Capitale de la douleur, Eluard : fiche de lecture

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Château et soleil, Paul Klee

Capitale de la douleur (1926) est un recueil surréaliste de Paul Eluard.

Il est composé de quatre parties où alternent vers et prose. Il rassemble les poèmes qu’Eluard considère comme ses plus réussis.

Le surréalisme est un mouvement artistique, en particulier poétique, du début du XXe siècle.

Il se nourrit de la psychanalyse, de la linguistique, du communisme et des désastres de l’histoire pour élaborer une esthétique novatrice et provocante, où le sens éclate.

André Breton, théoricien du surréalisme, loue le recueil Capitale de la douleur pour « les splendides, les déchirants mouvements du cœur » qu’il exprime.

Et en effet, le titre initial était « L’art d’être malheureux ».

Le recueil déploie une esthétique surréaliste novatrice. Chaque poème est le lieu d’une explosion d’images surprenantes et mystérieuses.

C’est dans le monde des rêves que le poète puise sa parole, chargée d’une pureté et d’une naïveté émouvante. L’éloge amoureux est également omniprésent.

Qui est Paul Eluard ?

Paul Eluard (1895-1952) est l’un des plus grands poètes surréalistes français. Il est également l’auteur d’une œuvre engagée.

Eluard grandit en région parisienne, au sein de la petite bourgeoisie. Sa tuberculose interrompt ses études, et lui impose la fréquentation de sanatoriums. Dans l’un d’eux, il rencontre celle qui deviendra Gala, sa Muse et première épouse.

Son expérience de la Première Guerre mondiale, en tant qu’infirmer, le traumatise, inspire son pacifisme, et nourrit sa remise en question de la logique et du langage.

Il participe activement aux réunions dadaïstes, caractérisées par une comique recherche du non-sens.

Eluard devient l’un des membres les plus actifs et reconnus du groupe surréaliste dans les années 1920. Capitale de la douleur suscite l’admiration.

Dans les années trente, Breton l’écarte cependant du groupe surréaliste. Eluard multiplie les prises de positions anticolonialistes, antifascistes, pacifistes et communistes. Il est l’un des plus grands poètes de la Résistance (L’honneur des poètes, anthologie, 1943).

Comment résumer Capitale de la douleur ?

Le recueil se compose de quatre parties :

1 – Répétitions

Le titre de cette partie désigne une représentation artistique en préparation, comme si Eluard ou le surréalisme cherchait le bon accord.

C’est d’ailleurs ce que suggèrent les titres des poèmes qui renvoient à la musique : « Suite. », « Sans musique », « A la minute ».

Cette première partie serait comme la préparation et l’annonce des suivantes. Eluard y rassemble « les poèmes les plus idiots de mon jeune âge. Le vers a jailli tout seul. […] C’est le livre que je préfère. »

Les « répétitions » désigneraient également les inlassables expérimentations poétiques et oniriques du surréalisme, desquelles découlent ces poèmes. La dédicace à Max Ernst, au premier poème, inscrit en effet le recueil dans une création collective.

Les poèmes sont titrés, courts, hétérométriques, et plus rarement en prose. La ponctuation faible (virgules) est parfois absente.
Certains poèmes tirent leur cohérence formelle de l’anaphore, des variations, ou de la régularité strophique qui les structurent. Le premier poème s’organise ainsi autour de l’anaphore « Dans un coin ».

D’autres semblent dépourvus de structure. Seule la libre envolée surréaliste les caractérise.

Les titres, brefs, suscitent la surprise et la fascination par leur caractère insolite (« La mort dans la conversation ») ou mystérieux (« L’ombre au soupir »), voire comique (« Œil de sourd »).

D’autres suggèrent une réflexion métapoétique (c’est à dire une réflexion sur la poésie elle-même) : « L’invention », « La parole », « Ce n’est pas la poésie qui… ».

La section « Répetitions » est dominée par le bonheur amoureux et champêtre : « Le cœur sur l’arbre vous n’aviez qu’à le cueillir, / Sourire et rire, rire et douceur d’outre-sens. » (Poèmes).

L’élément liquide prédomine (« Dans le cou des eaux », « Limite »), de même que la lumière solaire (« Luire »).

Une inquiétude morbide flotte cependant : « Le cœur meurtri, l’âme endolorie » (« Nul »).

Les « Répétitions » des titres confèrent à la section une circularité onirique, voire l’impression que le temps s’est suspendu (« A côté » répété).

