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Voici une dissertation sur Pot-Bouille d’Émile Zola (parcours au bac de français : Dévoiler les rouages de la société).
Important : Pour faciliter ta lecture, le plan de cette dissertation est apparent et le développement est présenté sous forme de liste à puces. N’oublie pas que le jour J, ton plan et ton développement doivent être intégralement rédigés. Tu trouveras ici un exemple de dissertation rédigé comme tu dois le faire le jour du bac.
Sujet de dissertation :
« Un livre doit toujours être, plus ou moins, un portrait de l’ensemble, un miroir de la société entière », écrit Hippolyte Taine à Émile Zola à propos de l’un de ses romans. Cette affirmation s’applique-t-elle votre lecture de Pot-Bouille ?
Pour que ce corrigé te soit utile, entraîne-toi d’abord à réaliser toi-même un plan sur ce sujet. Aide-toi de ma fiche et vidéo sur Pot-Bouille.
Dissertation sur Pot-Bouille, Introduction
Pot-Bouille, publié en 1882 par Émile Zola dans le cadre du cycle des Rougon-Macquart, raconte l’ascension sociale d’Octave Mouret, un jeune provincial arrivé à Paris et installé dans un immeuble bourgeois récent. Zola fait un tableau naturaliste des divers habitants de l’immeuble, depuis les grands bourgeois jusqu’aux petits domestiques. À cet égard, on peut affirmer que Pot-Bouille constitue un « portrait de l’ensemble, un miroir de la société entière ». Cependant, si le personnage d’Octave Mouret demeure le héros du récit, c’est surtout la bourgeoisie qui est scrutée et le roman ne s’aventure pas hors des cercles parisiens. Ainsi, Zola réussit-il dans Pot-Bouille à faire un tableau de la société entière, ou bien fait-il simplement un portrait sommaire d’un type social restreint, le bourgeois parisien ?
Dans un premier temps, nous verrons dans quelle mesure Pot-Bouille offre un « miroir de la société entière » en présentant des types sociaux divers situés à tous les niveaux de l’échelle sociale.
Puis, dans un deuxième temps, nous montrerons que Pot-Bouille est aussi et avant tout un roman de formation faisant le récit de l’ascension sociale d’un jeune bourgeois ambitieux et que le tableau naturaliste de la société que donne Zola reste confiné à l’espace géographique parisien et l’espace social bourgeois.
Enfin, dans un troisième temps, nous explorerons les limites de la reproduction naturaliste du réel et la possibilité que le roman ait une visée universaliste sans pour autant faire le portrait de la société toute entière.
I – Pot-Bouille, un « miroir de la société entière »
A – Le roman fait le tableau d’un panel de personnages, situé à divers niveaux de l’échelle sociale
- En choisissant pour cadre un immeuble bourgeois dont il va explorer tous les étages, Zola crée un dispositif narratif qui lui permet d’explorer l’ensemble de la société de son temps. Dans le premier chapitre, Campardon fait visiter l’immeuble de la rue de Choiseul à Octave Mouret et énumère au fil de la montée les différents locataires, précisant à chaque fois leur occupation et leur statut social.
- Chaque palier correspond à un degré de respectabilité bourgeoise : au premier étage logent les plus riches et les plus respectables (Théophile et Valérie Vabre, ainsi que les Duveyrier) ; aux deuxième, troisième et quatrième étages se trouvent les familles moins aisées ; aux combles, invisibles et méprisées, s’entassent les bonnes. Cette stratification verticale de l’espace domestique traduit fidèlement la hiérarchie sociale de la société du Second Empire et des débuts de la Troisième République.
- La cage d’escalier est le lieu stratégique où se croisent les locataires, révélant les hiérarchies internes, les jalousies et les convenances affichées.
B – En plus des habitants de l’immeuble de la rue de Choiseul, Zola fait intervenir divers personnages qui composent un tableau varié de la société
- Zola use de deux procédés : soit il fait venir ces personnages dans l’immeuble de la rue de Choiseul, soit il déplace l’intrigue et la narration hors de l’immeuble.
- Ainsi l’intrigue change-t-elle souvent de décor, ce qui permet à Zola de faire pénétrer le lecteur dans des univers différents : le monde des courtisanes, avec le personnage de Clarisse, maîtresse de Duveyrier, les milieux commerçants avec le magasin Au bonheur des dames, ou encore le milieu pauvre dans lequel vit la jeune Fifi, entretenue par Narcisse Bachelard, le frère d’Éléonore Josserand. Zola fait aussi le portrait d’un représentant du clergé, l’abbé Mauduit, ainsi que d’un médecin, le Dr Juillerat.
C – Zola fait le portrait des classes domestiques et fait entendre leurs discours
- Loin d’exclure les domestiques de son roman, Zola fait un portrait détaillé de Lisa et Victoire (domestiques chez les Campardon) ; Hippolyte, Clémence et Julie (domestiques chez les Duveyrier) ; Louise (domestique chez Mme Juzeur) ; Adèle (domestique chez les Josserand) ; Françoise (domestique chez Théophile et Valérie Vabre) ; Rachel (domestique chez Auguste et Berthe Vabre). Ils sont des personnages à part entière de son roman, avec des caractéristiques bien définies. Ils ne sont pas des stéréotypes, mais des personnages ayant chacun une personnalité et une histoire.
