les animaux malades de la peste analyseVoici un commentaire de la fable « Les animaux malades de la peste » de Jean de La Fontaine.

Ce commentaire met en évidence les points  clés pour analyser « Les animaux malades de la peste » à l’oral de français.

Une fois n’est pas coutume, je vous conseille de modifier légèrement le plan selon la problématique qui vous sera donnée à l’oral.

« Les animaux malades de la peste » étant une fable très longue et riche, vous devez être sélectifs afin de présenter une lecture analytique de 10 minutes (ni plus ni moins).

Pas de quoi s’alarmer puisque je vous indique ici les deux types de problématiques possibles sur « Les animaux malades de la peste » et vous montre exactement comment y répondre.

Lire Les animaux malades de la Peste (texte)


Analyse des animaux malades de la peste

I– La dramatisation de la situation initiale

A – La dramatisation du mal

Les premiers vers de « Les animaux malades de la peste » dramatisent la situation.

L’article indéfini (« Un mal »), la répétition de « mal » au deuxième vers ainsi que les deux propositions relatives créent un effet d’attente. Ce mal n’est  caractérisé qu’au 4ème vers : « La Peste ».

Cette mise en scène du mal inspire la terreur, d’autant plus qu’au XVIIème siècle, le mal était associé au diable, le « malin », et a donc une forte connotation religieuse.

Les majuscules à « Mal » et « Ciel » traduisent la crainte du monde divin qui sanctionne les mauvaises conduites (« pour punir les crimes de la terre »).

Les rimes « fureur » et « terreur » des deux premiers vers renforcent l’impression de peur qui se dégage du texte. D’une part, la répétition du son « reur » semble faire entendre le tonnerre que l’on associe à la punition divine. D’autre part, la rime souligne l’association sémantique (relative au sens) des deux termes : la fureur divine a pour conséquence la terreur.

Le chiasme du vers 7 crée une impression puissante : « Ils ne mourraient pas tous, mais tous étaient frappés ». la répétition du pronom « tous » encerclé au cœur de la phrase évoque l’universalité du mal qui frappe tous les êtres sans exception.

L’abondance des négations des vers 7 à 11 traduit une situation de manque et de privation : « ils ne mourraient pas tous », « on n’en voyait point », « nul mets n’excitait leur envie », « ni loups ni renards ».

B – La dédramatisation

Néanmoins, la référence à l’Achéron dédramatise la situation.

En effet, dans l’antiquité grecque, l’Achéron est le fleuve qui sépare le royaume des vivants du royaume des morts, si bien que l’Achéron désigne par métonymie la mort.

Or la Fontaine fait un trait d’esprit : « La peste capable d’enrichir en un jour l’Achéron » : le terme enrichir surprend puisqu’il connote positivement la mort alors que celle-ci est ressentie par les hommes comme une perte. Cette référence dédramatise la situation et rappelle au lecteur qu’il lit une fantaisie.

La Fontaine poursuit cette  dédramatisation en faisant allusion à d’autres fables du recueil. On relève ainsi aux vers 11 et 12 une allusion à « le Loup et l’agneau » (« Ni loups, ni renards n’épiaient la douce et innocente proie ») et à « Les deux pigeons » au vers 13 : « les tourterelles se fuyaient ».

II – L’hypocrisie du roi

Le lion se donne l’apparence d’un être amical, honnête et prêt au sacrifice pour son peuple. En réalité, c’est un hypocrite qui maîtrise l’art du discours.

A – L’autocritique du roi

Il ouvre son discours par une apostrophe amicale, « Mes chers amis », qui souligne la solennité du conseil. Toutefois, le terme « ami » est déjà hypocrite : les autres animaux sont soumis aux décisions royales et ne peuvent entretenir un lien d’amitié avec le roi des animaux.

Le lion énonce la raison d’être du conseil sur le mode impératif : « que le plus coupable de nous / se sacrifie ».

Il ordonne ainsi la désignation d’un bouc-émissaire alors que lui-même n’est pas certain du résultat comme l’indique le modalisateur qui suit : « peut-être il obtiendra la guérison commune ».

Il entoure son discours d’ autorité en évoquant « l’histoire » (vers 21), mais sans approfondir ses références.