2 – Mourir de ne pas mourir

Ce titre mystérieux et antithétique suggère par périphrase que vivre est mourir.

Ce goût du paradoxe définit le surréalisme, et sa recherche de sens dans le non-sens. Notons l’écho avec le titre du recueil, Capitale de la douleur.

Eluard emprunte l’expression à la mystique Thérèse d’Avila, et assimile l’amour divin de la sainte à son amour sensuel et « profane ».

Comme la première, cette section s’ouvre sur une dédicace. Elle est adressée à André Breton, « pape du surréalisme », mouvement littéraire qu’il théorise dans le Manifeste du surréalisme (1924), et ami intime d’Eluard. La dédicace tient lieu d’au revoir : Eluard s’absente longuement en 1922 pour voyager.

Le poème rimé apparaît (« L’égalité des sexes », « Le jeu de construction »). La distribution des strophes et des vers poursuit leurs jeux de variation.

Les titres des poèmes sont plus explicitement amoureux (« Au cœur de mon amour », « L’amoureuse »), évocateurs des magies divinatoires (« Le sourd et l’aveugle », « Denise disait aux merveilles ») et de l’art poétique (« Le jeu de construction », « nudité de la vérité »), et du religieux (« La bénédiction », « Silence de l’Evangile »). La dimension autobiographique s’affirme également : « Mascha riait aux anges ».

Cependant, l’évocation amoureuse se confond avec une inquiétude et une morbidité croissantes : « Larmes des yeux, les malheurs et des malheureux » (« Sans rancune »). « Nudité de la vérité » affirme cependant la résistance poétique face au désespoir.

3 – Les petits justes

L’adjectif « petits » est à la mesure de cette brève section.

Le substantif « justes » exprime la même idée de brièveté, mais désigne également la « justesse » morale, ou poétique.

C’est peut-être dans ces poèmes plus concentrés et numérotés que le poète cherche à exorciser l’inquiétude morbide des poèmes précédents.


La section s’ouvre en effet « Sur la maison du rire » (I), et renoue avec une certaine quiétude champêtre : « La nature s’est prise aux filets de ta vie ».

4 – Nouveaux poèmes

Ce titre formel fait apparaître cette section comme le rassemblement de poèmes épars.

La cohérence du recueil serait dont temporelle (les poèmes d’une même époque) plus que thématique ou narrative.

La dédicace cryptique à la Muse Gala (« G. ») insuffle l’amour dans chaque poème : « Une femme est plus belle que le monde où je vis » (« Absences »).

Les titres reprenant des noms d’amis artistes intègrent pleinement le recueil dans les cercles surréalistes, cubistes (« Pablo Picasso ») et expressionnistes (« Paul Klee »).

La fraternité créatrice de ces artistes ouvre des voies exaltantes : « Les armes du sommeil ont creusé dans la nuit / Les sillons merveilleux qui séparent nos têtes » (« Pablo Picasso »)

Le poème « Leurs yeux toujours purs » synthétise la confiance du poète en la beauté, contre toute forme de désespoir. Le poème se clôt en une émouvante prière adressée à la femme aimée, source du bonheur et du poème.

Quels sont les thèmes importants dans Capitale de la douleur ?

La sensualité amoureuse

Le recueil est tissé d’évocations amoureuses et sensuelles.

L’amour est au cœur de la poésie d’Eluard, qui consacre la dernière partie du recueil à Gala, la Muse portant un nom de fête et de prestige.

Bien des poèmes s’apparentent à des blasons amoureux et érotiques comme « L’Unique » ou « La mort dans la conversation ».

La naïveté assumée du discours amoureux souligne son intensité (« L’amoureuse »).

C’est par l’amour pour la femme que naît le poème. La poésie est un dialogue, où la femme divinisée constitue le relais entre la nature et le poète : « La caressante embrassait l’air, les joues de sa compagne » (« L’Impatient »).

Le poème « Parfait » peut même se lire comme une théogonie.

Paul Eluard exalte une liberté sexuelle alors largement jugée immorale : « La chair que l’on montre aux curieux / Attend là comme les récoltes » (« La grande maison inhabitable »).

Le recueil restaure le paradis terrestre d’une humanité non-encore frappée par le péché chrétien : « Le temple est devenu fontaine / Et la main remplace le cœur » (« Raison de plus »).

En divinisant la femme et l’homme, le poème élève la condition humaine : « Trente filles divinisées par l’imagination, s’approchent de l’homme » (« Dans le cylindre des tribulations »).

