La Tresse, Laetitia Colombani : fiche de lecture

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Voici un résumé et une analyse du roman La Tresse de Laetitia Colombani publié en 2017.

La Tresse est un roman contemporain qui raconte la trajectoire de trois femmes aux prises avec une société inégalitaire et patriarcale : Smita, l’Intouchable indienne, Sarah, l’avocate canadienne, et Giulia, la tresseuse sicilienne.

L’œuvre montre comment chacune d’entre elle se soulève contre l’injustice, et triomphe malgré tout de l’adversité.

Ces trois destins, en apparence isolés, forment ensemble une tresse, car leurs quêtes sont liées, comme on le découvre progressivement à la lecture du roman.

La tresse mêle le pathétique et l’épique, la fiction et le documentaire, et montre comment la domination subie par les femmes prend des aspects variés selon les sociétés.

Le roman dénonce ainsi autant l’injustice du système des castes en Inde que la violence machiste du monde du travail dans nos sociétés modernes.

Ce roman est particulièrement intéressant à étudier au bac de français dans le cadre du parcours « Écrire et combattre pour l’égalité » associé à La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne d’Olympe de Gouges.

Qui est Laetitia Colombani ?

Laetitia Colombani est née en 1976 à Bordeaux, où elle étudie le cinéma.

Son œuvre résolument féministe dénonce l’oppression que subissent les femmes, et met en scène des héroïnes courageuses, combatives et solidaires.

La tresse est un succès retentissant : vendu à plus d’un million d’exemplaires, ce roman a été traduit dans des dizaines de langues.

Comment résumer La Tresse ?

Prologue

Une voix évoque son amour pour l’art patient du tressage, assimilé à l’art de raconter des histoires. Ce texte court, écrit en vers libre, confère poésie au récit.

Smita

L’action se passe en Inde, dans le village de Badlapur, dans l’Utta Pradesh.

Le chapitre dresse le portrait de Smita. Elle appartient à la caste des Intouchables. Elle vit en marge de la société et a pour fonction de nettoyer les toilettes des villageois.

Comme les autres Intouchables, Smita fait l’objet du mépris et de la violence. Mais elle souffre patiemment, comme sa mère avant elle, considérant que sa condition de vie découle du darma, cycle des réincarnations.

Smita veut cependant briser la chaîne du mépris en faisant inscrire sa fille Lalita à l’école. Son mari, Nagarajan, un homme doux et conciliant, accepte ce choix audacieux, bien qu’il contredise les normes sociales rigides et inégalitaires de cette société de caste.

Guilia

L’action se passe à Palerme, en Sicile.

Giulia est une jeune fille de 20 ans qui travaille dans la petite fabrique que son père aimant et rigoureux a installée dans un ancien cinéma. Comme les autres ouvrières, Giulia traite des cheveux, en parlant d’amour et de la vie, dans ce lieu chaleureux et solidaire où elle est née.

Giulia est spécialisée dans le tri des mèches décolorées par son père à l’aide d’une formule gardée secrète. Contrairement aux autres filles de son âge, elle ne cherche pas un époux, et se réfugie dans la lecture.

Alors qu’elle rentre de la bibliothèque où elle s’oublie dans la lecture, on lui apprend qu’il est arrivé quelque chose à son père.

Sarah

Le chapitre fait le portrait de Sarah Cohen. Sarah vit à Montréal. Cette cadre supérieure travaille dans un prestigieux cabinet d’avocat et mène la vie millimétrée d’une « working-woman » ayant dû travailler durement pour se bâtir une carrière dans un milieu machiste et extrêmement concurrentiel.

Mais malgré son ascension enviée, « ce modèle de réussite pour les avocats de sa génération » souffre de « cette culpabilité des mères qui travaillent » et divorcent sans voir leurs enfants grandir.

Sarah cache même qu’elle a des enfants, car ils risquent de constituer un frein à sa carrière. C’est pourquoi Sarah a recruté Ron, afin qu’il s’occupe de ses enfants.

