le mariage de figaro beaumarchais acte 3 scène 16Voici un commentaire de l’acte III scène 16 du Mariage de Figaro de Beaumarchais.

L’extrait commenté va de « Figaro : Enfant perdu, docteur ; ou plutôt enfant trouvé ! » jusqu’à la fin de la scène (« Marceline lui saute au cou« ) .

Beaumarchais écrit le Mariage de Figaro en 1778 mais ne pourra la représenter qu’en 1784. En effet, cette pièce qui diffuse les idées des Lumières se heurte plusieurs fois à la censure.

Beaumarchais invente des personnages atypiques comme Figaro ou Marceline qui viennent bousculer les traditions nobiliaires encore ancrées dans la société.

La scène 16 de l’acte III se déroule la fin de la procédure judiciaire destinée à obliger Figaro à se marier avec Marceline comme le souhaite le Comte. Ce dernier pourra ainsi demander en mariage Suzanne pourtant promise à Figaro.

Questions possibles à l’oral de français sur l’acte III scène 16 du Mariage de Figaro

♦ Etudiez le registre comique dans cette scène.
♦ En quoi cette pièce appartient-elle au courant des Lumières ?
♦ Que symbolise Marceline dans cette scène ?
♦ Le Mariage de Figaro : une pièce révolutionnaire ?

Annonce du plan

La scène 16 de l’acte III du Mariage de Figaro est une scène comique (I) dans laquelle Beaumarchais fait une satire de la justice et de l’aristocratie (II) pour promouvoir l’idéal des Lumières (III)

I – Une scène de comédie

A – Une scène comique

Cette scène 16 de l’acte III se caractérise tout d’abord par un registre comique qui vise à faire rire le spectateur.

Les répliques sont vives et contribuent à un rythme alerte propre aux comédies comme dans les stychomities suivantes :
«Dieux ! c’est lui !
Oui c’est moi
Et qui ? lui !
C’est Emmanuel ».

Les répliques sont également expressives. Les phrases interrogatives, exclamatives ainsi que les interjectionsEt qui ? lui !» et «Oo oh ! aïe de moi !») contribuent à la vivacité de la scène.

Ce dynamisme transparaît également dans les didascalies qui rapportent des mouvements vifs («vivement» et «se levant vivement»).

Ensuite, cette scène déploie un comique de mots efficace.

Ainsi, le bégaiement de Brind’oison («E-et si l’on y regardait de si kprès, pè-ersonne n’épouserait personne») crée un décalage entre la solennité et la clarté attendues d’un juge et un bégaiement qui rend confus son discours.

Un décalage comique est présent dans le terme «hiéroglyphe» qui désigne une marque mystérieuse presque magique et qui se retrouve supplanté par le terme «spatule» qui implique une forme cocasse et risible.

On trouve aussi un comique de répétition avec l’anaphore de «Sa mère !» prononcée par le Comte. Cette répétition est d’autant plus comique qu’elle suggère l’incrédulité du Comte devant l’écroulement de sa stratégie  :
«Voilà ta mère/Nourrice ?/Ta propre mère/Sa mère / Expliquez-vous / Voilà ton père […] Sa mère ?».

La répétition du terme «raison» crée aussi un effet comique : « Elle a raison / Que trop raison / Elle a mo-on Dieu raison ».

Le comique est enfin soutenu par des quiproquos, ressort traditionnel dans les comédies.

Quant Marceline dit «c’est lui», elle suggère en effet que Figaro est son fils, alors que Figaro en disant «Oui c’est moi» ne songe qu’à son identité civile.

B – Un coup de théâtre moliéresque

C’est surtout la situation qui crée un effet comique efficace : un coup de théâtre inattendu vient redistribuer les rôles.

En effet, deux personnages s’avèrent avoir un rôle inattendu comme en témoigne le parallélisme gestuel dans le jeu de scène :
«Bartholo, montrant Marcelline : Voilà ta mère
Marceline, montrant Bartholo : Voilà ton père
 ».

Ce coup de théâtre, où l’identité de Bartholo et Marceline est révélée, rappelle les scènes de révélation de filiation dans les pièces de Molière (comme l’Avare par exemple).