Le lion commence alors son autocritique. Il semble faire preuve de courage et d’honnêteté en se confessant « sans indulgence » (v.23).

Il révèle avoir dévoré « force moutons » (récidives multiples) pour satisfaire ses « appétits gloutons » (son appétit qui peut sembler naturel est travesti en défaut de gloutonnerie). Le lion rappelle sa responsabilité pleine et entière puisqu’il n’a nullement agi par légitime défense : « Que m’avaient-ils fait ? Nulle offense ».

Il avoue même avoir mangé plusieurs bergers. Le rejet du terme « berger » au vers 29 (vers de 3 syllabes) provoque la surprise et accentue la gravité des faits avoués.

B – Une issue inattendue

Le lion vient d’avouer un comportement fautif et semble prêt à se sacrifier pour le bien de son peuple. Pourtant, la conclusion de son autocritique va à contre-courant de l’issue attendue :

« Je me dévouerai donc, s’il le faut ; mais je pense / qu’il est bon qu s’accuse ainsi que moi : / car on doit souhaiter, selon toute justice, / Que le plus coupable périsse. »

Le verbe « dévouer » au futur de l’indicatif annonce avec certitude le sacrifice du roi, mais cette certitude est aussitôt anéantie par les deux restrictions qui suivent : « s’il le faut » et la conjonction de coordination « mais ». Le roi ne se sacrifiera pas.

III – La flagornerie des courtisans

A – La flatterie du renard

A travers la réplique du renard, Jean de La Fontaine épingle la flagornerie des courtisans.

Le renard qui maîtrise l’art de la rhétorique parvient à travestir les crimes du lion en objet de louanges.

L’exclamation et la question rhétorique à laquelle il répond de façon répétée disculpe le roi (« Eh bien, manger moutons, canaille, sottes espèces, / Est-ce un péché ? non, non. »

Ce qui était sujet au blâme provoque l’éloge : la cruauté du lion se transforme en  « scrupules » et en « délicatesse ». Les victimes du lion sont dénigrées (« canaille, sotte espèces »), le crime est requalifié en « honneur » (« Vous leur fîtes Seigneur / En les croquant beaucoup d’honneur »).

L’abondance de formules obséquieuses (« Sire », « Roi », « Seigneur ») et superlatives (« trop bon Roi », « trop de délicatesse ») vise à flatter la vanité du roi.

Le berger est un prétexte supplémentaire pour louanger le lion.  Le renard considère que les hommes « qui sur les animaux / se font un chimérique empire » (v.41 et 42) ont ainsi été justement punis. C’est ici l’adjectif chimérique qui sous-entend la toute-puissance avérée du lion.

B – L’hypocrisie des animaux puissants

La flatterie du renard produit l’effet attendu : « Ainsi dit le renard, et flatteurs d’applaudir ».

Les autres animaux puissants se livrent alors à une rhétorique similaire : il feignent de se confesser pour mieux se disculper.

Le travestissement des faits avoués est soulignée par l’antithèse : « Les moins pardonnables offenses » (v.46) / « de petits saints » (v.48).

III – L’injustice envers les faibles

A – Le discours de l’âne

L’âne commet l’erreur de ne pas avoir su décoder le discours du lion. Prenant ses paroles au sens littéral, il confesse ses fautes sans se dédouaner comme l’ont fait les autres animaux. 

Les faits avoués sont sans gravité : herbivore, il n’a fait que brouter très peu d’herbe (« la largeur de ma langue ») dans le pré de moines. Il n’a donc lésé personne (Il n’a pas tué, les moines ne mangent pas d’herbes et leurs propriétés étaient à l’époque disputées). Par ailleurs, les faits ne se sont produits qu’une seule fois (« j’ai souvenance »).

B – La harangue du loup

Pourtant, l’aveu de l’âne provoque la vindicte des autres animaux.

Le loup se mue en procureur (son pelage noir évoque la robe des procureurs et des clercs) et se lance dans un réquisitoire brutal et peu convaincant.

L’énumération d’injures aux vers 57 et 58 (« ce maudit animal, /ce pelé, ce galeux d’où venait tout leur mal ») laisse transparaître sa haine et son mépris pour les faibles et galvanise la foule.