Mais malgré ses airs de quadragénaire à succès, « Comme des milliers de femmes à travers le pays, Sarah Cohen était […] une bombe prête à exploser. »

Smita

Smita prépare soigneusement sa fille Lalita pour son premier jour d’école, avec angoisse et joie.

Smita veut la soustraire à leur vie de misère, entre elle qui nettoie les toilettes, et son époux, Nagarajan, qui capture les rats qui infestent les champs, et qu’il a le droit de manger.

Giulia

Le père de Giulia a fait une chute en scooter lors d’une de ses tournées habituelles dans Palerme. Cet événement amène Giulia à douloureusement envisager la mort de ce père en apparence invincible.

Giulia est alors entraînée par sa mère pieuse dans une procession religieuse, afin de prier Dieu de sauver le père. C’est alors que Giulia aperçoit un Sikh malmené par des gendarmes, et pour lequel elle éprouve un sentiment mystérieux et nouveau.

Sarah

En pleine audience, Sarah s’effondre, épuisée. Au CHU de Montréal, l’interne lui diagnostic un burn-out, mais « Sarah minimise ».

Elle rejette ses injonctions au repos, car pour elle, avec son métier, « S’arrêter n’est pas une option. » Sarah reprend son rythme effréné contre l’avis des médecins car « Tant qu’on n’en parle pas, ça n’existe pas. »

Poème

Dans un poème en vers libre, une voix s’exprime. C’est une ouvrière qui vante son travail de tresseuse qu’elle mène dans un atelier étroit. Cette personne âgée a su conserver l’agilité de sa jeunesse.

Smita

Lalita rentre de l’école honteuse, et révèle à sa mère qu’elle s’est faite frapper par le maître d’école, un brahmane appartenant à la plus haute caste, pour avoir refusé de balayer la classe.

La mère admire la révolte courageuse de sa fille autant qu’elle maudit la cruauté et le mépris du maître d’école.

Giulia

Giulia veille sur son père dans le coma.

A la bibliothèque, elle croise l’homme au turban que les gendarmes arrêtèrent durant la procession. Giulia ose l’aborder, elle qui d’habitude est abordée par les hommes.

Après lui avoir conseillé un livre et qu’il lui ait offert un cadeau en remerciement, elle ose proposer une promenade à cet homme mystérieux et laconique (=qui parle peu). Il lui raconte sa douloureuse histoire de migrant venu d’Inde.

Sarah

Sarah apprend l’origine de ses douleurs et de ses faiblesses : elle a un cancer du sein.

La nouvelle la stupéfie mais Sarah organise rapidement sa stratégie de défense. La tumeur, comme un ennemi, sera combattue et cachée. Sarah veut à tout prix sauver les apparences pour maintenir sa carrière.

Smita

Smita exhorte son mari à quitter leur village, qui condamne cette famille à la misère et à l’humiliation. Elle envisage de récupérer les économies qu’elle avait déposées chez la famille de l’enseignant brahmane.

Mais Nagarajan s’emporte et la raisonne : « la ville est une illusion, un rêve de pacotille » qui les plongera dans une misère plus grande encore. Et pire : partir, c’est risquer les représailles et le viol, châtiment fréquent quoiqu’illégal.

Néanmoins, Smita demeure déterminée à partir, même si son mari juge le projet trop dangereux.

Giulia

Giulia et Kamal se voient désormais fréquemment à la bibliothèque le midi.
Elle travaille le jour à l’atelier, lui la nuit dans sa coopérative d’huile d’olive.

Un jour, ils font l’amour dans la grotte d’une plage isolée. C’est alors que Kamal s’ouvre à elle, lui parle des Sikhs, de leur religion égalitariste et monothéiste.

La mère et les collègues de Giulia se doutent bien qu’elle leur cache une histoire d’amour, tandis qu’Aldo, qui la courtise depuis longtemps, tente encore de la charmer en vain.

Sarah

Sarah parvient péniblement à cacher sa maladie à son entourage, à ses enfants comme à ses collaborateurs.