Transition : Il y a tout de même une différence : chez Molière, ces scènes de révélations appartiennent généralement au dénouement de la pièce. Rien de tel dans Le mariage de Figaro où cette révélation n’est que l’occasion pour Beaumarchais de dresser une satire du monde contemporain.

II – Une satire de la justice et de l’aristocratie

 A – La critique de la justice

Beaumarchais utilise l’acte III scène 16 du Mariage de Figaro pour critiquer la société de son temps et notamment l’institution judiciaire.

La satire de la justice se réalise à travers le personnage du juge Brind’oison qui apparaît ridicule.

Brind’oison est repris du personnage de Bridoye dans le Tiers Livre de Rabelais. Chez Rabelais, Bridoye est un juge qui s’en remet au sort pour rendre ses jugements. Avec une telle parenté littéraire, le personnage est déjà objet de raillerie de la part de l’auteur et ce, d’autant plus que son nom évoque un « oison » un jeune oiseau qui ne sait pas encore voler.

En outre, le juge devrait présider le procès. Le champ lexical de la justicefautes»,  prouvées», «expier », «juge», «punir», «magistrats», «droit», « juger ») laisse attendre une solennité de l’institution judiciaire.

Or, Brind’oison n’intervient que très peu : le procès lui échappe totalement. C’est Marceline, la présumée coupable, qui monopolise la parole et finit par inverser la situation. Cette scène montre l’inutilité de l’institution judiciaire qui ne sait pas conduire un procès.

Le bégaiement de Brind’oison, outre l’effet comique, symbolise une parole judiciaire hésitante et tâtonnante qui peine à trouver le droit chemin.

Brind’oison réussit même à être obscur dans des phrases courtes :
♦ «Elle a, mon-on Dieu, raison.» : on observe ici une anacoluthe (rupture dans la construction syntaxique d’une phrase).
♦ « E-et si l’on y regardait de si près, pè-ersonne n’épouserait personne » : en peu de mots, Brind’oison parvient à fare deux redondances (répétition de « si » et de « personne »).

B – La critique de l’aristocratie

Beaumarchais critique aussi l’aristocratie.

Figaro explique appartenir à la noblesse car il porte sur son bras un « hyéroglyphe« , marque de sa « haute naissance« . La noblesse est ainsi présentée comme un héritage qui ne s’acquiert ni par le travail ni par le mérite.

Cette marque «hyéroglyphe» devient dans la bouche de Marceline une « spatule». Le terme de « spatule » est satirique. Il vient bien du latin *spatha qui signifie épée et fait référence à la noblesse guerrière. Mais ce terme au fil du temps a perdu son sens guerrier pour désigner des ustensiles de cuisine, ce qui n’a plus rien à voir avec l’univers nobiliaire.

D’ailleurs la noblesse n’est qu’un masque que Figaro revêt pour échapper au mariage avec Marceline. C’est ce que montre le champ lexical de la noblesse qui contient de nombreux objets clinquants : « lange à dentelles », « tapis brodés », « joyaux d’or ».

Les expressions « haute naissance », « marques distinctives », « fils précieux » révèlent des traditions exagérément compliquées et opposées à la simplicité de la nature.

Ce champ lexical de la noblesse montre que cette dernière n’est qu’artifice et superficialité.

Transition : La critique du système judiciaire et de la noblesse constitue un appel à une société nouvelle fondée sur l’esprit des Lumières.

III – Un drame au service des Lumières

A – La défense de la condition féminine

Marceline, contre toute attente, est le personnage central de cette scène comme le montre la longueur de ses tirades.

Dans ce procès, elle devient l’avocat de la condition féminine en trouvant des circonstances atténuantes à sa faute et à celle attribuées à toutes les femmes de sa condition.

Le champ lexical de la tromperie montre que les femmes sont en réalité victimes d’un système patriarcal qui les dupe  : «illusions», «séducteurs», «assiègent», «infortunées», «jouets», «victimes»,  « erreurs», «leurrées», «respect apparent» .