Les invectives du loup sont reprises en chœur par les autres animaux : « Manger l’herbe d’autrui ! Quel crime abominable ! ». Le discours indirect libre met en évidence la vitesse à laquelle ces mauvaises paroles se propagent.

C – La violence de l’exécution

La « pecadille » devient un « cas pendable ». La quasi homophonie des deux termes de cette antithèse (« peccadille » et « cas pendable ») souligne le prompt travestissement de la réalité.

La rapidité de la chute aux vers 60 et 61 fait écho à la brutalité de la sentence et de l’exécution dont la violence est mise en valeur par le hiatus inhérent à la diérèse sur le verbe « expier » (expier est à prononcer ex-pi-er au lieu de ex-pier cliquez ici pour apprendre en 5 mn comment analyser les diérèses (vidéo).

La mort de l’âne a perdu toute dimension sacrificielle,  le verbe expier évoquant une punition humaine consécutive à un crime.

La morale (ou moralité) de « les animaux malades de la peste » dénonce l’arbitraire de la justice qui n’a pour seul but que de maintenir l’ordre social établi.

La formule est percutante : une série de deux antithèses est mise en relief par le parallélisme des deux vers : « Selon que vous serez puissant ou misérable, / les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. »

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  30 commentaires à “Les Animaux malades de la peste, La Fontaine : commentaire”

  1.  

    Parfait, rien à dire, merci Amélie :)

  2.  

    super site et super commentaire :)

  3.  

    Est-ce qu’a l’oral on risque d’avoir les mêmes problématique que vous ?

  4.  

    Bonjour,
    Je voudrais savoir si il y aurait une ouverture a cette fable ou non? J’ai fais mon commentaire j’en suis a la conclusion et sa m’intéresse de savoir si oui ou non il y a une ouverture voilà merci d’avance!

  5.  

    Merci beaucoup cela m’aide beaucoup encore merci d’avoir répondu aussi rapidement.

  6.  

    Je ne comprends pas quelque chose… Ma professeur de français m’as dit qu’avant de commencer un commentaire littéraire (en l’occurrence celui-ci) il fallait que je trouve des procédés (environ 12) et leurs commentaires pour pouvoir dégager le plan. Alors que sur les sites que j’ai trouvé sur la méthode du commentaire littéraire, il dise de surtout évité d’analyser les procédés d’écriture… Que dois-je faire?

    •  

      Bonjour Mael,
      Où as-tu vu qu’on ne devait pas analyser les procédés littéraires dans un commentaire composé ? Tu as peut-être mal compris ou bien tu es tombé sur un site pas sérieux. Ta professeur de français a raison : il est essentiel de repérer et d’analyser des procédés littéraires pour construire un commentaire littéraire. Les procédés littéraires sont par exemple les figures de style, les allitérations etc.

      •  

        Moi, on m’a dit de faire ressortir du texte les impressions qui se dégage, les idées principales transmit à travers l’extrait, et après pour expliquer tout cela désigner des phrases (qui utilisent souvent des figues de style). c’est peut-être cela que tu as lu.

  7.  

    Bonsoir Amélie!
    Avec ce commentaire et le post sur les problématiques, les informations sur ce texte sont assez complètes je trouve. J’aimerais donc le mettre dans mon corpus pour l’oral de français, est-ce-que cela correspond au thème de la question de l’homme?
    Toujours merci pour vos réponses et votre site!

    •  

      Oui Loïs, les fables de La Fontaine s’intègrent bien dans la séquence sur l’argumentation. N’oublie juste pas de donner cohérence à la séquence à l’aide d’une problématique de séquence.

  8.  

    D’accord merci!

    Alors je dois donner une problématique à mon groupement de texte ? Donc mon groupement de texte doit réunir, en plus de l’objet d’étude, un thème commun ?
    Pour l’instant, si j’ajoute cette fable, j’ai 3 apologues, avec un extrait de micromégas, et du chapon et de la poularde. La question de l’homme dans les apologue peut-elle constituer une problématique ?

  9.  