Mais son stratagème s’effondre lorsqu’elle croise Inès, sa collaboratrice, à l’hôpital. Pour se garantir le silence complice d’Inès, Sarah envisage de la faire participer à un dossier important.

Mais elle ne se doute que « lorsqu’on nage parmi les requins, mieux vaut ne pas saigner. »

Poème

Dans ce poème en vers libres, la tresseuse fait l’éloge doux de sa prouesse technique.

Smita

Smita récupère chez le maître d’école l’argent qu’elle lui avait remis, et part avec sa fille en priant Vishnou de faire de leur départ un succès. Smita est cependant pleine de regrets.

Giulia

Giulia découvre avec stupéfaction dans un document trouvé dans le bureau de son père que la fabrique familiale était en faillite. Son accident serait-il une tentative de suicide ? « Le sort s’acharne sur les Lanfredi » songe Giulia, qui a perdu toute joie.

Sarah

Par ambition, Inès a trahi Sarah en révélant aux membres du cabinet que Sarah avait un cancer.

Dès lors, Sarah suscite la méfiance au sein de ses collègues : sera-t-elle capable de rester aussi performante qu’avant ? Même Johnson, le fondateur historique du cabinet qui l’avait recrutée, la convoque.

Sarah hait ces regards culpabilisateurs, faussement compatissants, mais (se) promet de continuer à travailler aussi bien qu’avant malgré son cancer.

Smita

Smita quitte précipitamment le village avec sa fille Lalita, malgré la tentative désespérée de son mari pour les rattraper.

Après un trajet éprouvant, Smita et Lalita parviennent à Varanasi, d’où elles doivent prendre le train pour rejoindre leur famille. A la gare, elles font la rencontre de Lackshmama, une veuve qui les nourrit et leur fait part de sa malheureuse condition de veuve : réputation, isolement, misère, exil.

Pour la première fois peut être, Smita se réjouit de sa condition, et rêve plus encore d’améliorer le sort de sa fille.

Giulia

Giulia apprend à sa famille la faillite qui les frappe.

C’est surtout la mère qui en est désespérée, elle qui s’inquiète pour ses jeunes enfants. C’est alors qu’elle demande à Giulia d’accepter de se marier avec celui qui la courtise, Aldo, car ce mariage soustrairait la famille de la misère.

À contre cœur, Giulia se décide à ce sacrifice, à ce mariage qu’elle réprouve. Son entrée dans la vie adulte se fait par la faillite et le renoncement à l’amour.

Giulia adresse alors à Kamal une lettre d’adieu, en se persuadant qu’elle ne l’aime pas.

C’est alors que Kamal lui rend visite et que le « miracle » attendu se produit.

Sarah

Sarah subit la discrimination et la stigmatisation dans son lieu de travail, car désormais, ses collègues savent qu’elle est malade. Ses concurrents, comme Inès, profitent de sa faiblesse pour prendre progressivement sa place au cabinet.

L’avocate triomphante bascule dans une autre partie de la société : celle des laissés pour compte que l’on méprise. « [C]ette placardisation, cette mise à mort lente et insupportable », où elle se voit remplacée par Curst, son concurrent, n’est que le début de sa chute.

Poème

La tisseuse se compare à Pénélope pour se donner de la force face à « une catastrophe » : « un des fils a cassé », et qu’il faut cependant, courageusement « Reprendre, et continuer. »

Smita

Smita et sa fille Lalita traversent l’Inde dans un train insalubre et bondé.

L’odeur d’excrément renforce la volonté de Smita de s’élever de sa condition d’Intouchable, pour enfin « Respirer librement, dignement, enfin. »

La rencontre d’une femme l’amène à changer de destination : elle ne se dirige plus vers Chennai et sa famille, mais vers Tirupati et sa montagne sacrée, où « Vishnou les attend ».

Giulia

Kamal propose à Giulia de sauver l’entreprise familiale en important des cheveux venus d’Inde. Il promet de pouvoir l’aider dans ce projet qui ferait de la fabrique familiale une entreprise internationale.

