Veni, vidi, vixi, Victor Hugo : lecture linéaire

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Illustration de Laurent Paturaud, bande dessinée « Victor Hugo aux frontières de l’exil »

Voici une lecture linéaire du poème « Veni, vidi, vexi » issu des Contemplations de Victor Hugo.

« Veni, vidi, vixi », Victor Hugo, introduction

Victor Hugo, chef de file du mouvement romantique français, est l’un des auteurs les plus prolifiques du XIXème siècle.

Durant son exil à Jersey, il publie en 1856 Les Contemplations, un recueil de poésie qu’il présente comme « le livre d’un mort », « Les Mémoires d’une âme« .

(Voir la fiche de lecture des Contemplations de Victor Hugo, spécial bac de français 2020)

Ce recueil est en effet organisé selon une logique biographique, partagé en deux grandes parties « Autrefois » et « Aujourd’hui », la césure se situant au livre IV, « Pauca Meae » qui évoque la mort accidentelle de Léopoldine, la fille aînée de Victor Hugo.

Le poème « Veni, vidi, vixi » est issu du livre IV « pauca Meae » consacré à Léopoldine et à la douleur du deuil.

Problématique

Mais ce poème n’est-il qu’un hommage à Léopoldine ?

Annonce de plan de l’explication linéaire

Si « Veni, vidi, vixi » est un hommage de Victor Hugo à sa fille (I), il est aussi un poème autobiographique (II) destiné à décrire le travail poétique et à présenter le portrait du poète (III).

I – Un hommage à sa fille Léopoldine

(du 1er au 3ème quatrain)

A – La mort inscrite au centre du poème

Le titre du poème « Veni, vidi, vixi » constitue un jeu de mots sur la célèbre formule prononcée par Jules César après sa victoire sur Pharnace II : « Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu » .

Victor Hugo change l’expression épique et militaire « vici » (j’ai vaincu) par  «vixi» (j’ai vécu). Cette paronomase (rapprochement de mots dont les sonorités sont proches) met en valeur le basculement d’un univers épique (j’ai vaincu) à un univers mélancolique (j’ai vécu).

Le verbe vivre au passé composé (« j’ai vécu ») est un euphémisme pour désigner la fin de la vie. Il inscrit la mort dans le titre du poème.

Victor Hugo reprend cet euphémisme au premier vers (« J’ai bien assez vécu ») et en fait le moteur des trois premiers quatrains qui sont construits sur l’anaphore de la conjonction de subordination : « puisque ».

L’image de Léopoldine apparaît dans les premiers quatrains à travers un champ lexical de la jeunesse («bras», «enfants», «réjoui», «fleurs», «printemps», «joie», «splendide», «jour» , « parfums », « roses » ) qui va jusqu’à une célébration presque mystique comme le montre le champ lexical de la religion («printemps » (v.5), «Dieu» (v.5), «splendide » (v.6), «amour» (v.6) ).

B – une tonalité élégiaque

Mais l’absence de sa fille est une source de souffrance pour le poète. Les marques de la négation suggèrent le manque : « sans trouver» (v.2), « à peine » (v.3), « ne plus » (v.4), « sans joie » (v.6).

L’interjection «Hélas !» au vers 8 donne au poème une tonalité élégiaque : ce poème est avant tout une plainte du poète face à la douleur de l’absence de Léopoldine.

Le champ lexical de la mort est omniprésent : «vaincu» (v.9), «ombre» (v.11), «reposes» (v.11), «mort» (v.12), «j’ai bien assez vécu» (v.12).

Les termes à la rime « vaincu » et « vécu » aux vers 9 et 12 soulignent ironiquement que Victor Hugo n’a pas su vaincre la mort. Contrairement à Jules César qui utilisait le verbe vaincre à la forme active : « j’ai vaincu », Victor Hugo l’emploie à la forme passive (« puisque l’espoir serein dans mon âme est vaincu »), soulignant ainsi son échec.

Aux vers 11 et 12, Victor Hugo s’adresse brièvement à sa fille à la deuxième personne du singulier : « O ma fille ! j’aspire à l’ombre où tu reposes ». Cette adresse directe ainsi que l’apostrophe «Ô ma fille !» font penser à une épitaphe (inscription gravée sur une tombe) voire même à une oraison funèbre (discours prononcé à l’occasion des funérailles).

L’anaphore de « Puisque » (aux vers 1, 3, 4, 5, 7, 9, 10 et 11) et la répétition de « j’ai bien assez vécu » aux vers 1 et 12 crée un effet de circularité. La douleur du poète semble sans cesse relancée, comme s’il revivait la mise en bière puis l’enterrement de sa fille.

