le lion et le moucheron la fontaineVoici un commentaire composé de la fable « Le lion et le moucheron » de Jean de La Fontaine.

« Le Lion et le Moucheron » : Introduction

Poète français du 17ème siècle, Jean de La Fontaine a vécu sous le règne de Louis XIV.

Il est très connu pour ses Fables, courts récits où il met en scène des animaux pour illustrer les mœurs et les travers de son temps.

Dans « Le Lion et le Moucheron », il décrit le combat entre deux animaux puis leurs morts respectives, pour délivrer une double morale au lecteur.

Lire le lion et le moucheron (le texte)

   Après avoir étudié la manière dont la Fontaine dresse une parodie de combat épique (I), on verra comment la mise en scène d’animaux personnifiés sert les visées de l’auteur (plaire, instruire et livrer une critique implicite) (II).

I – La parodie d’un combat épique

A – La description d’un combat rappelant l’épopée

Dans « Le lion et le moucheron », La Fontaine décrit dans un premier temps (v. 1 à 29) l’affrontement entre le Lion et le Moucheron ; une seconde partie, très brève (v. 30 à 34), est consacrée à la mort du Moucheron ; la dernière courte partie (v. 35 à 39) constitue la morale de la fable.

Comme on peut donc le constater, c’est bien le combat entre les deux animaux qui domine la fable et qui, dans la manière dont il est décrit, rappelle l’épopée.

Une épopée est un long poème racontant les aventures et les exploits guerriers de héros.

Dans cette fable, plusieurs éléments font référence aux combats épiques :

♦ L’opposition entre un animal puissant et un insecte qui semble ridiculement faible peut rappeler les combats héroïques entre un personnage fort et un personnage faible qui finalement triomphe –on pense notamment à l’épisode biblique de David et Goliath.

♦ Le Lion et le Moucheron sont désignés par des majuscules, ce qui leur donne un caractère humain et héroïque.

♦ Le Moucheron est de plus décrit au vers 11 par les appellations de « Trompette » (soldat sonnant la trompette lors des combats) puis de « Héros », renforçant ce statut de personnage épique.

♦ Les étapes « classiques » d’un combat sont respectées : la déclaration de guerre (v.4), la charge (v.10) puis l’affrontement physique et enfin la victoire (v.30).

B – Un affrontement rythmé et guerrier

Tout au long de cet apologue, le combat est décrit dans un style épique :

♦ La fable « Le lion et le moucheron » utilise deux types de vers : des octosyllabes et des alexandrins.

On constate que les octosyllabes correspondent généralement aux actions du Moucheron, animal petit et nerveux, tandis que l’alexandrin, plus ample, sert à décrire le cœur du combat et les actions du Lion.

♦ Portée par ces vers nobles, la fable est dominée par le champ lexical de la guerre : « guerre » (v.4), « charge » (v.10), « ennemi » (v.23), « sang » (v.25), « combat » (v.30), « victoire » (v.31)…

♦ Le rythme est très soutenu pour accompagner l’intensité du combat : outre les changements de vers, différents types de rimes interviennent (rimes suivies, croisées ou embrassées).

♦ De même, après la rencontre entre les animaux narrée au passé simple, le passage au présent à partir du v.12 nous fait rentrer dans le vif de l’action, au cœur du combat.

♦ L’auteur maintient aussi un rythme soutenu grâce au recours à de longues phrases et à plusieurs figures de style d’insistance.

Aux vers 15-16, par exemple, l’enchaînement de trois verbes et l’enjambement (« Le quadrupède écume, et son œil étincelle ;/Il rugit. ») permet de mettre en relief la colère du Lion.

De même aux vers 20-21 les trois occurrences de l’adverbe « tantôt » pour décrire les attaques du Moucheron soulignent son ardeur et la manière dont il domine le combat : « Tantôt pique l’échine, et tantôt le museau,/Tantôt entre au fond du naseau ».

C – La dimension parodique

Cette utilisation du style épique permet de décrire le combat entre les deux animaux mais a également une visée parodique.

Tout au long de la fable, on a un décalage burlesque entre la noblesse de la description et la trivialité de ce qui est raconté.

La Fontaine a ainsi recours à de nombreuses hyperboles pour décrire le combat : le lion est « presque fou » (v.14), sa rage est « à son faîte montée » (v.22) puis sa fureur « extrême » (v.28).

Mais l’auteur paraît lui-même s’amuser de ces exagérations dans les vers 17 et 18 qui mettent en parallèle une alarme « universelle » (hyperbole là encore) et l’insignifiance de celui qui la cause :
« Et cette alarme universelle/Est l’ouvrage d’un moucheron ».

La manière dont les deux animaux s’insultent au début de la fable (« excrément de la terre », v.1 ; « un bœuf est plus puissant que toi », v.7) fait pencher la scène vers le trivial, le quotidien.

Dans la suite de la fable, les deux protagonistes sont aussi, par moments, ramenés à leur statut « péjoratif » d’animaux (« quadrupède », v.15 ; « avorton de mouche », v.19), ce qui rappelle la réalité de la scène : un lion irrité par un moucheron.

Transition : Dans « Le lion et le moucheron », La Fontaine parodie l’épopée. Cette prise de distance va aussi permettre de dénouer la fable sur une double morale.

II – Des animaux personnifiés au service d’une double morale

A – La personnification du Lion et du Moucheron

Comme dans la plupart de ses fables, La Fontaine met ici en scène des animaux anthropomorphes, c’est-à-dire au comportement humain.