Giulia hésite en songeant à l’héritage de son père : « Évoluer, serait-ce donc le trahir ? » Puis « Elle se dit que la vraie trahison serait de renoncer. » Kamal est bien « le miracle qu’elle attendait. » Elle accepte sa proposition.

Smita

Parvenue à Tirupati avec Lalita, Smita entame la pénible ascension de la colline sacrée, « concentrée sur l’image de ce dieu tant aimé » vers lequel elle se hisse entourée d’une foule fervente.

Parvenue au sommet avec sa fille, elle s’endort dans un dortoir en attendant de pouvoir enfin entrer dans le temple.

Sarah

Sarah reste alitée, anéantie. « Professionnellement, elle est morte. » Elle est impuissante et désespérée par l’hypocrite bienveillance de ses collègues. L’ « executive woman » se sent comme exécutée, « sacrifiée, sur l’autel de l’efficacité ».

Sarah désespère de n’être plus qu’un rebut de la société, au corps amaigri, au sein ablaté (=retiré), aux cheveux qui tombent. Mais elle puise sa force en pensant à ses enfants et à sa mère, restée élégante alors qu’elle souffrait de la même maladie.

Giulia

Giulia « se sent investie d’une mission quasi divine », mais son projet de modernisation essuie le refus de sa famille, attachée aux traditions : « Les Italiens veulent des cheveux italiens. »

Perdant foi en ses projets, elle songe à son père, imagine qu’il la console et l’encourage. C’est alors que son père, dans le coma, trésaille.

Smita

En offrande à Vishnou, Smita et sa fille se font raser le crâne dans le temple du dieu. Smita se sent alors « apaisée. Bénie. Protégée. » Sa foi en l’avenir de Lalita n’en est que plus forte.

Giulia

Le tressaillement de son père n’était que l’ultime sursaut avant la mort.
Giulia lui consacre les obsèques qu’il désirait, puis fait valider par le vote des ouvrières son projet de modernisation.

Avec Kamal, l’homme de sa vie avec qui elle fondera une famille, elle réceptionne à l’aéroport la première cargaison de cheveux. Venus de Tirupati, ces cheveux pourraient être ceux Smita et Lalita. Giulia est désormais persuadée que son avenir lui sera favorable.

Sarah

« comme un pèlerinage » mené au nom de sa dignité, Sarah traverse les rues enneigées de Montréal pour se rendre chez un perruquier.

Elle choisit une perruque faite de cheveux venus d’Inde, puis traités en Sicile. Le lecteur comprend ainsi que cette perruque constitue un trait d’union vivant entre Smita, Giulia et Sarah.

Sarah se sent bien avec cette perruque, qui symbolise l’acceptation de la maladie et lui rend « Sa force, sa dignité, sa volonté ».

Des lors, crâne rasé sous sa perruque, Sarah retrouve foi en la vie et en l’avenir, qu’elle affrontera avec ses cicatrices : « Sa vie d’avant était un mensonge, celle-ci sera la vraie. »

Sarah envisage une nouvelle vie, consacré à sa famille, à la lutte contre la maladie, à la refondation d’un cabinet, au procès pour discrimination contre son ancien cabinet.

Épilogue

Dans ce poème conclusif, la tresseuse se satisfait de son travail accompli. La perruque qu’elle a travaillée, elle la dédie à ces femmes solidaires qui luttent ensemble pour leur dignité.

Qui sont les personnages dans La tresse ?

Smita

Smita est une Intouchable, caste la plus basse et la plus méprisée dans la société indienne. Sa tâche est de nettoyer les latrines (=toilettes) des villageois, en échange d’une maigre subsistance.

Révoltée par ces injustices, et pour éviter à sa fille le mépris, elle décide de fuir le village. Avec sa fille, et sans un mari dont elle méprise la lâcheté, elle s’en va, courageusement, et malgré les difficultés.

Le roman s’achève lorsque la mère et sa fille font à Vishnou l’offrande de leurs cheveux.

