» fait ressortir la vivacité et la gaieté du caractère de Sido: sans eux, la vie semble s’éteindre dans la maison.

La métaphore des «ailes battantes» assimile d’ailleurs Sido à un oiseau revenu à tire d’ailes au nid, consciente de son rôle capital pour sa famille : «inquiète de tout ce qui, privé d’elle, perdait la chaleur et le goût de vivre».

Sido est donc le véritable cœur de cette famille.

La narratrice, enfin, en vient au parfum du manteau de Sido.

Elle confie au lecteur un secret d’enfance, jamais avoué à sa propre mère: «Elle n’a jamais su que».

La précision temporelle «à chaque retour» suggère que Colette attendait cet instant pour s’enivrer de ce parfum, sans doute respiré en cachette.

Sensuelle et douce, la «pelisse en ventre-de-gris», manteau de fourrure, est «pénétrée d’un parfum châtain clair»: une synesthésie associe couleur et senteur, évoque un parfum chaleureux et une chevelure féminine (« châtain clair » ).

La féminité et la pureté de cette présence sont confirmées par les adjectifs «féminin, chaste»: ce parfum, celui du corps même de Sido, recèle en quelque sorte l’essence même de cette femme.

«Éloigné des basses séductions axillaires», il se distingue par sa grande délicatesse, loin de toute vulgarité.

Enfin, l’émotion intense qu’en ressent la narratrice, qui la mène jusqu’à l’indiciblem’ôtait la parole jusqu’à l’effusion»), témoigne également de l’intense sensualité qui habite l’enfant.

III – Sido, fée de la maison

De «D’un geste, d’un regard…» à « scellé d’or« 

Sido, âme de la maison, en est aussi la divinité: «d’un geste, d’un regard elle reprenait tout». L’antithèse entre l’article indéfini singulier « un » et l’adverbe « tout » suggère la toute puissance de cette mère-déesse à qui tout appartient.

À nouveau, elle suscite l’admiration de sa fille qui transparaît dans l’exclamation: «Quelle promptitude de main! ».

Cette «promptitude» s’illustre dans une énumération d’actions: «elle coupait», «déchaînait», «repliait avec soin». Sido agit comme une fée : en trois verbes, le déballage, une sorte de libération magique des objets.

L’action de couper les «bolducs », le verbe «déchaînait» semblent le montrer avec humour, et le rangement («avec soin») sont accomplis.

Le détail de l’odeur des «papiers noirs goudronnés qui sentaient le catafalque» nous ramène à nouveau à la sensualité de l’enfant, pour qui ce retour de Paris est surtout un régal pour l’odorat.

C’est ensuite l’inspection discrète et efficace de la maisonnée, traduite par une nouvelle énumération de verbes à l’imparfait : « Elle parlait, appelait la chatte, observait (…) touchait et flairait mes longues tresse…« 

Paradoxalement, Sido n’utilise la parole que pour appeler l’animal, en femme proche des bêtes: «elle parlait, appelait la chatte».

Mais pour les êtres humains, elle se sert de ses sens, vue, toucher, flaire, en femme qui comprend et sent immédiatement, les choses sans recourir aux mots : elle «observait à la dérobée mon père amaigri»; elle «touchait et flairait mes longues tresses pour s’assurer que j’avais brossé mes cheveux…».

Sido exerce une surveillance très rigoureuse mais tout en bienveillance dans sa maison; rien ne lui échappe.

Le passage se clôt sur une anecdote. L’expression «une fois » et les verbes au passé simpleelle s’aperçut», «s’enroula», «je frissonnai, et crus») signalent le caractère unique de ce souvenir, et tranchent avec les imparfaits d’habitude.

Sido, tout en défaisant les paquets («elle dénouait un cordon d’or sifflant»), a également l’œil sur les plantes, ici le géranium dont une branche est cassée: «un rameau pendant, rompu, vivant encore».

L’imagination de l’enfant est alors frappée par le bond du ruban sur la plante : «la ficelle d’or à peine déroulée s’enroula vingt fois autour du rameau rebouté, étayé d’une petite éclisse de carton…»

« La ficelle d’or » semble animée d’une volonté propre puisqu’elle est sujet du verbe d’action « s’enroula », comme si elle agissait par magie.

Les points de suspension marquent la surprise de l’enfant, son regard émerveillé devant ce ruban qui, sous les doigts de sa mère, porte secours au géranium.

Colette analyse ce sentiment: «Je frissonnai, et crus frémir de jalousie», une jalousie pour cette plante ornée d’un ruban d’or et objet du soin maternel. La répétition des fricatives « fr » et l’assonance en « i » restitue le tressaillement de l’enfant.

Mais la narratrice corrige son analyse : «il s’agissait seulement d’une résonance poétique, éveillée par la magie du secours efficace scellé d’or…».

Le champ lexical du conte (« poétique », « magie », « secours », « scellé d’or ») dépeint Sido en fée secourable sous les doigts de laquelle tout prend vie.

Le portrait de Sido, conclusion

L’extrait analysé correspond au premier portrait, admiratif et amoureux, que Colette fait de sa mère.

Elle nous la montre à la fois cultivée, curieuse, élégante, exaltée comme une jeune femme, mais aussi profondément maternelle, mature et puissante par sa bienveillance et son sens de l’observation, sa diligence et ses aptitudes en toutes choses.

Cœur de la famille, capable de tout comprendre sans parler, d’observer et de sentir les choses, la fée «Sido» ne laisse ni les humains, ni les animaux, ni les plantes hors de sa sollicitude, et les objets semblent même lui obéir.

Mais au-delà de ce portrait, se dessine la personnalité de la jeune Colette, elle aussi curieuse, contemplative, attentive à tout, et en qui sommeille une profonde sensualité.

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Amélie Vioux

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