la rose et le résédaVoici une analyse du poème « La rose et le réséda » de Louis Aragon (1943).

La rose et le réséda, Louis Aragon, introduction de l’analyse

Louis Aragon publie « la Rose et le Réséda » sous l’Occupation allemande en 1943 dans la revue Le Mot d’ordre.

Ecrivain surréaliste dans les années 20, Louis Aragon est aussi un poète engagé dans la vie politique. Adhérent au Parti communiste depuis 1927, il subit de plein fouet la violence de la seconde guerre mondiale comme médecin-auxiliaire sur la ligne de front.

En mai 1940, lors de la débâcle de l’armée française, il s’engage dans la résistance.

Il faut comprendre que la résistance, à ses débuts, englobe des mouvements multiples souvent antagonistes intellectuellement comme des nationalistes, des catholiques symbolisés ici par le blanc réséda et des communistes symbolisés par la rose.

Réécrivant une chanson médiévale (I), Aragon réalise dans « La rose et le réséda » un éloge de la résistance (II) et souhaite comme en 1914-1918 dépasser les antagonismes politiques dans une véritable Union sacrée (III).

Questions possibles sur La Rose et le Réséda à l’oral de français :

♦ En quoi ce poème est-il un poème engagé ?
♦ Que symbolisent la Rose et le Réséda  dans ce poème ?
♦ Etudiez les registres dans ce poème.
♦ La France dans « La Rose et le Réséda »
Comment Louis Aragon s’y prend-il pour faire un éloge de la résistance ?

I – La réécriture d’une chanson médiévale

A – La forme médiévale du poème

« La Rose et le Réséda » est un poème sans ponctuation et sans strophe composé de 64 vers de 7 syllabes (heptasyllabes).

On remarque tout de suite que le distique (=deux vers) qui ouvre le poème réapparaît tous les quatre vers :
« Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas« 

La répétition du distique rappelle les envois des poésies médiévales ou le refrain d’une chanson.

En raison de ce refrain, « La Rose et le Réséda » peut être lu comme un poème de 9 quatrains et d’un huitain final séparés par un distique « Celui qui croyait au ciel / Celui qui n’y croyait pas ». Ce distique est central car toutes les rimes du poème sont construites sur lui.

Cette forme poétique rappelle les poèmes médiévaux et en particulier les chansons de troubadours constituées de rimes limitées (deux rimes pauvres pour 64 vers !) afin de faciliter la mémorisation.

De plus, le vocabulaire (« glas », « trépas ») et les tournures syntaxiques (« Fou qui ») sont teintés d’archaïsme comme si Aragon s’inspirait la poésie chantée et populaire du Moyen-Âge.

B – L’analogie entre la France et la belle dame des romans courtois

Aragon fait une analogie entre la France et la belle dame des romans courtois médiévaux à travers la périphrase « la belle » : « Tous deux adoraient la belle » .

Aragon déploie un important champ lexical de l’amour courtois : «adoraient », « la belle », « la chapelle », « fidèles », « haut de la citadelle », « le double amour » .

Comme dans les romans courtois, la France personnalisée en belle dame est rendue inaccessible (elle est prisonnière dans la « citadelle » ) et elle est sacralisée à travers la référence à la « chapelle ».

La fidélité à la belle est absolue : « Répétant le nom de celle / qu’aucun des deux ne trompa » (v.45-46)

L’amour courtois est un «amour double » à la fois spirituel et charnel. Aragon suggère ainsi le dévouement de tout un peuple à un pays en souffrance.

Transition : Cet amour désintéressé et inconditionnel pour la France est éprouvé par le catholique (« Celui qui croit au ciel ») et le communiste (« celui qui n’y croit pas ») qui sont appelés à résister.

II – Un éloge de la résistance

A – Une évocation de la France occupée

A travers le poème « La Rose et le réséda », Louis Aragon évoque une France occupée.

Le registre tragique est suggéré tout d’abord par le champ lexical de la guerre : «prisonnière », « soldats », « échelle », « guettait », « querelles », « commun combat », « sentinelle », « tira », « prison », « sanglots », « glas », « cruelle », « trépas », « sang rouge ».

Ce champ lexical sort le lecteur du cadre médiéval initial pour le plonger dans l’univers moderne des camps (« soldats ») avec leurs miradors (« sentinelle »).

La brutalité de cette guerre se manifeste à travers la couleur « rouge » à la fin du poème qui rappelle la couleur du sang versé.

