Les Phares, Baudelaire : analyse

les phares baudelaire analyseVoici une analyse du poème « Les Phares » de Baudelaire. Vous pouvez vous en servir pour votre lecture analytique à l’oral de français.

Le poème « Les Phares » de Baudelaire est issu de la section « Spleen et idéal » des Fleurs du Mal.

Baudelaire a été critique d’art et offre dans ce poème une dédicace aux peintres qu’il admire.

Clique ici pour lire le poème « Les Phares » de Baudelaire.

I – Un hommage rendu aux grands peintres

A – La construction du poème

Dans « Les Phares », Baudelaire  rend hommage aux grands peintres en proposant un équivalent poétique de leurs œuvres.

Chaque artiste est un « phare » auquel Baudelaire dédie une strophe illustrant l’esthétique de l’artiste.

Il est intéressant de remarquer que la verticalité du texte (11 quatrains) semble dessiner la verticalité du phare.

Baudelaire ne s’attache pas à décrire des tableaux précis de chaque artiste. Grâce au procédé de la métonymie, il définit chaque artiste par un tableau imaginaire synthétisant le génie de l’artiste.

La métonymie est une figure de style qui consiste à substituer un terme par un autre terme avec lequel il entretient une relation proche.  La métonymie permet ici de désigner chaque artiste par un tableau imaginaire.

Ainsi l’apposition en début de paragraphe est une métonymie qui définit, désigne le peintre par un tableau imaginaire.

Par exemple, Léonard de Vinci est défini comme « un miroir profond et sombre » ou Rembrandt comme « un triste hôpital« .

Chaque tableau est porteur d’un univers qui caractérise l’artiste évoqué. Ce climat particulier  surgit grâce à la mise en relation de paysages, de couleurs, de sensations et de sons.

B – La re-création d’univers artistiques

Baudelaire ne décrit pas de tableaux particuliers que chaque artiste aurait peints. Chaque strophe de « Les Phares » évoque un tableau imaginaire qui constituerait la quintessence, l’essentiel d’un artiste.

Chaque strophe est construite sur le même principe :

– Le peintre est défini par un lieu imaginaire grâce au procédé de la métonymie.

– Ce lieu imaginaire met en scène des créatures mystérieuses, parfois obscures.

– Chaque strophe est tissée de sonorités particulières qui renforcent l’univers de chaque peintre.

Par exemple Rubens, dans la première strophe, est désigné par un « fleuve d’oubli, jardin de la paresse, oreiller de chair fraîche« . La langueur et la paresse qui caractérise son œuvre est évoquée par le paysage (fleuve, jardin) et les allitérations en « l » et « m », sons fluides qui suggèrent la douceur.

Léonard de Vinci est défini comme « un miroir profond et sombre ». Le climat est mystérieux : « profond », « sombre », « chargé de mystère », ombre », ce que suggère l’assonance en « on », son grave et nasal.

Watteau est désigné par un « carnaval ». On retrouve dans la strophe dédiée à Watteau le champ lexical de l’amusement : « carnaval », « papillons », « flamboyant », « frais et légers », « lustres », tournoyant ». L’assonance en « an » suggère le tournoiement et l’amusement.

Goya est désigné par « un cauchemar plein de choses inconnues« . Les descriptions sont violentes : « fœtus qu’on fait cuire« , « démons ajustant bien leurs bas« . L’assonance en « a » dans cette strophe semblent faire entendre des cris d’effrois.

Delacroix est désigné par un lac de sang. Le climat est violent et fantastique : « lac de sang », « hanté », « fanfares étranges ». Ces descriptions ne sont pas sans rappeler l’univers baudelairien du Spleen (« Spleen IV« , « La Cloche Fêlée »)

Transition : Le poème « Les Phares » n’est pas qu’un hommage rendu aux grands peintres. Baudelaire définit dans les trois dernières strophes les caractéristiques d’une œuvre d’art et la fonction de l’artiste.

II – Une définition de l’œuvre d’art et de la fonction de l’artiste

A – Une définition de l’œuvre d’art

Dans les trois dernières strophes, Baudelaire met en avant les caractéristiques d’une œuvre d’art.

1 – L’œuvre d’art naît dans la souffrance.

C’est ce qui transparaît dans l’énumération des différentes modulations de cris :
« Ces malédictions, ces blasphèmes, ces plaintes, / ces extases, ces cris, ces pleurs, ces Te Deum ».