Elles sont réduites à un état infantile comme le montre le champ lexical de l’enfance «inexpérience», «besoins», «enfant», «jouets», «notre jeunesse», «filles», «mineures» et ne sont pas considérées comme des personnes.

Cette défense est extrêmement efficace car Marceline sait convaincre et persuader.

Elle sait convaincre en utilisant des connecteurs logiques (« mais », « et », « Mais ») qui donnent une architecture rationnelle à son discours.

Mais elle sait aussi persuader par comme le montre la concession (« Je n’entends pas nier mes fautes ») qui suscite la bienveillance de l’auditoire et rend son discours plus sincère.

Elle ajoute à ce discours des gestes (« s’échauffant par degrés » ou « vivement ») qui dévoile sa force de conviction.

Elle sait aussi émouvoir en montrant que la condition des femmes est une tragédie comme suggère le résumé « nous fait horreur ou pitié » qui reprend la définition qu’Aristote donne de la tragédie (susciter pitié et terreur).

Les termes « misère », « poignarde », « infortunées », « victimes », « coupable », « servitude réelle », « malheureuses » contribuent au registre tragique.

Ce plaidoyer est efficace puisque les trois hommes présents sur scène approuvent le discours par l’anaphore du terme « raison » .

B – Un esprit révolutionnaire ?

Cette scène 16 de l’acte III du Mariage de Figaro montre un esprit nouveau, celui des Lumières, qui cherche à se libérer des traditions.

Cet esprit nouveau transparaît :

1 – Dans l’expression des sentiments

Le mélange des genres entre comédie et tragédie constitue un drame : ce genre théâtral plus libre permet à Beaumarchais d’explorer avec davantage de nuances toutes les ressources de l’âme humaine.

On observe ainsi dans cette scène l’expression désinhibée des sentiments comme le montrent les didascalies externes : « FIGARO, en colère, MARCELINE, exaltée, MARCELINE , s’échauffant par degrés , FIGARO, exaltée » .

Par une intuition étonnante, Beaumarchais a bien senti le mélange de colère et d’exaltation qui fait le creuset de l’esprit révolutionnaire.

2 – Par le rejet des injustices

L’esprit révolutionnaire transparaît dans des phrases philosophiques et sentencieuses: « traitées en mineures pour nos biens, punies en majeures pour nos fautes ».

Le parallélisme reprend l’image de la balance symbole de la justice mais l’antithèse (« mineure / majeure ») montre un déséquilibre scandaleux et une injustice évidente.

3 – Par l’optimisme des Lumières

La phrase « Ne regarde pas d’où tu viens, regarde où tu vas » résume à elle seule l’idéal révolutionnaire : on y retrouve le rejet de la tradition supposée pesante (d’où tu viens) et l’optimisme des Lumières (où tu vas)

Les verbes à l’impératif hissent Marceline au rôle de sage ou de guide qui mène le peuple vers la liberté.

La phrase « ta fiancée ne dépendra plus que d’elle-même » rejoint l’idéal kantien d’autonomie très influent en cette période pré-révolutionnaire qui consiste à se donner à soi-même la loi que l’on décide de suivre.

Enfin, Marceline emploie un champ lexical de l’affection qui préfigure la fraternité promue par l’esprit révolutionnaire : « tendre », « indulgent », « heureux », « gai », « libre », « bon ».

Le Comte est un témoin intéressant car il semble désavouer les codes patriarcaux en reconnaissant la véracité du raisonnement de Marceline : « Que trop raison ! ». Les nobles eux-mêmes semblent acquis aux idées des Lumières.

Le mariage de Figaro, acte III scène 16 : conclusion

Cette scène 16 de l’acte III du Mariage de Figaro, comme toute la pièce, montre un état d’esprit nouveau : le rejet des traditions patriarcales et nobiliaires au profit d’un idéal individualiste soucieux de préserver la liberté et l’autonomie.

Cette pièce ouvre une période historique qui va apporter son lot d’espoir mais aussi de désillusions.

Fort de cette expérience parfois douloureuse, le Romantisme va revenir sur ce rejet des traditions et enrichir la maxime de Marceline s’efforçant de regarder où l’on va sans oublier d’où l’on vient.

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