Sido, Colette, portrait de Sido en prêtresse du vent, levée au jour : analyse

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Voici une analyse linéaire du portrait de Sido en prêtresse du vent.

L’extrait étudié va de « Levée au jour, parfois devançant le jour… » à « un seul être au monde – mon père – nommait ‘Sido’ » (p.41 et 42 dans l’édition Livre de poche)

Portrait de Sido, « Levée au jour, parfois devançant le jour », introduction

Sido est un recueil de souvenirs d’enfance publié en 1930 par Colette, écrivaine française de la première moitié du XXe siècle (1873-1954).

Âgée de 57 ans au moment de la publication de cette œuvre, elle y raconte avec espièglerie, humour et tendresse des épisodes de son enfance, passée dans le petit village de Saint-Sauveur-en-Puisaye, en Bourgogne.

Elle évoque les souvenirs du jardin, de la forêt toute proche, des voisines, de ses frères et ses parents. Elle y confie notamment son admiration pour sa mère, Sidonie, dont le surnom donne le titre au recueil. (Voir la fiche de lecture de Sido suivi des Vrilles de la vigne)

Dans cet extrait, Colette dresse un portrait émerveillé de sa mère en prêtresse des vents, initiatrice.

Extrait étudié

Levée au jour, parfois devançant le jour, ma mère accordait aux points cardinaux, à leurs dons comme à leurs méfaits, une importance singulière. C’est à cause d’elle, par tendresse invétérée, que dès le matin, et du fond du lit je demande : « D’où vient le vent ? » À quoi l’on me répond : « Il fait bien joli…C’est plein de passereaux dans le Palais-Royal…Il fait vilain…Un temps de saison. » Il me faut maintenant chercher la réponse en moi-même, guetter la course du nuage, le ronflement marin de la cheminée, réjouir ma peau du souffle d’Ouest, humide, organique et lourd de significations comme la double haleine d’un monstre amical. À moins que je ne me replie haineusement devant la bise d’Est, l’ennemi, le beau-froid-sec et son cousin du Nord. Ainsi faisait ma mère coiffant des cornets en papier de toutes les petites créatures végétales assaillies par la lune rousse : « Il va geler, la chatte danse », disait-elle.
Son ouïe, qu’elle garda fine, l’informait aussi, et elle captait des avertissements éoliens.
– Écoute sur Moutiers ! me disait-elle.
Elle levait l’index, et se tenait debout entre les hortensias, la pompe et le massif de rosiers. Là, elle centralisait les enseignements d’Ouest, par-dessus la clôture la plus basse.
– Tu entends ? … Rentre le fauteuil, ton livre, ton chapeau : il pleut sur Moutiers. Il pleuvra ici dans deux ou trois minutes seulement.
Je tendais mes oreilles « sur Moutiers » ; de l’horizon venait un bruit égal de perles versées dans l’eau et la plate odeur de l’étang criblé de pluie, vanné sur ses vases verdâtres…Et j’attendais, quelques instants, que les douces gouttes d’une averse d’été, sur mes joues, sur mes lèvres, attestassent l’infaillibilité de celle qu’un seul être au monde – mon père – nommait « Sido » .

Sido, Colette.

Problématique

Comment Colette nous fait-elle saisir le rôle d’initiatrice qu’a joué sa mère dans la construction de sa vision presque animiste de la nature ?

Annonce du plan linéaire

Dans un premier mouvement (de « Levée au jour » jusqu’à « son cousin du Nord »), Colette expose sa conception – héritage maternel – des points cardinaux comme des divinités.

C’est ce qui l’amène, dans un second mouvement (de « Ainsi faisait ma mère » à « nommait « Sido » »), à replonger dans ses souvenirs d’enfance et à ressusciter la figure de sa mère en prêtresse des vents.

I – Les points cardinaux, divinités de la nature

De « Levée au jour » jusqu’à « son cousin du Nord »

Le lever très matinal de « Sido » signale d’emblée sa connivence avec la nature, dont elle connaît les secrets : « Levée au jour, parfois devançant le jour ».

Elle est à l’écoute des vents et de leur provenance, comme le montre l’ « importance singulière » qu’elle « accordait aux points cardinaux ».