Le registre tragique apparaît aussi à travers la métaphore « quand les blés sont sous la grêle » qui évoque le rationnement du pain et de la nourriture pendant l’Occupation allemande. Aragon joue sur la polysémie du terme « grêle » qui un sens à la fois météorologique et militaire (une grêle d’obus).

Le registre tragique apparaît surtout à travers l’anaphore du distique initial. Cette répétition du refrain donne l’impression que la guerre ne doit jamais s’arrêter et que les hommes sont prisonniers du cercle vicieux de la violence.

La musicalité du poème rappelle aussi la violence guerrière à travers l’allitération en [k], [d] et [t] qui font entendre le bruit des mitrailles :

« Fou qui songe à ses querelles
Au coeur du commun combat

Du haut de la citadelle
La sentinelle tira »

Puis l’allitération en [l] suggère la liquidité du sang versé :

« Il coule il coule il se mêle »

B – Une résistance épique

En réponse à ce registre tragique, Aragon met en place un registre épique qui montre la résistance des Français face à l’Occupation allemande.

Tout d’abord, la personnification de la France en « belle » dame réveille l’instinct chevaleresque des deux Français qui sont prêts à mourir au combat pour la libérer.

Comme dans l’épopée, les obstacles sont puissants : « Du haut de la citadelle ».

Mais le champ lexical de la fidélité fait des deux soldats des chevaliers modernes : «adoraient », «fidèles », « aucun des deux ne trompa », « double amour ».

Comme des héros épiques, les deux soldats sont transfigurés par le combat en êtres semi-divins : « L’un court et l’autre a des ailes » .

De plus, Aragon crée un effet d’intertextualité avec les vers suivants :

« Il coule il coule il se mêle
À la terre qu’il aima
Pour qu’à la saison nouvelle
Mûrisse un raisin muscat »

Le sang absorbé par la terre est une allégorie romantique de la mort que l’on retrouve notamment dans les textes romantiques comme ceux de Goethe. Ces vers rappellent aussi les Métamorphoses d’Ovide où le sang versé fait naître un fruit. Ces effets d’intertextualité créent un univers magique où le héros est transfiguré par son courage.

Cet effet de magie se retrouve aussi dans le bestiaire du poème : le « rat » (v.36) qui symbolise la prison, la fermeture et la soumission est remplacé par le « grillon » (v60), l’ « alouette »  et l’ « hirondelle » (v.64) qui symbolisent le chant et la liberté.

Transition : Aragon veut faire renaître dans « La rose et le réséda » l’héroïsme de 1914-1918. Mais cela n’est possible que si les forces françaises se réunissent et transcendent leurs divisions politiques et idéologiques, bien réelles à l’époque.

III – La rose et le réséda : un appel à l’Union sacrée

A – L’union des deux soldats

Le poème « La Rose et le Réséda » est un hymne à l’union pour faire revivre l’Union sacrée qui avait prévalu en 1914-1918 et qui avait permis de gagner la guerre.

Les premiers vers semblent distinguer « Celui qui croyait au ciel » et « Celui qui n’y croyait pas » par l’opposition entre la forme affirmative et la forme négative.

Mais l’opposition n’est qu’apparente. En effet, dans ces vers, la reprise de la même structure syntaxique (« Celui qui … » ) crée un effet de parallélisme. Le poème est d’ailleurs structuré par la figure du double, de nombreux mots se répétant deux fois :
♦ « Lequel… Et lequel… »;
♦ « L’un …/Et l’autre… »;
♦ « Fou qui…/ Fou qui … »;
♦ « Même couleur même éclat » .

Plutôt que l’opposition, c’est donc bien le parallélisme qui symbolise ce poème. Les deux soldats sont rapprochés; les différences politiques et religieuses disparaissent.

D’ailleurs, à la fin du poème, la conjonction de coordination « ou » exprimant l’alternative (De Bretagne ou du Jura / Et framboise ou mirabelle » devient « et » exprimant la coordination, la concorde et l’union « L’alouette et l’hirondelle / La rose et le réséda » .

B – Un hommage à Charles Péguy, symbole de l’union entre socialisme et christianisme

Ce poème est aussi un hommage au poète Charles Péguy (1873-1914).

En effet, la répétition du distique initial « Celui qui croyait au ciel /Celui qui n’y croyait pas » rappelle l’écriture litanique de Charles Péguy où des groupes de vers sont répétés régulièrement. Le vocabulaire classique, les termes simples, les anaphores créent aussi un effet d’intertextualité avec la poésie de Péguy.

