Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, articles 1 à 6 : analyse

Voici une lecture linéaire des articles 1 à 6 de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (1791) d’Olympe de Gouges pour le bac de français.

Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, articles 1 à 6, introduction

Olympe de Gouges (1748-1793) est une femme de lettres progressiste qui a milité pour la condition de la femme et l’abolition de l’esclavage.

Elle dénonce par exemple l’oppression subie par les esclaves d’Afrique dans L’heureux naufrage (1784), ce qui lui valut à la fois le succès et le scandale.

À la faveur de la Révolution, elle s’oriente vers une carrière politique afin de défendre l’égalité entre les femmes et les hommes.

Olympe de Gouges considère en effet que les femmes n’ont pas suffisamment récolté les fruits de la Révolution à laquelle elles ont contribué. (Voir la fiche de lecture de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne d’Olympe de Gouges).

Son féminisme combattif et sa réécriture de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 font d’elle une des figures précurseurs du féminisme moderne.

Elle meurt guillotinée en 1793 pour un manifeste dans lequel elle dénonçait les crimes de la Terreur.

Nous allons étudier ici les six premiers articles de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (1791), l’œuvre la plus connue d’Olympe de Gouges.

L’écrivaine réécrit la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 pour souligner que les femmes en ont été écartées.

Extrait étudié

Article 1. La femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.

Article 2. Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de la femme et de l’homme. Ces droits sont : la liberté, la prospérité, la sûreté et surtout la résistance à l’oppression.

Article 3. Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation, qui n’est que la réunion de la femme et de l’homme ; nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément.

Article 4. La liberté et la justice consistent à rendre tout ce qui appartient à autrui ; ainsi l’exercice des droits naturels de la femme n’a de bornes que la tyrannie perpétuelle que l’homme lui oppose ; ces bornes doivent être réformées par les lois de la nature et de la raison.

Article 5. Les lois de la nature et de la raison défendent toutes actions nuisibles à la société ; tout ce qui n’est pas défendu par ces lois sages et divines ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu’elles n’ordonnent pas.

Article 6. La loi doit être l’expression de la volonté générale : toutes les citoyennes et citoyens doivent concourir personnellement ou par leurs représentants à sa formation ; elle doit être la même pour tous ; toutes les citoyennes et citoyens étant égaux à ses yeux doivent être également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leurs capacités, et sans autres distinctions que celles de leurs vertus et de leurs talents.

Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, 1791.

Problématique

En quoi cette réécriture féministe de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen promeut-elle l’égalité entre les hommes et les femmes ?

Annonce de plan linéaire

Dans les deux premiers articles, Olympe de Gouges affirme que la liberté et l’égalité entre les femmes et les hommes sont inscrites dans la nature.

Puis, dans une deuxième partie, correspondant au troisième article, l’homme et la femme sont considérés comme le fondement de la nation égalitaire.

Enfin, dans une troisième partie, des articles quatre à six, cette constitution promeut la justice et la liberté pour les deux sexes.

I – La liberté et l’égalité sont inscrites dans la nature

(Articles 1 et 2)

Le premier article stipule d’emblée que «La femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits.»

Le présent de l’indicatif a ici une valeur de vérité générale : il énonce des principes d’égalité et de liberté qui se veulent permanents et incontestables.

Le présent de l’indicatif désigne également des changements que l’auteure veut voir apparaître dans l’immédiat.

Pour Olympe de Gouges, la liberté et l’égalité entre la femme et l’homme sont des principes naturels puisqu’ils sont présents dès la naissance.

Cette notion est très importante car Olympe de Gouges fonde sa Constitution sur la nature. Selon elle, l’égalité entre les sexes est naturelle mais a été pervertie par les lois humaines. Elle souhaite donc que les lois reconnaissent et protègent l’égalité naturelle entre les sexes.

On remarque les noms singuliers introduits par des articles définis à valeur générale : « La femme », « l’homme ». Ce texte de loi a une visée universaliste.

La réécriture du célèbre article premier de la DDHC de 1789 est également ironique.

Dans la DDHC de 1789, l’article premier stipule que « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits« , les hommes représentant le genre humain.

Olympe de Gouges détourne cet article pour en faire un combat féministe où la femme lutte pour obtenir les mêmes droits que les hommes.

Olympe de Gouges réduit ainsi le substantif « homme » de la DDHC de 1789 au genre masculin. Quant à la femme, elle devient sujet de la phrase : « La femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits.« 

Olympe de Gouges reprend néanmoins à l’identique la suite de l’article 1, qui reconnaît les distinctions sociales : « Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. »

Une société peut donc demeurer égalitaire malgré l’existence d’inégalités sociales, tant que les personnes les plus favorisées concourent au bon fonctionnement de la société (« l’utilité commune« ).

