Lettres persanes, Montesquieu [Fiche de lecture]

lettres persanes fiche de lectureLettres persanes raconte les aventures et réflexions de deux Persans lors de leur voyage en Europe.

Ce roman épistolaire rencontre un succès considérable dès sa publication en 1721. C’est que Montesquieu a su mêler avec virtuosité le goût pour l’exotisme en vogue à l’époque et la forme épistolaire, également très appréciée.

Mais derrière ces lettres vives et pleines d’esprit se cache une critique audacieuse des mœurs occidentales, de la religion et de la monarchie de droit divin, qui annonce le début du courant des Lumières.

Qui est Montesquieu ?

Montesquieu est un des plus célèbres philosophes des Lumières.

Issu d’une famille d’aristocrates, Montesquieu fait des études de droit mais se passionne pour de nombreux sujets (l’histoire, la politique, les sciences, la biologie…).

Le succès de son roman Lettres persanes publié en 1721 lui ouvre les portes des salons parisiens.

Après un voyage de plusieurs années en Europe, au cours duquel il observe les différents modèles politiques et sociaux, il se consacre à des œuvres qui portent sur l’histoire et l’évolution des sociétés, dont les deux principales sont Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et leur décadence (1734) et De l’esprit des lois (1748).

Comment résumer Lettres persanes de Montesquieu ?

Usbek, un noble persan, entreprend avec son ami Rica un long voyage à Paris de 1712 à 1720. Ils partagent leurs impressions dans une correspondance avec leurs proches.

Historiquement, ce voyage se déroule donc durant la fin du règne de Louis XIV (qui meurt en 1715) et les années de Régence qui s’ensuivent.

Le regard neuf que les deux Persans portent sur les moeurs européennes permet à Montesquieu d’en faire ressortir l’absurdité ou le grotesque.

Rien n’échappe à l’ironie de l’auteur : la monarchie, la religion, la papauté, les femmes, les courtisans, les magistrats, les lois…Montesquieu met à jour les artifices, les faux-semblants et le ridicule des institutions.

Parallèlement, se noue une autre intrigue : Usbek apprend que les femmes de son harem à Ispahan se révoltent contre sa tyrannie. Il donne ordre de punir ses femmes. Le roman s’achève tragiquement sur la lettre pleine de haine que Roxane, sa favorite, lui écrit avant de se suicider.

Quels sont les thèmes importants de Lettres persanes ?

Le voyage et l’orientalisme

L’exotisme est très à la mode au début du XVIIIème siècle grâce notamment aux récits de voyage de Chardin et Tavernier et à la traduction des Mille et une Nuits par Galland.

En retraçant le voyage de deux Persans à Paris et en inscrivant l’intrigue orientale du sérail au coeur du roman, Montesquieu était sûr de plaire au lecteur de l’époque.

Mais il ne faut pas s’y tromper : derrière l’habit persan, c’est Montesquieu qui avance masqué pour mieux critiquer les moeurs et les institutions françaises.

La critique de l’absolutisme royal

Montesquieu dénonce l’absolutisme royal en comparant le Roi de France à un « grand magicien ». Le terme magicien est satirique : il montre l’illusion dans laquelle le Roi maintient ses sujets par l’ignorance, la tromperie et le mensonge. (Voir l’analyse de la lettre 24 des Lettres persanes)

Fais toutefois attention à un point : Montesquieu ne critique pas la monarchie en tant que telle mais la monarchie absolue de droit divin, incarnée par Louis XIV, selon laquelle le roi exerce un pouvoir absolu qu’il tient directement de Dieu. Pour rappel, Louis XIV meurt en 1715. Montesquieu écrit Lettres persanes pendant la Régence et semble avertir le futur Roi des excès de la monarchie absolue.

La critique de la religion

Montesquieu critique la religion grâce au regard extérieur du musulman qui s’étonne naïvement en découvrant les principes du dogme chrétien.

Ainsi, pour le Persan, l’autorité du Pape repose sur des artifices et le dogme de la transsubstantiation (l’ostie perçue comme le corps du Christ) apparaît comme une croyance irrationnelle : « Ce magicien s’appelle le pape : tantôt il lui fait croire que trois ne sont qu’un ; que le pain qu’on mange n’est pas du pain ou que le vin qu’on boit n’est pas du vin (…) » (Lettre 24).