De plus, « La rose et le réséda » a des accents religieux à travers :
♦ La mention du « ciel »;
♦  la métaphore du « raisin muscat » qui rappelle le style parabolique des Evangiles;
♦ Le rythme ternaire cher à Péguy qui suggère la Sainte Trinité (par exemple le rythme ternaire au vers 16 : « Des lèvres / du coeur / des bras » ).

Aragon était athée et communiste mais à travers ce style discrètement religieux, il rend hommage à Charles Péguy socialiste converti au catholicisme au début du XXème siècle.

Pour Aragon, Péguy est le poète qui est mort au front en septembre 1914. Aragon rend hommage à cet héroïsme exemplaire qu’il souhaite reproduire en 1943.

Au-delà, le distique « Celui qui croyait au ciel / Celui qui n’y croyait pas » rappelle les deux facettes de Charles Péguy, à la fois socialiste et catholique c’est-à-dire « rose » et  « réséda » puisque la « rose » rouge symbolise le communisme et le « réséda », blanc, symbolise le catholicisme.

Charles Peguy incarne donc la possible réconciliation dans la résistance entre les catholiques et les communistes. C’est d’ailleurs ce que veut signifier Aragon dans la dédicace du poème à quatre résistants fusillés en 1941 : Gabriel Péri, membre du Parti communiste, Honoré d’Estienne d’Orves , Guy Môquet, fils d’un député communiste, et Gilbert Dru des milieux de la Jeunesse chrétienne.

C – Un marxisme littéraire

Par le langage, Aragon en appelle à l’union des hommes pour faire triompher la liberté sur la barbarie.

Le communisme d’Aragon est à la fois stalinien (il le revendiquait comme tel) mais aussi littéraire. Il souhaite au-delà des clivages réaliser l’unité du genre humain selon les préceptes de l’Internationale (=chant révolutionnaire devenu le symbole de la lutte des classes dans le monde). Cette volonté transparaît par exemple dans les vers 17 et 18 :

« Et tous les deux disaient qu’elle
Vive et qui vivra verra
 »

♦ L’utilisation du futur de l’indicatif (« vivra verra » ) rappelle le style prophétique et optimiste des écrivains marxistes.
♦ Le déterminant « tous » forge cet unanimisme et souligne l’unité à venir du genre humain.
L’allitération en [v] crée une vibration enthousiaste et optimiste.

L’union des hommes et l’oubli de leur différence est censé faire disparaitre la guerre et réaliser l’unité du genre humain.

Enfin l’adjectif « commun combat » (v.24) laisse entendre le terme « communisme » cher à Aragon.

La rose et la réséda, Aragon, conclusion

A travers « La rose et le réséda », Louis Aragon appelle les hommes à transcender leurs différences politiques et idéologiques pour s’unir dans la résistance à l’occupation allemande.

C’est ainsi qu’il souhaite réveiller l’esprit de 1914-1918 à travers la figure tutélaire et poétique de Charles Péguy.

Mais, au-delà, Louis Aragon essaie d’inventer un communisme littéraire, c’est à une une esthétique permettant de traduire par le langage son aspiration politique pour l’unité du genre humain.

Aragon reste dans les mémoires comme un des grands poètes de la Résistance, tout comme Paul Eluard avec par exemple le poème « Liberté » .

Tu étudies la rose et le réséda ? Regarde aussi :

Les fonctions du poète (vidéo)
L’enfant, Victor Hugo : analyse
Strophes pour se souvenir, Aragon : analyse
Liberté, Paul Eluard : analyse
Courage, Paul Eluard : analyse
Barbara, Prévert : analyse
Ce coeur qui haïssait la guerre, Desnos : analyse
La colombe poignardée et le jet d’eau, Apollinaire : analyse

  4 commentaires à “La rose et le réséda, Aragon : analyse”

  1.  

    J’entre en 1ère L cette année et notre professeur nous a recommandé votre site. Je l’ai regardé et je pense que je vais l’utiliser très souvent car il est très riche ! Merci beaucoup pour votre travail 🙂

  2.  

    Je tiens, un peu tard, à vous remercier, grâce à vos fiches et vos cours j’ai obtenu 17/20 à l’oral de français. Continuez ce que vous faîtes, j’aimerais avoir un site comme le votre pour toutes les matières de terminale ! :p

  3.  

    Bonjour, qui a peint l’image du début Svp

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