Le symbolisme

mouvement symbolisteLe symbolisme est un mouvement littéraire de la fin du 19ème siècle.

Pour les symbolistes, notre monde est le reflet d’un univers spirituel supérieur.

Les symbolistes essaient de traduire cet univers invisible grâce à des images concrètes, des rythmes et des sonorités qui fonctionnent comme des symboles pour décrypter l’invisible.

L’écriture symboliste préfère suggérer que nommer ou décrire. Elle est soucieuse de la musique d’un texte, de son harmonie et de son pouvoir évocateur.

I – Le contexte historique du symbolisme

◊ Une période de croissance industrielle

La deuxième moitié du XIXème siècle est une période de croissance industrielle et de prospérité économique.

On assiste à la montée en puissance d’une bourgeoisie d’argent enrichie par la sidérurgie, l’industrie charbonnière et l’avènement du moteur électrique.

◊ Le triomphe du matérialisme positiviste

Ces progrès techniques et scientifiques contribuent à une philosophie nouvelle : le positivisme initié par Auguste Comte.

Pour les positivistes, l’histoire de l’humanité est constituée de trois âges : l’âge religieux, l’âge métaphysique et l’âge positif. L’âge positif correspond au triomphe de la rationalité et des sciences sur les croyances et la religion. On croit au progrès et la primauté de raison sur les préjugés.

◊ L’esprit décadent : le rejet du positivisme

Cette conception de la vie positiviste est rejetée par certains artistes qui considèrent que la raison seule n’est pas à même d’appréhender la complexité du réel.

Se développe alors un courant que l’on appelle décadent.

De jeunes gens protestent contre la société bourgeoise matérialiste. Il expriment leur mal-être et leur déception face à cette fin de siècle. Ils s’intéressent à l’occultisme.

L’esprit décadent trace la voie au symbolisme.

◊ 1886 : la naissance officielle du symbolisme

Le symbolisme naît officiellement en 1886 lorsque le poète Jean Moréas publie dans Le Figaro un « Manifeste du Symbolisme« .

Dans ce manifeste, il énonce les principes de l’école symboliste : « Ennemie de l’enseignement, la déclamation, la fausse sensibilité, la description objective, la poésie symbolique cherche à vêtir l’Idée d’une forme sensible (…) »

Le symbolisme est donc baptisé en 1886 par Jean Moréas, mais il existait en réalité bien avant, dès la moitié du XIXe siècle avec les poèmes de Baudelaire, Verlaine et Nerval.

II – Le principes du symbolisme

◊ Le déchiffrement du monde

Le symbolisme est fondé sur le déchiffrement des mystères du monde.

En effet, pour les symbolistes, le monde sensible (c’est à dire le monde que nous apercevons par nos sens) n’est qu’une apparence. Derrière les apparences se cache un autre monde, une réalité secrète.

Pour découvrir ce qui se cache derrière les apparences, pour déchiffrer le mystère des choses, le poète symboliste a recours aux symboles et aux images.

Par exemple, le poète est sensible aux correspondances entre le monde visible et le monde invisible comme le suggère Baudelaire dans « Correspondances » dans Les Fleurs du Mal. Baudelaire s’appuie sur des synesthésies et des symboles pour déchiffrer le monde.

◊ L’ésotérisme

La poésie symboliste est souvent marquée par l’ésotérisme, le mystère.

L’autre monde ne se déchiffre pas aisément ! Les symboles utilisés sont souvent obscurs, ambigus, polysémiques. Les poètes symbolistes ont recours à des mots peu usités, à des mythes et légendes.

◊ La suggestion

Les symbolistes ne décrivent pas : ils suggèrent.

Verlaine prône par exemple la nuance qui permet une poésie en demi-teinte, suggestive et non descriptive : « nous voulons la Nuance […] rien que la nuance ! »

Dans « Art poétique » , il recommande l’imprécision :

Il faut aussi que tu n’ailles point
Choisir tes mots sans quelque méprise :
Rien de plus cher que la chanson grise
Où l’Indécis au Précis se joint.

C’est tout un art de la suggestion que mettent en place les symbolistes.

◊ La musicalité

La musicalité est aussi un moyen de suggérer au lieu de décrire.

En recourant aux vers libre, les poètes symbolistes remplacent les rimes par des assonances et allitérations, créant dans leurs poèmes un réseau de sonorités complexes.

III – Les figures de styles dominantes dans le symbolisme

◊ L’anacoluthe

Le symbolisme est marquée par l’ésotérisme. En voulant aller au-delà des apparences, le style du poète symboliste est souvent allusif voir obscur. On observe ainsi de ruptures de style ou de rythme comme l’anacoluthe. Par exemple dans « Renouveau » (1887) de Stéphane Mallarmé :

Le Printemps maladif a chassé tristement
L’hiver, saison de l’art serein, l’hiver lucide,
Et, dans mon être à qui le sang morne préside
L’impuissance s’étire en un long bâillement.