Les vents sont personnifiés, avec « leurs dons » et « leurs méfaits » : ils sont présentés comme des esprits capricieux de la nature, bénéfiques ou maléfiques.

L’antithèse « dons / méfaits » souligne la justesse de cette écoute de la nature qui englobe tous les aspects du vent.

Cette amorce de portrait, momentanément interrompu, sert d’appui à Colette pour expliquer l’origine de ses propres habitudes.

Elle ne cache pas son affection pour sa mère : « C’est à cause d’elle, par tendresse invétérée, que dès le matin, et du fond du lit je demande : « D’où vient le vent ? » ». La locution prépositive « à cause de », au lieu du attendu « grâce à » est d’une tendresse ironique et souligne la transmission de la mère à la fille de cet intérêt pour le sens du vent.

Alors qu’elle n’a pas encore mis la tête à la fenêtre, ce sont les amis de Colette qui lui répondent évasivement : « Il fait bien joli… C’est plein de passereaux dans le Palais-Royal… Il fait vilain… Un temps de saison ».

Le pronom impersonnel « il » dans « il fait bien joli…Il fait vilain » souligne le caractère vague et stéréotypé des réponses reçues.

Dans la phrase suivante, l’adverbe « maintenant » signale que le temps où sa mère pouvait lui apporter une réponse précise est révolu : « Il me faut maintenant chercher la réponse en moi-même ».

Cette réponse est donnée par les sens : la vue (« guetter la course du nuage »), l’ouïe (« le ronflement marin de la cheminée »), le toucher (« réjouir ma peau du souffle d’Ouest »).

Le verbe « réjouir » signale le plaisir sensuel éprouvé au passage du vent.

Le vent est déifié grâce à sa majuscule (« du souffle d’Ouest » , « la bise d’Est » , « cousin du Nord » ) et personnifié par la comparaison : « comme la double haleine divergente d’un monstre amical ».

L’adjectif « divergente » et l’oxymore « monstre amical » témoignent de la complexité des sensations et des informations à analyser dans la texture même du vent.

L’assonance en « i » fait quant à elle entendre au lecteur le sifflement du vent : « réjouir ma peau du souffle d’Ouest, humide, organique et lourd de significations comme la double haleine divergente d’un monstre amical. « 

Colette termine son tour d’horizon par l’évocation des vents de l’Est et du Nord, tous deux également personnifiés, qui apportent le froid et l’inconfort : « À moins que je ne me replie haineusement devant la bise d’Est, l’ennemi, le beau-froid-sec et son cousin du Nord ».

II – Sido, prêtresse des vents

De « Ainsi faisait ma mère » à « nommait « Sido » »

Colette bascule alors dans les souvenirs d’enfance, avec l’imparfait d’habitude.

La figure maternelle ressurgit par le biais d’une comparaison : « Ainsi faisait ma mère ».

Sido protège ses plantes des vents et de la « lune rousse » : « coiffant de cornets en papier toutes les petites créatures végétales assaillies par la lune rousse ».

Les plantes sont personnifiées : « petites créatures« , elles reçoivent la tendresse maternelle de Sido qui les coiffe d’un chapeau en papier.

Le portrait de Sido s’anime progressivement, puisqu’on entend Sido parler au style direct : « « Il va geler, la chatte danse », disait-elle ».

Sidonie a développé son sens de l’observation pour le moindre détail, ici pour l’allure de la chatte, rendue plus vive par le froid.

Mais la vue n’est pas le seul sens qui lui permet ses pronostics : « Son ouïe, qu’elle garda fine, l’informait aussi ».

Ses sens sont au service de l’analyse de l’air : « et elle captait des avertissements éoliens », « avertissements » qui semblent émaner d’Éole, dieu du vent.

Le verbe « capter » donne l’idée d’informations subtiles, que seuls un esprit attentif et une grande finesse des sens peuvent détecter.

Sido apparaît ainsi à sa fille comme un être supérieur, prêtresse à qui les dieux envoient des messages.

Une scène revient ensuite à la mémoire de Colette ; elle se retrouve petite fille aux côtés de sa mère, qui l’initie à l’écoute du temps : « Écoute sur Moutiers ! me disait-elle ». La phrase exclamative au style direct semble anime soudainement ce souvenir.

Un tableau s’esquisse alors.