La violence surréaliste

Le surréalisme se caractérise par un goût pour la provocation et l’audace.

La violence est également omniprésente dans le recueil. Elle tient, tout d’abord, au choc que les images cherchent à susciter chez le lecteur par leur étrangeté saisissante.

La violence consiste également en une alliance entre la sensualité amoureuse, et l’évocations d’actes brutaux : meurtres, saignements.

Le recueil s’ouvre ainsi en évoquant l’inceste à venir qui frappera une jeune innocente, et le même poème s’achève en un vers érotique et morbide : « La première montre ses seins que tuent des insectes rouges. » Cette morbidité, par contraste, intensifie l’exaltation des énergies vitales.

La violence et la peur brisent la paresseuse continuité de la vie, et ravivent et aiguisent les sens. D’où l’appel du poète : « j’ai grand besoin d’inquiétude. » (« Pour se prendre au piège »)

Le surréalisme considère ainsi que la poésie ne réside que dans les extrêmes et leurs alliances : ceux de l’amour, de la violence, de la pureté.

Le titre du recueil Capitale de la douleur exprime d’ailleurs un paroxysme de souffrance. Mais cette « Capitale » peut également désigner Paris, qu’animent alors les novations artistiques.

Les images violentes font enfin écho à l’actualité, ou à la récente guerre mondiale (« Rubans »).

Eluard ne nie donc pas la violence du monde, sans jamais se désoler pour autant (« Paris pendant la guerre »). Sa poésie se fait même prière d’espoir : « Espérons / Et / Espérons » (« A la minute »).

Le bonheur de vivre

Le recueil fait l’éloge du bonheur de vivre. Il est animé d’un éloge solaire « Pour l’éclat du jour des bonheur en l’air […] Pour se régaler des amours pour rire » (« Suite »).

Eluard remercie la vie même, car « La vie est bien aimable » (« Porte ouverte »).

Le poète exalte les éléments naturels, sources d’inspiration. Il se nourrit notamment des forces cosmiques et nocturnes, à même d’activer les puissances créatrices en lui : « Dormir, la lune dans un œil et le soleil dans l’autre » (« Suite »).

La nature est anthropomorphisée pour s’allier charnellement aux humains : « Prise à la taille, à tous les muscles de rivière » (« Suite »)

Cette exaltation coexiste avec une interrogation fascinée pour le monde et la nature : « Quel est le rôle de la racine ? » (« L’Invention »).

Le rêve créateur

Le rêve nourrit la création surréaliste par ses visions bouleversantes.

Il lui offre également un modèle de discours incohérent et inconscient. D’où l’omniprésence du sommeil et du rêve : « Il dort. Il dort. Il dort. […] Il regardait, / Il entendait. » » (« Au cœur de mon amour »).

L’écriture surréaliste parvient ainsi à briser le sens, et ouvrir les possibles : « L’espace a alors des portes et des fenêtres. » (« Pour se prendre au piège »)

L’ivresse nourrit également le rêve créateur : « C’est ici que l’on voit le créateur de mots » (« Boire »)

Une réflexion métapoétique : le poète comme donateur

Eluard exprime dans son recueil une réflexion sur la poésie.

Des vers et références épars au sujet de la poésie dessinent un art poétique éclaté, qu’il revient au lecteur d’organiser et de comprendre.

Eluard se réjouit ainsi de son heureuse aisance à créer : « J’ai la beauté facile et c’est heureux » (« La parole », justement). Eluard atteste ainsi la sincérité et la pureté de sa poésie, loin des laborieuses et artificielles créations.

Il exprime la tension entre amour et création : « Je n’ai pourtant jamais trouvé ce que j’écris dans ce que j’aime » (« L’Invention »)

Il attribue également à la femme des pouvoirs divinatoires qu’il ne fait que restituer : « Elle dit l’avenir. Et je suis chargé de le vérifier. » (« Nul »)

Le poète est celui qui éclaire à travers l’obscurité fascinante de ses vers, qui renoue l’homme aux mystères profonds que la modernité technique lui a fait oublier : « Lampes je suis plus près de vous que la lumière » (« A côté »). Le motif récurrent de l’aveugle assimile Eluard au devin Tirésias.

Si bien que la poésie ne saurait naître ni s’élever dans la solitude, car elle perd alors sa raison d’être, qui est d’éclairer et de donner : « Je suis vraiment en colère de parler seul » (« Sans musique »).