Les symbolistes ont aussi recours aux mythes et aux légendes.

 ◊ L’allégorie

Les allégories (et plus globalement un vocabulaire abstrait initié par une majuscule) est une des marques des auteurs symbolistes.

Dès 1857, Baudelaire utilise des allégories dans Les Fleurs du Mal (« Spleen ») :

– Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme ; l’Espoir,
Vaincu, pleure, et l’Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.

Verlaine utilise aussi cette typographie dans « Art poétique » : « De la musique avant toute chose / Et pour cela préfère l’Impair ».

Dans son célèbre poème « Brise marine », Mallarmé utilise le terme « Ennui » comme allégorie de la mélancolie :

Un Ennui, désolé par les cruels espoirs,
Croit encore à l’adieu suprême des mouchoirs !

L’allégorie permet aux poètes de suggérer un monde d’Idées qui se cache derrière le monde sensible.

◊ La synesthésie

La synesthésie consiste à faire correspondre des sensations de nature différente.

Ainsi Baudelaire dans le poème « Correspondances » fait correspondre des parfums à des sensations auditives et visuelles :

« Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies »

Rimbaud prônait aussi l’« immense et raisonné dérèglement de tous les sens » dans la Lettre à Paul Demeny de 1871.

◊ L’exclamation

Le poète symboliste est dans une recherche d’absolu d’où le recours fréquent à l’exclamation qui mime à la fois le désespoir et l’exaltation.

Par exemple dans « Brise marine » de Mallarmé :

Je partirai ! Steamer balançant ta mâture,
Lève l’ancre pour une exotique nature !

IV – Principaux auteurs symbolistes

◊ Essai : « Manifeste du symbolisme » de Jean Moréas

C’est la publication du « Manifeste du symbolisme » de Moréas dans le journal Le Figaro le 18 septembre 1886 qui marque la naissance officielle du symbolisme en France.

Jean Moréas évoque dans ce manifeste l’épuisement du romantisme, du Parnasse et du naturalisme. Pour lui, ces mouvements artistiques ont perdu leur créativité et leur originalité.

Il propose alors le terme de symbolisme pour qualifier le courant artistique actuel fait d’une écriture suggestive.

Jean Moréas considère que Charles Baudelaire est l’initiateur de ce courant symboliste.

Jean Moréas donne ensuite une définition de l’art symboliste : « La poésie symbolique cherche à vêtir l’Idée d’une forme sensible ».

D’un point de vue stylistique, il défend une esthétique de l’ambiguïté, de la complexité voire de l’obscurité :
« impollués vocables, la période qui s’arc-boute alternant avec la période aux défaillances ondulées, les pléonasmes significatifs, les mystérieuses ellipses, l’anacoluthe en suspens, tout trope hardi et multiforme ; enfin la bonne langue – instaurée et modernisée -, la bonne et luxuriante et fringante langue française (…) ». Il en appelle à une liberté rythmique.

◊ Poésie

Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal (1857)

Baudelaire ne se situe pas dans le courant symboliste mais il en est l’initiateur, notamment par le 5ème poème des Fleurs du Mal, « Correspondances » qui présente le monde sensible comme une « forêt de symboles » qu’il convient de déchiffrer :

« La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers »

Pour Baudelaire, le rôle du poète est de décoder les signes pour parvenir à la compréhension des mystères de l’univers.

Stéphane MALLARME, Poésies (1899)

Stéphane Mallarmé est connu pour sa poésie hermétique, c’est à dire difficile à comprendre.

Mallarmé écrit à propos de la poésie : « Tout chose sacrée et qui veut demeurer sacrée doit s’envelopper de mystère« .

Guillaume APOLLINAIRE, Alcools, 1913

Alcools n’est pas un recueil symboliste car il se situe au carrefour de nombreux courants artistiques.

Mais certains poèmes d’Apollinaire comme « La Chanson du Mal-Aimé »,  « Les sept épées », « La Maison des morts » , « Merlin et la vieille femme », « Le larron » ou « Lul de Faltenin » reposent sur un ésotérisme qui réactive la mythologie grecque et germanique, et s’inscrivent ainsi dans une esthétique symboliste.

On pourrait rattacher au courant symboliste le poète Paul Valéry (1871-1945)

◊ Théâtre et opéra

Maurice Maeterlinck, Pelléas et Mélisande (musique Claude Debussy) (1902):

Cette pièce est une histoire d’amour et de jalousie entre Mélisande,  Golaud et Pelléas.

Son esthétique est symbolique : les personnages sont énigmatiques, les lieux et les actions symboliques (la forêt, le château, la perte d’un anneau pour signifier la fin d’un amour). La pièce se déroule dans l’obscurité, ce qui renforce l’impression de secret et de mystère.

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