- Zola ne cesse de mêler les bourgeois et les domestiques, au moyen de deux procédés : lorsque les domestiques travaillent chez leurs patronnes bourgeoises et lorsque certains personnages bourgeois montent à l’étage des domestiques, comme c’est le cas d’Hector Trublot, adepte des amours avec les domestiques, ainsi que de Berthe et Octave, lorsqu’ils se donnent un rendez-vous d’amour à l’étage des bonnes dans le chapitre 13.
- Le roman semble présenter un double voyeurisme, voyeurisme des domestiques vis-à-vis des bourgeois et des bourgeois vis-à-vis des domestiques. Par exemple, les bonnes aiment partager des ragots sur l’intimité de leurs patrons : « Adèle elle-même tapait sur l’ancienne demoiselle de sa dame, dont elle étalait les indispositions, les dessous douteux, les secrets de toilette. » (chapitre 13).
- De plus, Zola construit des intrigues secondaires ayant pour personnages les domestiques. Par exemple, il décrit en détail l’accouchement d’Adèle, qui n’a pourtant aucune utilité vis-à-vis de l’intrigue principale concernant les bourgeois habitant l’immeuble.
- Enfin, Zola fait entendre directement les voix du peuple. Les dialogues au discours direct abondent, dans lesquels les mots argotiques et la syntaxe lâche traduisent l’oralité des discours populaires. Par exemple, au chapitre 6, on assiste à une discussion animée entre les diverses bonnes, l’une d’elle s’écriant à propos d’Adèle : « Ah ! la sans-cœur ! elle reste dans une boîte où l’on ne mange pas ! Vrai, c’est ça qui m’exaspère contre elle !… Trop bête, envoie-les donc coucher ! ». Elle parle d’Adèle en sa présence à la troisième personne du singulier, ce qui est une marque d’impolitesse. Cela montre à la fois le manque d’éducation de la bonne et le mépris qu’elle a pour Adèle. De plus, elle emploie un argot populaire : « la sans-cœur » est expression familière désignant une personne insensible à la souffrance d’autrui ; « boîte » désigne de manière figurée et familière la maison où Adèle travaille ; et « envoyer quelqu’un coucher » signifie familièrement éconduire ou repousser quelqu’un. La locution « vrai » placée en début de phrase est aussi une formulation populaire utilisée pour donner plus de force à la phrase qui va suivre. Cette langue familière donne au lecteur l’impression d’assister à une véritable discussion entre domestiques.
II – Le roman de formation d’un jeune homme ambitieux au sein de la société bourgeoise parisienne
A – Cependant, Pot-Bouille raconte avant tout l’itinéraire d’Octave Mouret
- Le roman commence avec son arrivée à Paris et s’achève sur son mariage. Il est le centre de l’intrigue, celui qui fait le lien entre la plupart des personnages. Ses tentatives amoureuses constituent une grande part de l’intrigue du roman.
- À cet égard, Pot-Bouille rappelle des romans comme Le Rouge et le Noir de Stendhal, Le Père Goriot de Balzac, Bel-Ami de Maupassant ou encore L’Éducation sentimentale de Flaubert, centrés sur l’ascension sociale d’un jeune homme arrivé de province. Cette ascension sociale est réalisée grâce à l’aide d’une femme plus âgée et située à un échelon social supérieur. Dans le cas d’Octave, il s’agit de Caroline Hédouin, la patronne du Bonheur des dames.
B – Malgré leur diversité, les personnages incarnent tous plus ou moins une facette différente d’un même type : le bourgeois parisien
- Le tableau naturaliste de la société que donne Zola reste confiné à l’espace géographique parisien et l’espace social bourgeois. Aucune trace du prolétariat ouvrier dont il est fait le portrait dans Germinal, ni des classes paysannes et rurales, ni encore de la très haute bourgeoisie et de l’aristocratie.
- Même la bourgeoisie de province dont est pourtant issu Octave Mouret n’est décrite que brièvement au cours du premier chapitre, sous la forme d’une courte allusion faite par Octave à Madame Campardon sur les succès qu’il avait eus avec une indienne vendue en province.
- En ce sens, Pot-Bouille est moins un portrait de la société française tout entière qu’un portrait d’une classe particulière, prise dans un lieu précis. Il s’agit d’un tableau partiel.
C – Les classes populaires sont moins décrites pour elles-mêmes qu’afin de faire la satire de la bourgeoisie.