2 – L’œuvre d’art correspond à une quête de sens dans un univers obscur.

Le monde est ainsi décrit comme un labyrinthe, un grand bois. L’artiste est une sentinelle, un chasseur en quête de sens, un phare qui guide par sa lumière.

3 – Les œuvres d’art sont intimement liées entre elles

Baudelaire met en relief la multiplicité des œuvres d’art qui se rejoignent dans une unité profonde. C’est ainsi que l’énumération de cris au pluriel est réunie dans un attribut du sujet au singulier (« un écho« ) :

Ces malédictions, ces blasphèmes, ces plaintes,
Ces extases, ces cris, ces pleurs, ces Te Deum,
Sont un écho redit par mille labyrinthes;

Les antithèses qui opposent « un » et « mille » mettent en relief l’unicité des oeuvres d’art qui s’expriment à travers une multiplicité de canaux :

« C’est un cri répété par mille sentinelles,
Un ordre renvoyé par mille porte-voix;
C’est un phare allumé sur mille citadelles »

4- Les œuvres d’art relèvent du mystique

On observe dans les trois derniers paragraphes la présence d’un vocabulaire religieux : « malédictions », « blasphèmes », « Te Deum ».

Dans le dernier paragraphe, Baudelaire s’adresse directement à Dieu (l’apostrophe « Seigneur », « votre éternité »).

B – Une définition de la fonction de l’artiste

La mission de l’artiste apparaît double à la lecture du poème :

– L’artiste procure l’oubli, est un échappatoire : « un divin opium« .

– L’artiste est celui qui guide les hommes : « un phare allumé » qui éclaire les autres.

Ces deux missions peuvent sembler contradictoires mais sont en réalité tout à fait conciliables : l’artiste permet à l’homme de s’échapper du monde réel pour accéder à un monde spirituel, un monde supérieur.

L’art, en cherchant à atteindre le divin, est l’expression de la « dignité » de l’homme mais également de ses limites. C’est ce qu’on peut déduire de l’antithèse présente dans la dernière ligne : « mourir » et « éternité ». (« Et vient mourir au bord de votre éternité« )

Conclusion de lecture analytique « Les Phares » :

♦ Récapitulez votre problématique et montrez que votre plan y a répondu.

♦ En ouverture, vous pouvez souligner que le poème « Les Phares » fonctionne comme une généalogie esthétique de Baudelaire. Baudelaire évoque les grands peintres dont il se sent l’héritier.

Problématiques possibles à l’oral de français sur « Les Phares » de Baudelaire :

♦ Comment Baudelaire définit-il la mission du poète dans ce poème ?

♦ Quelle vision de la poésie se dégage de ce poème ?

♦ Le poème « Les Phares » ne constitue-t-il qu’un hommage aux grands peintres ?

♦ Dans quels buts Baudelaire évoque-t-il les grands peintres ?

Pour aller plus loin :

Chant d’automne, Baudelaire : analyse
Une charogne, Baudelaire : analyse
Le chat, Baudelaire : analyse
La cloche fêlée : analyse
Alchimie de la douleur : analyse
Hymne à la beauté, Baudelaire (analyse)
L’albatros, Baudelaire : analyse
L’ennemi, Baudelaire (analyse)
Le serpent qui danse, Baudelaire (analyse)
Le vampire, Baudelaire : analyse
Recueillement, Baudelaire : analyse
Remords posthume (analyse)
L’invitation au voyage, Baudelaire (analyse)
Le balcon, Baudelaire : analyse
Correspondances, Baudelaire (analyse)
La chevelure, Baudelaire : analyse
Elévation, Baudelaire (commentaire)
La vie antérieure, Baudelaire : analyse
Parfum exotique, Baudelaire : lecture linéaire
L’Horloge, Baudelaire : analyse
Harmonie du soir, Baudelaire : analyse

Qui suis-je ?

Amélie Vioux

Je suis professeur particulier spécialisée dans la préparation du bac de français (2nde et 1re).

Mon but est de te donner des cours et conseils simples, directs, et facilement applicables pour augmenter tes notes en 2-3 semaines.

Je crée des formations en ligne sur commentairecompose.fr depuis 8 ans.

Tu peux également retrouver mes conseils dans mon livre Réussis ton bac de français 2020 aux éditions Hachette.

23 commentaires

Répondre à Olive X