Comme on l’a précédemment constaté, les deux animaux sont désignés par des majuscules, ce qui leur donne un caractère humain et individuel. Ils parlent (v.3) et rient (v.23) comme le feraient des hommes.

A chacun des deux animaux correspond un caractère défini :

♦ Pour le Lion, c’est une description physique qui domine (« échine », « museau », v.20 ; « griffe », « dent », v.24 ; « queue », « flanc », v.27) afin de montrer que la force prime.

Hors de ces attributs physiques, son statut symbolique de roi des animaux est rappelé au début de la fable (v.5) : ce statut puissant s’accompagne d’un comportement méprisant et téméraire qui le mènera à sa perte.

♦ Le Moucheron est quant à lui personnifié de manière plus complète par la Fontaine.

Il parle plus longuement (quatre vers contre un seul pour le Lion) et met en œuvre, en tant que « Héros » (v.11) une véritable stratégie militaire pour triompher de son adversaire. Il apparaît donc rusé et agile, et sort victorieux du combat.

Mais la fable souligne également sa violence (il lance le combat et rit de voir le lion agoniser) et son orgueil : après le combat, il se vante de manière irréfléchie de sa victoire (« il sonne la victoire/Va partout l’annoncer », v.31-32) et meurt d’imprudence.

B – Une double morale pessimiste

La description de ces deux caractères et de leurs destinées funestes permet à la Fontaine de tirer des enseignements moraux qu’il adresse au lecteur à la fin de cet apologue (« Quelle chose par là peut nous être enseignée ? »).

L’originalité du « Lion et du Moucheron » est de proposer deux morales explicites.

♦ La première recommande de juger à leur juste valeur les ennemis semblant inoffensifs, qui sont souvent les plus dangereux (« Entre vos ennemis/Les plus à craindre sont souvent les plus petits », v.36-37).

♦ La seconde rappelle que le fait de vaincre certains grands dangers ne met pas à l’abri d’une mort ordinaire et subite (« qu’aux grands périls tel a pu se soustraire/Qui périt pour la moindre affaire », v.38-39).

Ces deux morales convergent sur l’idée qu’il ne faut pas sous-estimer des ennemis et des situations paraissant à première vue sans dangers.

Mais on retrouve également un sentiment pessimiste et fataliste face à la mort.

La Fontaine rappelle que la vie est pleine de risques et la mort omniprésente : celle-ci peut être longue et tragique comme celle du Lion, mais aussi foudroyante et ordinaire comme celle du Moucheron.

La mort de ce dernier est en effet marquée par un passage à l’octosyllabe au sein d’alexandrins, ce qui évoque la rapidité.

Par ailleurs, la reprise du verbe « rencontre » au sein d’un zeugma (associant un terme concret et un terme abstrait) souligne son aspect très commun : le Moucheron rencontre une embuscade puis sa mort (v.32 à 34) :
« Et rencontre en chemin / l’embuscade d’une araignée; / il y rencontre aussi sa fin.« 

C – Les visées de la fable : instruire, plaire et critiquer

La Fontaine définit ainsi son travail de fabuliste : « il faut instruire et plaire ».

Dans la fable étudiée ici, on constate que l’auteur respecte avec succès cette visée.

La mise en scène de protagonistes animaux sert à divertir le lecteur, tout comme le recours à la parodie et à l’ironie.

Mais la fable doit aussi instruire grâce aux deux morales finales.

On peut noter que celles-ci sont énoncées au présent de vérité générale, ce qui renforce leur caractère didactique et universel.

Au-delà de ces enseignements explicites, il faut toujours prendre en compte les multiples niveaux de lecture des Fables.

On peut ainsi penser que La Fontaine utilise ce récit pour mener une critique voilée de certains de ses contemporains en échappant à la censure.

Le Lion renvoie bien sûr à un personnage royal (« ton titre de Roi », v.5) : on pense à Louis XIV, monarque de l’époque qui a mené de nombreuses guerres. Le fabuliste le met sans doute en garde contre le recours inconsidéré à la force.

Sa critique vise aussi les personnes associés au Moucheron, sans doute des courtisans de faible rang mais faisant preuve d’un grand orgueil et d’un pouvoir de nuisance à ne pas sous-estimer.

« Le lion et le moucheron : conclusion

Grâce à la mise en scène d’animaux personnifiés et la parodie d’un combat épique, La Fontaine accomplit ici la double visée  qu’il poursuit dans ses Fables : instruire et plaire.

A côté de la double morale explicite et pessimiste qu’il livre au lecteur, il faut également prendre en compte la peinture critique de la société de son temps.

Problématiques possibles à l’oral de français :

♦ En quoi cette fable parodie-t-elle le style épique ?
♦ En quoi cette fable correspond-t-elle à la double visée d’instruire et de plaire ?
♦ Quelles sont les critiques développées dans cette fable ?
♦ Comment et dans quel but La Fontaine met-il en scène des animaux dans cette fable ?
♦ En quoi cette fable est-elle un apologue ?

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  4 commentaires à “Le lion et le moucheron, La Fontaine : commentaire”

  1.  

    super commentaire, y a plus qu a synthétiser ça pour l’oral :p

  2.  

    Merci bcp, je voudrait juste vous faire remarquer que dans le C du I, l’hyperbole sa fureur extrême se situe vers 28 et non 18 😉

  3.  

    Super !

  4.  

    merci beaucoup c’est tres interessant

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