Smita représente la révolte des personnes les plus méprisées et négligées. Son courage et sa détermination font d’elle un modèle d’héroïne.

Giulia

Giulia vit à Palerme en Sicile. Après que son père se retrouve plongé dans le coma par un accident, elle se retrouve brutalement en charge de la fabrique familiale, qui confectionne des perruques de manière traditionnelle.

Aidée par Kamal, son amant sikh qui a migré jusque l’Italie, elle transforme la fabrique en faillite en entreprise internationale.

La jeune et jolie entrepreneuse incarne une féminité courageuse et ambitieuse, dépositrice de traditions qu’elle parvient à inscrire dans la modernité sans les dénaturer.

Sarah

Sarah Cohen vit à Montréal, où elle travaille en tant qu’avocate dans un cabinet prestigieux.

Elle représente ces femmes qui ont sacrifié leur vie amoureuse et leur vie de famille pour mener une carrière à succès.

Le roman pointe cependant la difficulté d’un tel statut, puisqu’il exige à la fois un investissement professionnel absolu et une féminité séduisante.

Cette tension éclate lorsque Sarah apprend qu’elle souffre d’un cancer du sein. Son incapacité à satisfaire ses écrasants impératifs professionnels la fait sombrer dans la dépression. Son désespoir est accru par la malveillance jalouse de ses collègues et concurrents, qui prennent sa place.

Dégoûtée par un monde professionnel inhumain et destructeur, Sarah décide de réorienter sa vie vers des objectifs plus vertueux : lutter courageusement contre une maladie stigmatisée, consacrer son temps à ses enfants, rebâtir une carrière, poursuivre son cabinet pour pratiques discriminatoires.

Sarah incarne une féminité ambitieuse en butte à la violence machisme du monde professionnel.

Ce personnage montre à quel point les sociétés modernes et libérales sont sexistes de manière insidieuse. Elles exigent en effet des femmes l’accomplissement de leur rôle traditionnel (être belle et être mère), tout en attendant d’elles une compétence et un investissement professionnel égal à celui des hommes.

Quels sont les thèmes importants dans La tresse ?

La dénonciation des injustices subies par les femmes

Ce roman dresse le tableau critique de sociétés différentes, mais qui toutes partagent un même trait : une inégalité structurelle, que subissent plus particulièrement les femmes.

Smita est ainsi doublement méprisée, en tant qu’Intouchable et en tant que femme.

Giulia doit accepter un mariage qu’elle réprouve pour sauver sa famille.

Sarah est broyée par un monde du travail férocement concurrentielle, et finie sacrifiée « sur l’autel de l’efficacité, de la rentabilité, de la performance. »

Mais finalement, « Ce n’est pas elle qui est malade, c’est la société toute entière », malade de ses inégalités, de ses injustices qui condamnent les individus à la souffrance.

Le roman montre à quel point le fait d’être une femme peut être une identité subie, presque criminalisée, dans une société patriarcale. Sarah doit par exemple cacher sa maladie comme si elle était une faute : « Elle a un cancer [du sein], ce n’est pas un crime. »

Plus subtilement, le roman souligne également les stéréotypes de genre qui entravent l’accès au bonheur et à l’épanouissement amoureux. Par exemple, Giulia n’ose pas aborder l’homme qui lui plaît car elle craint de contredire les codes sociaux dans lesquels elle a grandi.

La révolte des femmes

Mais les trois héroïnes de La tresse ne demeurent pas passives face à ces injustices. Elles se révoltent, à l’instar de Smita : «Elle maudit cette société qui écrase ses faibles, ses femmes, ses enfants, tous ceux qu’elles devraient protéger.»

C’est justement le mépris dont elle fait l’objet qui lui permet d’analyser la société avec lucidité pour affirmer : « Les hommes ne sont égaux devant rien. »

La révolte de Smita prend même la forme d’une colère irrépressible : « Smita s’enflamme : ils mangent du rat, et ramassent de la merde. » Cette colère convertit la détresse en action libératrice.