Cet article initial est donc une réécriture quasi-littérale de l’article premier de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789.

Mais Olympe de Gouges y donne une place à la femme. Sa réécriture est audacieuse car l’auteure montre que le substantif « homme » dans la DDHC de 1789, censé désigner le genre humain dans son ensemble, participe en réalité d’une invisibilisation des femmes.

Le deuxième article réécrit également l’article 2 de la DDHC de 1789, auquel il ajoute la mention de la femme.

En mentionnant la femme avant l’homme (« de la femme et de l’homme« ), l’auteure témoigne du combat des femmes pour être reconnues.

Olympe de Gouges pose comme fondement de la société la défense « des droits naturels et imprescriptibles de la femme et de l’homme ». Les deux adjectifs (« naturels et imprescriptibles » ) insistent sur le caractère naturel de ces droits : la constitution ne fait en réalité que mettre par écrit des principes de la nature.

Les droits fondamentaux en question « sont la liberté, la propriété, la sûreté, et surtout la résistance à l’oppression. »

Dans l’article 2 de la DDHC de 1789, « la résistance à l’oppression » légitime le soulèvement populaire contre la monarchie.

Mais la réécriture de cet article par Olympe de Gouges suggère que l’oppression peut également venir des révolutionnaires eux-mêmes.

En accordant aux femmes un droit de résistance à l’oppression, Olympe de Gouges légitime le combat des femmes pour l’égalité entre les sexes.

II – L’homme et la femme sont au fondement de la nation égalitaire

(Article 3)

L’article 3 porte sur la notion de nation : « Le principe de toute souveraineté réside essentiellement en la nation ».

Il s’agit d’une reprise littérale de l’article 3 de la DDHC de 1789. Le pouvoir n’appartient plus à un souverain, mais à l’ensemble des individus, considérés comme une Nation.

La souveraineté est ainsi détenue par la communauté entière, et non plus par des groupes (« nul corps ») ou des personnes (« nul individu ») défendant leurs intérêts contre ceux des autres.

Mais Olympe de Gouges prolonge l’article 3 de la DDHC de 1789 par une proposition subordonnée relative qui précise la définition de la nation : « la nation, qui n’est que la réunion de la femme et de l’homme ».

La militante rappelle ainsi que les femmes ne doivent pas être écartées de la nation. La conjonction de coordination « et », qui supprime toute hiérarchisation, exprime cette égalité entre les sexes.

La négation restrictive « ne…que » exclut toute définition de la Nation qui n’inclurait pas les femmes.

III – La justice et la liberté pour les deux sexes

(Articles 4 à 6)

À mesure que les articles s’enchaînent, le tableau de la société idéale d’Olympe de Gouges se précise.

Ainsi, l’article 4 définit «La liberté et la justice», qui «consistent à rendre tout ce qui appartient à autrui; ainsi l’exercice des droits naturels de la femme n’a de bornes que la tyrannie perpétuelle que l’homme lui oppose».

Il s’agit d’une réécriture ironique de l’article 4 de la DDHC de 1789 qui énonce que « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société la jouissance de ces mêmes droits. » Dans la DDHC de 1789, la liberté des uns s’achève là où commence celle des autres.

Olympe de Gouges réécrit cet article avec une ironie grinçante puisqu’elle énonce que la liberté de la femme est bornée par la tyrannie des hommes.
Ainsi, au principe de réciprocité de la DDHC (chaque Homme jouit d’une liberté qui ne nuit pas à autrui) elle décrit une inégalité de fait : la liberté des femmes est bornée par celle des hommes.

Ce texte est contestataire car il souligne que la tyrannie n’est pas représentée par un régime politique, à savoir la monarchie absolue. La tyrannie est représentée ici par un genre : celui des hommes, qui opprime les femmes.

L’hyperbole «tyrannie perpétuelle» assimile même cette oppression à un règne immémorial (=très long).

Pour Olympe de Gouges, la Constitution doit rendre à la femme sa liberté naturelle (« rendre tout ce qui appartient à autrui » ).

Cette définition suggère encore une fois que la liberté de la femme est naturelle. La Constitution ne ferait que restaurer une égalité naturelle corrompue par la société.

Olympe de Gouges se fonde d’ailleurs sur deux arguments d’autorité : elle s’appuie en effet sur « les lois de la nature » et celles de la « raison« , censées être incontestables .

Olympe de Gouges s’inspire de l’observation des espèces menées par les scientifiques où elle a constaté que dans la nature les relations entre mâles et femelles sont fondées sur la réciprocité.

Quant aux «lois […] de la raison», elles désignent les principes philosophiques des Lumières dont la Révolution se veut la mise en acte.