D’où la dimension collégiale de la création poétique. Le recueil évoque ainsi différents arts : peinture et sculpture (« Intérieur »), photographie et maquillage (« L’Ami »).

Eluard et ses camarades sont peut-être ces « sacrifiés » (« Rubans »), les Prométhées modernes qui fraient pour l’humanité une voie et une voix nouvelles par la poésie : « Dormons, mes frères. Le chapitre inexplicable est devenu incompréhensible. » (« Silence de l’Evangile »).

Un autoportrait fragile

Le recueil esquisse cependant en creux un autoportrait, dans lequel le poète confie le peu de sympathie qu’il a pour son apparence (« Œil de sourd »).

Le lecteur peut voir là un écho au « mal-aimé » qu’est Apollinaire.

Eluard rêverait en ses poèmes une compensation érotique : « Les femmes du jardin cherchent à m’embrasser » (« Au cœur de mon amour »).

Le poète doute également de ses pouvoirs : « Je ne sais même pas la signification du mot : mystère, je n’ai jamais rien cherché, trouvé » (« Pour se prendre au piège »), « Je suis tombé de ma fureur, la fatigue me défigure […] Je suis perdu. » (« Une »)

Le doute porte sur les pouvoirs de la poésie elle-même, ces « débris de toutes mes merveilles » (« Pour se prendre au piège »)

Quelles sont les caractéristiques de l’écriture dans Capitale de la douleur ?

Les libertés créatrices du surréalisme

Le surréalisme se présente comme l’expression libre de l’inconscient humain.

Ce flux confus de pensées et de sensation est étranger au langage, dont les structure logiques et syntaxiques éclatent parfois lorsque l’inconscient parle : « L’eau se frottant les mains aiguisent des couteaux » (« Le sourd et l’aveugle »).

Cette liberté tient au fait que le surréalisme ne s’enferme pas dans une quelconque forme de cohérence textuelle. Si bien que « Toutes les transformations sont possibles » (« L’invention »).

Les vers peuvent n’avoir aucun rapport entre eux. Du moins en apparence car le surréalisme affirme qu’une secrète et inconsciente affinité justifie l’enchaînement des vers. C’est dans ce sens que l’on peut comprendre la déclaration provocatrice : « Je dis la vérité sans la dire. » (« L’habitude »)

Sous l’apparente incohérence surréaliste, se loge la plus profonde des vérités, rendue inintelligible à force de réprimer l’inconscient.

Dire l’inconcevable dans le langage

Le surréalisme se plaît à créer des aberrations de sens : « Autant rêver d’ouvrir les portes de la mer. » (« L’ombre aux soupirs »)

Métaphores et comparaisons jouent à dire ce qui n’est pas, n’a pas de sens évident : « Les jours comme des doigts repliant leurs phalanges » (« Poèmes »).

Ce jeu destructeur est révolutionnaire autant que jouissance. Il ouvre des possibles.

La première strophe de « Nul » moque justement l’usage trop rationnel du langage, dont les surréalistes exploitent toutes les virtualités.

Ces audaces langagières visent un « outre-sens » (« Poèmes »), une surréalité salvatrice : « Et je tombe et ma chute éternise ma vie » (« Les Gertrude Hoffmann Girls »).

La poétique de la liste

Comme dans « L’Union libre » de Breton, Eluard mobilise une poétique de la liste comme dans le poème « L’Invention ».

Elle exalte l’infinie et jouissive variété du monde, tout en manifestant l’intense jouissance à dire.

Tisser des chaînes sonores

Les poèmes et les titres sont parfois motivés par le goût pour l’allitération et l’assonance : « O tour de mon amour autour de mon amour » (« Giorgio de Chirico »), « A la flamme des fouets ».

Là encore s’exprime la relation ludique du poète au langage.

Qui parle ?

La voix poétique varie selon les poèmes : c’est tour à tour un homme (« Je suis bien laid. », « Raison de plus ») ou une femme (« Je suis devenue sentimentale », « La parole ») qui s’exprime.

Eluard rend sa poésie universelle en lui donnant la voix des deux sexes. Le poète, qui déifie la femme, la fait parler, comme en une prosopopée sacrée et sensuelle.

Pureté lexicale et érudition

Le vocabulaire est généralement limpide. Il y a, dans la poésie d’Eluard, une transparence enfantine. Le paradis sensuel ne peut se dire qu’en mots purs.

A l’inverse, le poète joue parfois de termes savants pour mieux surprendre son lecteur (« cantharides », « L’Ami »).

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Amélie Vioux

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