Le décor est le jardin de la maison d’enfance : « entre les hortensias, la pompe et le massif de rosiers. »

Tout à coup immobile au centre de ce triangle magique, Sido semble avoir reçu l’oracle : « Elle levait l’index et se tenait debout » . L’index levé semble exprimer autant sa volonté didactique que sa propre concentration.

« Là, elle centralisait les enseignements d’Ouest, par-dessus la clôture la plus basse » : l’adverbe « là » signale que l’endroit n’est pas hasardeux et le verbe « centralisait », humoristique, fait hyperboliquement de ce jardin le centre de croisement des oracles « éoliens ».

L’expression « les enseignements d’Ouest » prolonge le champ lexical de l’information et la déification des points cardinaux, qui ont un message à délivrer.

Sido est justement l’interprète de ces oracles éoliens. Elle en tire des prédictions et des ordres donnés ensuite à sa fille : « Tu entends ?… Rentre le fauteuil, ton livre, ton chapeau ». Les points de suspension et l’énumération restituent la vive mise en mouvement de la mère.

Sido prévoit avec assurance l’arrivée imminente de la pluie : « il pleut sur Moutiers. Il pleuvra ici dans deux ou trois minutes seulement ». Le futur de l’indicatif confère à Sido les pouvoirs d’une véritable prophétesse délivrant les oracles.

Mais la petite fille qu’est Colette n’obéit pas immédiatement. En digne fille de sa mère, elle aussi veut entendre, et surtout sentir la pluie. « Je tendais mes oreilles « sur Moutiers » » . Les guillemets signalent son amusement face à cette expression maternelle.

Elle aussi entend arriver l’averse : « de l’horizon venaient un bruit égal de perles versées dans l’eau ». Le plaisir complexe des sens s’exprime en images : à l’idée sonore du roulement de la pluie, restituée par l’allitération en [r] ( « de l’horizon venaient un bruit égal de perles versées dans l’eau » ) s’ajoute la métaphore précieuse, visuelle, des perles pour les gouttes de pluie, grises, lisses, rondes.

La « plate odeur de l’étang » sollicite, dans une synesthésie, à la fois odorat, vue et toucher en associant un adjectif inhabituel (« plate ») à l’ « odeur ».

La métaphore du crible (« criblé de pluie ») sollicite à nouveau l’ouïe et le toucher.

Elle se prolonge dans l’expression « vannée sur ses vases verdâtres » – avec une allitération en [v] qui fait entendre la pluie. Les gouttes de pluie sont comparées à des grains de blé que l’on vanne, mais ici les tamis sont « les vases verdâtres » de l’étang.

Le plaisir sensuel des « douces gouttes d’une averse d’été » apportée par l’Ouest, la précision « sur mes joues, sur mes lèvres » expriment le plaisir de l’enfant qu’on imagine lever la tête vers le ciel. On retrouve le plaisir ressenti au « souffle d’Ouest » au début de l’extrait.

Le plaisir ultime, cependant, réside dans le constat de « l’infaillibilité » des prédictions de Sido, dont cette pluie est la preuve (« attestassent »).

La chute revient avec vénération sur la figure maternelle, « celle qu’un seul être au monde – mon père – nommait « Sido » ».

Le rejet en fin de phrase, de ce surnom, titre du recueil, lui donne un aspect magique et mystérieux.

Quant au père de Colette, il jouit du privilège d’être l’intime ami d’un être supérieur.

«Celle qu’un seul être au monde – mon père – nommait « Sido » », conclusion

Tout prend vie et sens dans la pensée de Sido, de la moindre petite fleur aux vents et points cardinaux, en passant par la démarche de la chatte en hiver.

Colette la peint ici, avec humour et légèreté mais respect et affection, en prêtresse des vents qui se croisent dans son jardin et lui livrent leurs oracles.

En lui rendant hommage, en ressuscitant ses souvenirs de petite fille admirative, Colette montre quelle influence sa mère, cet être supérieur, a pu avoir sur son propre imaginaire de la nature, lui-même tout fait de personnifications et de dialogues avec les éléments.

Ce passage est enfin l’occasion de faire rayonner ce surnom, Sido, de lui donner toute sa magie en expliquant l’origine du titre du recueil.

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Qui suis-je ?

Amélie Vioux

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