La coccinelle, Victor Hugo : analyse linéaire

la cocinelle hugoVoici une explication linéaire pour le bac de français du poème « La coccinelle » issu du livre I de Contemplations de Victor Hugo.

La coccinelle, Victor Hugo, introduction

« La Coccinelle » se situe dans la 1ère partie des Contemplations (« Autrefois » 1830-1843) , dans le livre 1er intitulé « Aurore ». (Voir ma fiche de lecture des Contemplations de Victor Hugo)

Il s’agit d’un poème composé de 5 quatrains d’heptamètres à rimes embrassées (ABBA). Le poète évoque en 1830 une scène de son adolescence et porte un regard distant et amusé sur sa naïveté.

Problématique

Poème de circonstance en apparence, le poème « La coccinelle » n’est-il pas plutôt une fable sur la nécessité de profiter de la vie ?

La coccinelle

Elle me dit : Quelque chose
Me tourmente. Et j’aperçus
Son cou de neige, et, dessus,
Un petit insecte rose.

J’aurais dû – mais, sage ou fou,
A seize ans on est farouche,
Voir le baiser sur sa bouche
Plus que l’insecte à son cou.

On eût dit un coquillage ;
Dos rose et taché de noir.
Les fauvettes pour nous voir
Se penchaient dans le feuillage.

Sa bouche franche était là :
Je me courbai sur la belle,
Et je pris la coccinelle ;
Mais le baiser s’envola.

– Fils, apprends comme on me nomme,
Dit l’insecte du ciel bleu,
Les bêtes sont au bon Dieu,
Mais la bêtise est à l’homme.

Annonce de plan linéaire

Derrière la scène d’innamoramento, se cache une petite fable sur l’existence humaine.

I – Une scène d’innamoramento (amour naissant)

A – Une scène ambiguë

(Le premier quatrain)

Le poème « Coccinelle » commence in medias res (= en pleine action) par le pronom personnel « Elle ».

Victor Hugo ne prend pas la peine de présenter les personnages. Il plonge son lecteur dans une petite saynète comme le montre le verbe introducteur de parole « Elle me dit : ».

Victor Hugo crée alors une scène de séduction amoureuse comme le suggère le sens de l’énigme et du mystère qui entoure le pronom indéfini « Quelque chose » ainsi que l’enjambement « Quelque chose / Me tourmente ».

La métaphore « Son cou de neige » suggère la candeur de la scène et l’aspect immaculé et innocent des premières amours.

Cette métaphore suggère également la contradiction entre la sensualité du « cou » et la froideur de la « neige ».

Les conjonctions de coordination « et » ainsi que le complément circonstanciel de lieu « dessus » soulignent le mouvement du regard détourné de l’objet amoureux : « Et j’aperçus / Son cou de neige, et, dessus/ Un petit insecte rose ».

L’animal suscite alors la curiosité de l’adolescent et lui ouvre une porte vers l’enfance.

Mais la description de la coccinelle est inattendue : « un petit insecte rose » : le rose n’est en effet pas la couleur de la coccinelle, mais plutôt celui de la peau.

L’adjectif « rose » peut alors se comprendre comme une superposition de la sensualité amoureuse sur le regard de l’enfant, faisant de ce poème une énigme précieuse.

B – Une scène autobiographique

(Deuxième quatrain)

Dans le deuxième quatrain, le poème prend une tournure autobiographique.

Le complément circonstanciel de temps « A seize ans » suggère une date précise qui rend crédible le récit.

Le poète adulte de 1830 (temps de l’écriture) prend une distance avec l’adolescent de 1818 (date à laquelle Victor Hugo avait 16 ans) par l’irréel du passé « J’aurais dû » qui suggère un regard analytique, distancié sur son passé.

Ce poème permet donc la réflexion sur soi comme le montre le pronom impersonnel « on » et le présent de vérité générale « on est farouche ».

Plus qu’une analyse détaillée, Victor Hugo fait plutôt preuve d’une distanciation ironique avec le jeune homme qu’il a été comme le montre l’antithèse « sage ou fou » qui mime les humeurs contrastées de l’adolescence.

C – La confusion entre la coccinelle et la jeune fille

(Troisième quatrain)

Le champ lexical de l’amour retrace la sensualité de ce moment : « baiser », « sa bouche », « son cou », « coquillage ».

La description de la coccinelle et de la femme aimée s’entremêlent alors jusqu’à se confondre.

La comparaison introduite par « On eût dit » associe en effet l’image de la coccinelle à celle d’un coquillage et la mention des couleurs « rose et taché de noir » fait bien référence à l’insecte.

Mais l’humanisation impliquée par le terme « Dos » placé en début de vers (« Dos rose et taché de noir« ), le décalage entre le « rouge » attendu de la coccinelle et le « rose » de la chair humaine, et l’expression « taché de noir » qui peut faire référence aux grains de beauté, superposent à la coccinelle l’image de la jeune fille.

Quant à la comparaison avec le « coquillage », elle rappelle la Naissance de Vénus de Boticelli (Vénus est la déesse de l’amour).