- Les domestiques semblent être utilisés par Zola afin de dénoncer l’hypocrisie bourgeoise. Ils semblent être davantage des centres de focalisation au travers desquels une certaine image de la bourgeoisie est donnée. Le narrateur lui-même met en évidence cette fonction révélatrice de la domesticité : « Un silence de mort tomba. Toutes, brusquement, avaient replongé dans leur cuisine ; et il ne montait plus, du boyau noir de l’étroite cour, que la puanteur d’évier mal tenu, comme l’exhalaison même des ordures cachées des familles, remuées là par la rancune de la domesticité. C’était l’égout de la maison, qui en charriait les hontes, tandis que les maîtres traînaient encore leurs pantoufles, et que le grand escalier déroulait la solennité des étages, dans l’étouffement muet du calorifère. » (chapitre 6)
III – Les limites de la reproduction naturaliste du réel
A – Un miroir déformant au service d’un argumentaire théorique
- L’image du miroir suggère une reproduction fidèle et neutre du réel ; or Zola choisit ses faits, les ordonne et les amplifie. L’accumulation des adultères, la médiocrité généralisée de presque tous les personnages et l’absence de toute figure vraiment vertueuse relèvent d’une construction délibérée et non d’un tableau objectif de la société.
- Zola souhaite prouver quelque chose au lecteur, lui apprendre une vérité sur la bourgeoisie de son époque. Il désire montrer que les classes bourgeoises masquent derrière une apparente moralité une médiocrité profonde et font preuve d’une hypocrisie fondamentale. L’intrigue est adaptée aux besoins de la démonstration.
- La répétition des scènes d’adultère est le fruit d’une esthétique spécifique, qui procède par accumulation et amplification pour produire un effet de révélation.
- Dans Le Roman expérimental, Zola reconnaît que le romancier n’est pas un simple observateur, mais qu’il est aussi un expérimentateur, c’est-à-dire qu’il crée des situations pour tester des hypothèses sur la nature humaine et sociale. C’est exactement ce qu’il fait dans Pot-Bouille.
B – Le roman comme œuvre d’art
- Le roman possède une dimension esthétique irréductible. Il ne s’agit pas d’un texte d’idées, dans lequel Zola démontrerait ses théories de manière purement argumentative. Il s’agit d’une œuvre littéraire, exhibant de nombreux effets de style. Certains passages sont particulièrement comiques, de l’ordre du vaudeville, comme la scène du mariage de Berthe, ou, au contraire, poétiques, comme la description très détaillée de l’immeuble au début du roman, dans laquelle Zola met l’accent sur les matières, les couleurs, les odeurs, jusqu’aux sensations de froid ou de chaud, faisant ainsi appel à tous les sens de son lecteur. La réalité est donc transfigurée plutôt que purement reproduite ou retranscrite.
C – Le roman touche à l’universel en décrivant des passions humaines
- Plutôt que de dire que Pot-Bouille est « un portrait de l’ensemble, un miroir de la société entière », on peut dire qu’il a une visée universelle dans la mesure où il décrit des passions humaines qui transcendent les classes sociales. Zola transforme un portrait particulier, le portrait de la bourgeoisie parisienne des années 1880, en tableau de vices et de passions universelles : l’hypocrisie, l’ambition, le désir sexuel, amoureux, matériel, etc.
- En ce sens, Zola rejoint les grands satiristes de la tradition française, de Molière à Balzac. L’hypocrisie qu’il dénonce n’est pas propre à une classe sociale, ni même à une époque déterminée : c’est celle de tout groupe social qui érige des normes auxquelles il ne peut se conformer.
Dissertation sur Pot-Bouille, Conclusion
Ainsi, on ne peut pas affirmer que Pot-Bouille constitue un « portrait de l’ensemble, un miroir de la société entière », puisque, même s’il présente des types sociaux situés à divers niveaux de l’échelle sociale, il se concentre principalement sur la petite et moyenne bourgeoisie parisienne. Toutefois, plutôt qu’un miroir de la société, le roman zolien est une œuvre d’art et une fable à portée universelle, faisant le tableau de vices et de passions qui transcendent un groupe social déterminé. Cependant, la métaphore du miroir dit quelque chose des ambitions universalistes des auteurs du XIXe siècle, puisqu’on la retrouve aussi chez Stendhal, dans une citation de Saint-Réal placée en épitaphe au chapitre XIII de Le Rouge et le noir : « Un roman : c’est un miroir qu’on promène le long d’un chemin. »
Analyses linéaires sur des extraits de Pot-Bouille
- Pot-Bouille, chapitre 1
- Pot-Bouille, chapitre 2
- Pot-Bouille, chapitre 4
- Pot-Bouille, chapitre 6
- Pot-Bouille, chapitre 8
- Pot-Bouille, chapitre 13
- Pot-Bouille, chapitre 18 (excipit)
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- Dissertation sur On ne badine pas avec l’amour
- Dissertation sur Pour un oui ou pour un non
- Dissertation sur Le Menteur
- Dissertation sur Le chevalier de la charrette
- Dissertation sur Pluie et vent sur Télumée miracle
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- Dissertation sur La Peau de chagrin
- Dissertation sur Sido et Les Vrilles de la vigne
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- Dissertation sur Juste la fin du monde
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- Dissertation sur Gargantua
- Dissertation sur Les Caractères
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