La critique de la société

Usbek et Rica découvrent en arrivant à Paris une société radicalement différente de la leur, obnubilée par l’apparence et les faux-semblants. (voir l’analyse de la lettre 30 des Lettres persanes)

Leurs lettres brossent une série de tableaux satiriques de la société (le magistrat, le courtisan, les femmes, le casuiste…) et des pratiques sociales (l’opéra, la mode, les salons…).

Cette société est un théâtre où les personnes jouent un rôle. Lorsque Rica décrit un après-midi au théâtre à la Comédie-Française (lettre 28), il livre au lecteur sa vision de la société parisienne où « tout le peuple s’assemble […] et va jouer une espèce de scène que j’ai entendu appeler comédie. »

L’esprit des Lumières

Lettres persanes est écrit au début du XVIIIème siècle. On y voit néanmoins déjà apparaître l’esprit des Lumières, qui conteste les préjugés religieux et le despotisme pour promouvoir la raison, les progrès scientifiques, la tolérance et le libéralisme.

L’utopie des Troglodytes (lettres 11 à 14) dessine une société idéale fondée sur la vertu, la fraternité, la coopération économique et une monarchie tempérée par la sagesse.

Quelles sont les caractéristiques de l’écriture de Montesquieu ?

 Les 161 lettres qui composent ce roman offrent une grande variété de style, de ton et de sujets.

La forme épistolaire (composée de lettres) permet en effet un croisement de points de vue et une multiplicité des regards sur la société parisienne.

Mais on retient particulièrement le style satirique des Lettres persanes fondé sur le trait ironique, l’art du raccourci et de la formule incisive.

Les portraits sont caustiques, rappelant la galerie de portraits des Caractères de La Bruyère. La satire a pour but d’éveiller le jugement du lecteur, de le libérer de ses préjugés par le rire.

Que signifie le parcours : « Le regard éloigné » ?

Le parcours associé à ce roman au bac de français 2020 est : le regard éloigné.

A priori, l’intitulé de ce parcours semble simple : le regard éloigné, c’est le regard décentré des Persans qui observent la société française avec un oeil neuf.

Pourquoi ce regard éloigné a-t-il fait le succès des Lettres persanes ?

Tout simplement parce qu’il revêt à la fois une fonction romanesque, satirique et philosophique. Il est par ailleurs emblématique de l’esprit des Lumières.

Le regard éloigné : une fonction romanesque

Tout d’abord, ce regard éloigné donne un caractère dramatique et romanesque aux Lettres persanes.

En effet, deux Persans sont placés dans un lieu qu’ils ne connaissent pas, ce qui crée des effets de surprise et des décalages comiques qui tiennent le lecteur en haleine.

De plus, l’origine persane d’Usbek et Rica est exotique. Dans un début du XVIIIème siècle qui se passionnait pour les voyages, le roman de Montesquieu offre à ses lecteurs un univers oriental avec ses eunuques, ses esclaves et ses légendes, qui ne peut que leur plaire.

Le regard éloigné : une fonction satirique

Mais le regard éloigné d’Usbek et de Rica a aussi une fonction satirique : c’est un regard distancié et ironique qui permet de se moquer des moeurs et des institutions françaises.

L’ironie, qui consiste à dire le contraire de ce que l’on pense, est présente dans Lettres persanes lorsque les deux Persans décrivent la société française de façon apparemment objective, mais en s’attachant à des détails qui font ressortir le ridicule des moeurs européennes. Ainsi le Pape n’est que « Le chef des chrétiens » et les prêtres de simples « dervis », c’est à dire l’équivalent des religieux islamiques.

Le regard éloigné : une fonction philosophique

Enfin, le regard éloigné a une fonction philosophique. Il est la métaphore du regard libre, détaché des préjugés dont les Français sont prisonniers.

L’éloignement est une manière d’enseigner le relativisme pour communiquer des idées de tolérance, de cosmopolitisme et de paix universelle. (Le relativisme est une doctrine selon laquelle les valeurs et coutumes changent selon les lieux et les époques et qu’il convient donc de ne pas les hiérarchiser.)

Le regard éloigné est donc emblématique de l’esprit des Lumières. Il sera repris avec succès par Voltaire dans Candide en 1759.

Tu étudies Lettres persanes ? regarde aussi :

Voltaire (fiche auteur)
« De l’esclavage des nègres », Montesquieu : analyse
L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert
Supplément au voyage de Bougainville, Diderot, histoire de Polly Baker
Supplément au voyage de Bougainville, Diderot, l’aumônier
Supplément au voyage de Bougainville, Diderot, discours du vieux tahitien
Jacques le fataliste, Diderot, incipit

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