II – La coccinelle : une fable

A – Une scène théâtrale

Mais le jeune poète de 16 ans ne se rend pas compte qu’il assiste à la naissance de l’amour.

C’est le poète plus âgé qui montre l’envers du décor.

Victor Hugo adulte présente ainsi cette scène comme une scène de théâtre.

On repère tout d’abord le vocabulaire du regard : « voir », « se penchaient ».

Les « fauvettes » semblent être les spectateurs, et le « feuillage » symbolise les rideaux du théâtre. Les deux adolescents sont les acteurs dont le poète joue le rôle classique du jeune premier.

Les « fauvettes » rappellent la poésie élégiaque qui fait signe vers l’amour.

Le quatrième quatrain met en évidence la sensualité que le jeune poète n’a pas su voir.

L’allitération en (ch) (« Sa bouche fraîche était là : » ) évoque la jeunesse.

Les deux points en fin de vers soulignent l’appel à l’étreinte amoureuse à laquelle répond en effet « Je me courbai sur la belle ».

La périphrase « la belle » caractérise la jeune fille par sa beauté et semble dévoiler enfin la sensualité latente de cette scène.

« Je me courbai » crée une ligne sensuelle. Les deux personnages semblent s’abandonner à l’amour.

B – Un coup de théâtre ironique

(quatrième quatrain)

Mais Victor Hugo crée alors un coup de théâtre.

Le jeu de rime (« belle« / « coccinelle« ) montre un balancement entre la « belle » qui symbolise l’adolescence et la « coccinelle » qui symbolise l’enfance. Le poète reste dans l’enfance  comme le suggère le vers « Et je pris la coccinelle ».

C’est avec humour que Victor Hugo plus âgé voit cette innocence de la prime adolescence.

« Mais le baiser s’envola » est un jeu de mots entre le « baiser volé » romanesque, par lequel se termine généralement ce genre de scène amoureuse et l’envol du baiser qui correspond à l’envol de la coccinelle.

C – La morale

(cinquième quatrain)

L’humour est prolongé au 5ème quatrain par le décalage dû à la prise de parole soudaine de l’animal.

La tonalité de la parole est décalée, presque prophétique comme le montre l’apostrophe « Fils », l’impératif « apprends » et le positionnement de l’animal « du ciel bleu ».

Victor Hugo fait référence ici au surnom de la coccinelle « la bête à bon-dieu » d’où le jeu de mots sur « bête » et bêtise » : « Les bêtes sont au bon Dieu / Mais la bêtise est à l’homme ».

Le présent de vérité générale (« sont » / « est ») et l’utilisation du verbe « être » transforme ce poème en petite fable avec une leçon morale.

La leçon est donnée par une coccinelle à un jeune poète qui n’a pas su voir l’amour et profiter de la vie.

La coccinelle, Victor Hugo, conclusion

A travers ce petit poème subtil, Victor Hugo joue avec les genres littéraires pour nous transporter tout à tour dans une énigme, une autobiographie, une mise en scène et une fable.

Il s’agit d’un carpe diem (une invitation à profiter du jour ) qui regarde avec tendresse et ironie la pudeur des amours adolescentes.

Dans « Vieille chanson du jeune temps » Victor Hugo fait une réécriture du poème « Coccinelle ».

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Amélie Vioux

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5 commentaires

  • Vraiment, je me trouve attiré par la générosité, et l’abondance de ce site qui est une belle expérience, une excellente référence pour à la fois améliorer le niveau, et déguster l’art littéraire au long terme. Merci bien Mme .Amélie

  • Merci pour tout cela Amélie. J’ai visionné les vidéos sur le commentaire. Puis j’ai lu l’analyse du poème de Victor Hugo sur la coccinelle dans le cou. Pourriez-vous me proposer une introduction de commentaire pour ce poème ? Cela illustrerait ce que je crois avoir compris. Mille mercis.

  • Bonjour j’ai déjà acheter votre livre qui m’aide beaucoup. Cependant je suis inscrit au bac en candidat libre et je passe tout les épreuves cette année. J’ai un petit souci on me dit que je passe l’ancienne version du bac de français. Pourriez vous m’indiquer si cela est vrai et donc me dire si à part la dissertation et le commentaire composé il y a autre chose?
    En l’attente de votre réponse Merci. Youssef (50ans) cdlt

    • Bonjour Youssef,
      Les candidats libres qui passent toutes les épreuves du bac en même temps en juin 2020 sont en effet soumis aux épreuves de l’ancien bac de français. L’écrit se fait donc selon les anciennes modalités, avec, au choix, un commentaire, une dissertation générale ou une écriture d’invention. L’oral se fait également selon les anciennes modalités. Le mieux est de vous procurer un livre d’occasion portant sur les épreuves de 2019 !

  • Merci pour toutes ces analyses qui m’aident beaucoup. Pourriez vous proposer l’analyse du poème « Pendant que le marin,qui calcule et qui doute » ? Je présente le bac en candidate libre et je ne suis pas très sûre de moi. Merci encore.

Répondre à Nora X