 II – Un poème autobiographique

(du 4ème au 6ème quatrain)

A – L’éloge du travail poétique

A partir du quatrième quatrain, Victor Hugo revient sur son passé comme le montrent les verbes au passé composé : «Je n’ai pas refusé» (v.13), «J’ai vécu» (v.15), «j’ai servi» (v.17), «j’ai veillé» (v.17).

La première personne du singulier est omniprésente («Je», «Mon», «Ma», «J’ai fait ce que j’ai pu ; j’ai servi, j’ai veillé») : elle met en évidence la solitude du poète après la mort de sa fille.

Victor Hugo revient sur le travail poétique qu’il a mené pour conjurer la mort : « Je n’ai pas refusé ma tâche sur la terre. ».

L’effort réalisé est souligné par le champ lexical du travail : « ma tâche » (v.13), « incliné » (v.16), « j’ai fait ce que j’ai pu » (v.17), « beaucoup travaillé » (v.20), « bagne terrestre » (v.21), « qui se lève avant l’aube » (v.28).

La métaphore entre l’agriculture et la poésie met en évidence que le travail est nécessaire pour récolter les fruits poétiques : « Mon sillon ? Le voilà. Ma gerbe ? La voici. »(vers 14)

Le parallélisme de construction dans ce vers 14 laisse apparaître une musicalité et une harmonie poétique : le travail permet de faire éclore la beauté.

Victor Hugo énonce ainsi discrètement un art poétique : le croisement entre le travail et le talent fait la réussite poétique.

B – La jalousie et l’hostilité des rivaux littéraires

Pour Victor Hugo, cette réussite poétique a entraîné jalousie et hostilité de la part des poètes académiques, conservateurs ou classiques comme le suggère le champ lexical du mépris : « on riait de ma peine » (v.18), « objet de haine » (v.19), « raillé » (v.23) , l’envieux dont la bouche me nuit » (v.30).

Le champ lexical de la prison suggère que Victor Hugo est pris au piège de cette hostilité : « peine », « objet de haine », « bagne terrestre », « saignant », « forçats », « chaînon », « chaîne » .

Mais le poète va plus loin. Ses tourments prennent une dimension mystique comme le suggère le champ lexical de la religion : «riait», «souffert», «terrestre», «saignant», « raillé », «J’ai porté», «éternelle».

A travers ce champ lexical, Victor Hugo établit un parallélisme entre sa souffrance et la passion du Christ. Le poète apparaît comme le Christ qui souffre de la raillerie de ses contemporains qui ne comprennent pas sa mission sacrée. Cette transfiguration du poète en figure christique est fréquente chez Victor Hugo.

III – Une prière

(7ème et 8ème quatrain)

A – Un poète isolé

Au septième quatrain, Victor Hugo revient au présent de l’énonciation « Maintenant, mon regard ne s’ouvre qu’à demi ».

Les négations restrictives dressent le portrait d’un poète isolé, presque mort : «ne s’ouvre qu’à demi», «ne plus», «ne …plus» .

Les vers 30 et 31 plongent le poème dans l’obscurité en jouant sur l’homophonie entre le verbe « nuit » et le nom commun « nuit » :
« Répondre à l’envieux dont la bouche me nuit.
O Seigneur ! ouvrez-moi les portes de la nuit. »

B – Une prière à Dieu

Dans la dernière strophe, le poème prend la dimension d’une prière avec l’apostrophe «Ô Seigneur» et l’impératif «Ouvrez-moi» qui reprend la rhétorique de la supplication.

On remarque que Victor Hugo demande à Dieu sa propre mort à travers des formules euphémisantes : «ouvrez-moi les portes de la nuit», «que je m’en aille», «que je disparaisse».

Le terme « mort » n’est pas prononcé, comme si l’évocation de ce terme, qui rappelle la mort de sa fille, lui causait une douleur infinie.

Veni, vidi, vixi, lecture linéaire, conclusion

« Veni, vidi, vixi » issu du livre IV des Contemplations n’est pas qu’un hommage de Victor Hugo à sa fille Léopoldine. Dans ce poème, Victor Hugo dresse son portrait et fait l’éloge de l’abnégation du travail poétique.

Le portrait du poète et l’utilisation du latin sont des traits que l’on retrouve quelques années plus tard chez Baudelaire, poète marqué durablement par Victor Hugo.

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Amélie Vioux

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