Et même si « Sa révolte est silencieuse, inaudible, presque invisible. », l’Intouchable trouve dans ce roman un écho et un hommage à ses souffrances et sa révolte.

Animées par la foi religieuse ou la foi en elles-mêmes, Smita, Giulia et Sarah trouvent la force de se soulever contre une société qui veut les soumettre.

Le courage des femmes

Ce roman est un hommage à toutes les femmes en lutte contre l’infériorisation des femmes.

Les trois personnages principaux sont ainsi des héroïnes courageuses et endurantes face à l’adversité.

Les hommes sont quant à eux en retrait, et disposent de caractéristiques traditionnellement attribuées aux femmes.

Nagarajan, l’époux de Smita, craint de fuir le village, là où Smita ose prendre cette audacieuse décision.

Le père de Giulia, plongé dans le coma, est explicitement féminisé voire infantilisé : « On dirait la Belle au bois dormant, songe Giulia en regardant son père. »

Cette inversion des rôles montre à quel point les stéréotypes de genre ne font pas sens.

Cette lâcheté des hommes devient même la source d’une rupture entre hommes et femmes, à l’instar de Smita qui déconsidère Nagarajan : « Elle a cessé de l’aimer à l’instant où il a refusé de se battre ».

La solidarité féminine

Le roman retrace trois quêtes distinctes de femmes isolées, évoluant dans une société patriarcale.

Mais l’œuvre montre justement comment les femmes peuvent dépasser les obstacles qui leur font face en étant solidaires.

Les personnages secondaires venant en aide aux héroïnes sont également des femmes, comme la perruquière de Sarah, ou la veuve et la pélerine que Smita rencontre.

La tresse qui relie Smita, Giulia et Sarah symbolise cette solidarité universelle reliant toutes les femmes entre elles, qu’elles se connaissent ou non.

Des femmes qui racontent leur histoire

Dans ce roman, ce sont des femmes qui racontent leur histoire, et qui ne laissent pas les autres raconter leur vie à leur place.

C’est ce que cherche à montrer ce passage où Giulia fait la lecture à son père plongé dans le coma : « Alors Giulia lit à haute voix, des heures durant, de la poésie de la prose des romans [sic]. C’est à moi de lui lire des histoires à présent, se dit-elle. » Ce relais de la parole, entre le père et la fille, représente un relais dans la prise de pouvoir.

La Tresse représente des héroïnes actives, qui agissent et qui parlent, racontent leur histoire, se défendent, justifient leur quête libératrice. Ce roman se bat ainsi contre l’idée selon laquelle, face aux hommes, « Le rôle des femmes est de les écouter ».

Ce sont même les femmes qui proposent aux hommes des récits et transgressent souvent les stéréotypes : Giulia conseille des livres à Kamal ; Smita veut croire à une vie plus heureuse malgré son statut d’Intouchable ; Sarah se dit en elle-même qu’il peut être possible pour une femme malade de continuer à travailler et à s’épanouir.

Quelles sont les caractéristiques de l’écriture dans La Tresse ?

Un tissage de récits

Le roman s’ouvre sur une définition de son titre : une tresse est un « Assemblage de trois mèches, de trois brins entrelacés. »

Cette définition n’est évidemment pas anodine : de même qu’une tresse est un emmêlement harmonieux de cheveux, le roman tresse, lie, noue trois récits entre eux.

Ces récits, comme des cheveux, sont en apparence déliés les uns aux autres. Mais le roman va justement montrer comment ces trois destins de femmes héroïques ne forment qu’un ensemble, qu’une seule tresse.

Le roman est aussi rythmé par des poèmes en vers dans lesquels parlent une tresseuse. Cette tresseuse symbolise le lien entre le tressage et l’art du récit. En cela, elle incarne une figure de l’autrice.

Un tressage de voix

Le motif de la tresse marque également l’esthétique du récit.

Le roman se compose en effet d’un assemblage de voix. C’est un roman polyphonique (=qui fait entendre différentes voix) caractérisé par de vifs changements de point de vue.