    Bonjour Amélie, je viens de découvrir ton site et c’est une mine d’or !! Merci beaucoup et continue surtout!
    Je voulais juste savoir si c’était normal de ne pas pouvoir copier-coller à partir de ton site ?…
    Merci d’avance =)

    •  

      Bonjour Marie,
      Merci pour ton petit mot. Effectivement, l’option copier-coller est désactivée sur mon site pour éviter des abus; il faut donc imprimer mes commentaires directement ou bien prendre des notes. A bientôt.

  10.  

    Bonjour, je voudrais savoir si le locuteur cherche a convaincre, à persuader ou à délibérer ? Et justifier votre choix par des procédés précis. Pourrais-je avoir une réponse assez rapide svp ? Merci

    •  

      J’ai rédigé un commentaire complet sur « Les animaux malades de la peste » qui te donne tout ce qu’il faut pour répondre à ta consigne; je ne vais quand même pas maintenant faire tes devoirs à ta place.

  11.  

    Bonjour
    Tout d’abord merci pour ce commentaire très complet mais j’aurai aimé savoir Qu’est ce que l’on peut mettre en conclusion ? Est ce que la conclusion dépend de notre problématique ou alors est ce que l’on peut tout de même préparer une conclusion pour notre oral ?

    •  

      Bonjour Manon,
      Le top du top à l’oral de français est de proposer une ouverture qui découle de ta problématique. Il faudra alors la trouver lors de tes 30 minute de préparation. Néanmoins, pour te rassurer, et au cas où tu ne parviens pas à trouver une ouverture pertinente par rapport à la problématique donnée, tu peux te préparer une ouverture de conclusion à l’avance.

  12.  

    Franchement, respect a toi ;)
    Merci !!

  13.  

    Comment faire ses fiches pour l’orale de francais il y a beaucoup de choses a dire pour cette fable pouvez vous m’aider ? j’ai vraiment du mal ://

  14.  

    ?

  15.  

    Bonjour,
    Notre prof nous a demandé de faire la question d’oral suivante sur ce texte : « Comment la fable des Animaux malades de la peste donne-t-elle à penser ?  »
    Comment peut-on adapter votre plan sur ce type de question ? Merci de votre réponse !
    Et merci pour toutes vos explications, plus qu’utiles !

  16.  

    Bonjour,
    Mon professeur de français nous a proposé un question sur ce texte : En quoi la fable des Animaux malades de la peste pousse-t*il à réfléchir ?
    Est-ce que votre plan peut s’adapter à ce genre de question…
    Merci d’avance, et merci pour toutes vos explications !

  17.  

    Bonjour Amélie , j’ai un peu de mal avec les introductions je ne sais pas ce que je dois mettre à l’intérieur . Pourriez-vous m’aider ?

  18.  

    Bonjour Amélie,
    J’ai les animaux malades de la peste en lecture cursive ton commentaire m’a donc beaucoup aider pour le comprendre. Cependant j’ai le Philosophe Scythe a présenté à l’oral mais je le trouve très compliqué, pourrais-tu en faire une analyse ou un commentaire pour que je puisse mieux le comprendre?

    Merci d’avance.

  19.  

    Bonjour, est ce que la dramatisation de la scene par La Fontaine, est un choix fait pour pouvoir critiquer l’attitude de la cour, des partisans, du roi.. de son époque ?
    Ou peut on trouver d’autres raisons à cette dramatisation ?

  20.  

    C’est normal qu’il y est deux axes « III » ?
    Est ce que l’on peut établir aussi ce plan :

    I-Le choix de La Fontaine
    a) raconter une histoire en accord avec sa devise « plaire et instruire »
    b) utiliser des animaux pour représenter l’homme
    II- Viser critique de la fable qui amène à la réflexion
    a) Critique du roi, de la cours
    b) Dénonce une double justice

    Merci bcp

  21.  

    Bonjour Amélie, si nous avons comme problématique « que dénonce ici La Fontaine ? » faut-il parler de la satire de la justice ? Parce que je ne le vois pas dans ton plan :( De plus sur la page des problématiques possibles tu mets en II L’art de la rhétorique de la cour. Est ce la fusion du II et III de cette page de commentaire ?
    Merci d’avance pour la réponse en espérant avoir été claire :)

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