L’article 5 s’enchaîne de manière fluide grâce à l’épanadiplose (=reprise en début de phrase de la fin de la phrase précédente) en « Les lois de la nature et de la raison ».

La reprise de cette expression légitime la démarche d’Olympe de Gouges qui entend simplement faire respecter les lois de la nature et de la raison.

L’article 5 précise les limitations du droit à la liberté : il s’agit des lois qui « défendent toutes actions nuisibles à la société ».

Le substantif « femmes » n’apparaît pas dans cet article 5, Olympe de Gouges voulant montrer que cette constitution ne défend pas seulement les femmes, mais tout un chacun.

L’intérêt des femmes n’est en effet pas une cause opposée aux principes révolutionnaires : pour Olympe de Gouges, la défense des femmes s’inscrit pleinement dans le processus révolutionnaire censé instituer une société égalitaire.

Les lois sont d’ailleurs « sages et divines ». Ces adjectifs élogieux qui ne figurent pas dans la DDHC de 1789 montrent que la sacralité du pouvoir ne réside plus en la personne du roi, mais dans les lois qui retranscrivent celles de la nature et de la raison.

Si ces lois interdisent les comportements nuisibles, elles offrent également une grande liberté : « nul peut être contraint à faire ce qu’elles n’ordonnent pas. » Les lois représentent donc la condition de la liberté, et pas seulement une liste d’interdits.

Mais pour que ces lois soient «sages et divines», il y a une condition énoncée dans l’article 6 : «La loi doit être l’expression de la volonté générale.»

Olympe de Gouges réécrit subtilement l’article 6 de la DDHC de 1789 en modifiant le groupe verbal « La loi est » par « La loi doit être ».

L’auteure affirme ainsi que la constitution de 1789 se contredit et doit être réformée. Elle n’est pas encore l’émanation de la volonté générale puisqu’elle exclut les femmes.

Olympe de Gouges modifie également la suite de l’article en ajoutant la présence des femmes au sein de la nation «toutes les citoyennes et tous les citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs représentants, à sa formation.»

En antéposant le nom féminin, elle exprime une prise de pouvoirs des femmes sur les hommes. Il s’agit aussi d’un changement de philosophie car Olympe de Gouges remplace l’homme, catégorie abstraite dans la DDHC de 1789, par le particulier, caractérisé par l’appartenance sexuelle.

Cet article jette les fondements de la démocratie représentative où chacun s’exprime.

Comme dans la DDHC de 1789, la loi est désignée comme en « formation », c’est-à-dire qu’elle est le fruit du débat, qu’elle peut évoluer, qu’elle n’est pas figée, d’où l’espoir d’Olympe de Gouges de modifier les lois en faveur des femmes.

Les modifications opérées par Olympe de Gouges sur la Déclaration de 1789 consistent également en suppressions : le fait que la loi protège et punisse ne figure plus dans cette déclaration, comme pour ne pas insister sur ce que les lois ont de contraignantes.

Elle conserve en revanche le principe fondamental d’égalité devant la loi, « toutes les citoyennes et tous les citoyens, étant égaux à ses yeux ».

De nouveau la présence de « citoyennes » est un ajout contestataire.

La suite de cet article affirme le droit pour les femmes et les hommes d’être « admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leurs capacités, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents. » Olympe de Gouges expose une conception distributive de la justice qui doit répartir les places et dignités en fonction du mérite de chacun.

Elle exprime également sa légitimité, en tant que femme, à publier et à débattre sur le champ politique.

Mais elle affirme bien sûr ce même droit pour toutes les femmes. Cette nouvelle société se veut donc fondée sur le mérite, et non plus sur la naissance ou le sexe.

Elle milite pour que la mobilité sociale (=fait de changer de classe sociale) soit possible aussi bien pour les femmes que pour les hommes.

Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, articles 1 à 6, conclusion

Nous avons montré en quoi cette réécriture féministe de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen promeut l’égalité entre les hommes et les femmes.

Olympe de Gouges procède à des modifications subtiles, souvent de l’ordre du détail, mais qui contestent fortement les prétentions égalitaristes de la Déclaration des droits de l’Homme et de Citoyen de 1789.

L’écrivaine n’a de cesse de reprocher à la Constitution d’avoir occulté les femmes, qu’elle place au cœur de cette réécriture.

Ce faisant, les principes révolutionnaires sont d’autant mieux mis en œuvre, car ils ne se limitent à aucun individu.

Il se dégage de ces articles l’enthousiasme d’une révolutionnaire qui maîtrise les subtilités du langage juridique, et aspire à prolonger la Révolution.

Le postambule s’adresse aux femmes pour leur insuffler l’énergie et l’enthousiasme de défendre cette nouvelle constitution qui va dans leur intérêt.

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Qui suis-je ?

Amélie Vioux

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