La voix du narrateur externe laisse fréquemment place à la voix d’un personnage.

C’est par exemple le cas dès la deuxième page, où Smita s’adresse à sa fille Lalita : « Elle avait vomi au bord de la route. Tu t’habitueras, avait dit sa mère. Elle avait menti. On ne s’habitue pas. » Ce changement entre les points de vue et les voix permet d’appréhender la vie des personnages dans leur intimité, et trace également une complicité entre le narrateur et les destins difficiles qu’il raconte.

Une certaine tendresse émane du changement de point vue, lorsque les phrases que Sarah adresse à ses enfants sont restituées au discours direct : « Après les bises, les tu n’as rien oublié, […] Sarah prend la direction du cabinet.»

Parfois même, la voix du narrateur et du personnage se confondent en une même révolte. Ainsi, lorsque Smita s’insurge contre la fréquence des viols et des féminicides en Inde, on ne sait pas si le roman adopte le point de vue du personnage au discours indirect libre, ou si c’est le narrateur voire l’autrice qui s’exclame : « Deux millions de victimes de la barbarie des hommes, tuées dans l’indifférence générale. Le monde entier s’en fiche. Le monde les a abandonnées. »

Une fiction documentaire

Le roman, par la précision documentaire des informations qu’il distille dans le récit, s’assimile parfois au reportage.

La tresse est ainsi un roman qui s’oriente vers un journalisme militant, dénonciateur, et promouvant l’égalité entre les genres.

Chaque chapitre voit par exemple le cadre spatial défini, comme dans un reportage.

Des passages à but informationnel plongent le lecteur dans des fictions pouvant constituer des morceaux de vies réelles.

Ces passages peuvent être des phrases, comme des notes glissées au passage, ou avoir l’ampleur d’un paragraphe.

L’économie sicilienne du tressage est ainsi dépeinte de manière réaliste et documentée.

Le travail et la maladie de Sarah sont décrits de manière réaliste, dans toute leur cruauté.

Mais c’est surtout l’Inde qui est dépeinte comme elle pourrait l’être dans un documentaire cherchant à rendre compte pour un lectorat français de cette culture distante. La révolte de Smita contre le sexisme qui accable les femmes de sa société fait ainsi l’objet d’un long développement chiffré : « deux millions de femmes, assassinées dans le pays, chaque année. » La rencontre entre Smita et une veuve ouvre un développement sur ce que subissent les veuves en Inde.

Souffrances pathétiques, révoltes épiques

Le roman donne à voir trois femmes aux prises avec des souffrances atroces. Smita subit ainsi une misère révoltante et ses souffrances sont partagées avec sa fille : « Lalita se met à pleurer, tape contre la vitre, se tourne vers sa mère pour implorer son aide. »

Bien des passages dépeignent de manière naturaliste (=sans chercher à adoucir la cruauté de la situation) la souffrance, la détresse, le désespoir.

Ces souffrances pathétiques suscitent la pitié et la solidarité des lecteurs. Il sensibilise aux souffrances que les femmes subissent en tant que femmes.

Mais les personnages luttent cependant contre ces souffrances. Loin de se laisser dépasser par la détresse, elles la combattent héroïquement.

C’est en cela que ce roman est épique : les personnages mènent une quête téméraire contre une société qui les écrasent. Leur combat ne prend pas la forme d’un face-à-face contre un ennemi incarné : leur combat est celui pour la survie et la dignité.

Le roman alterne ainsi le pathétique et l’épique, le triomphe héroïque prenant le pas sur la plainte. Smita, Sarah et Giulia auraient pu être des héroïnes tragiques. Mais elles ont choisi, par leur lutte, d’être les héroïnes d’épopées modernes.

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Amélie Vioux

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2 commentaires

  • Bonjour

    Auriez vous des conseils ou des idées pour se démarquer sur un oral sur « La Tresse » de Leaticia Colombani ? J’ai repérée quelques passages à citer mais je ne sais pas comment les insérer en début d’oral…
    Merci d’avance
    Cordialement

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