Le Mal, Rimbaud : commentaire

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le mal rimbaud analyseVoici une analyse dupoème « Le Mal » d’Arthur Rimbaud.

« Le Mal » : analyse linéaire pour l’oral de français

Ce sonnet de facture classique, publié dans Cahiers de Douai, fait partie des poèmes de jeunesse d’Arthur Rimbaud, qui n’avait pas plus de seize ans lorsqu’il l’a composé.

Le contexte guerrier ici évoqué fait référence à la guerre de la France contre la Prusse en 1870.

On y voit s’affirmer la révolte du jeune poète : révolte contre la guerre elle-même, contre l’Empereur Napoléon III qui mène cette guerre, et contre l’hypocrisie de la religion qui profite de la naïveté et du malheur des pauvres gens. Voilà ce qui constitue « le mal », comme l’indique le titre du poème.

Poème étudié

Le Mal

Tandis que les crachats rouges de la mitraille
Sifflent tout le jour par l’infini du ciel bleu ;
Qu’écarlates ou verts, près du Roi qui les raille,
Croulent les bataillons en masse dans le feu ;

Tandis qu’une folie épouvantable broie
Et fait de cent milliers d’hommes un tas fumant ;
– Pauvres morts ! dans l’été, dans l’herbe, dans ta joie,
Nature ! ô toi qui fis ces hommes saintement !…

– Il est un Dieu, qui rit aux nappes damassées
Des autels, à l’encens, aux grands calices d’or ;
Qui dans le bercement des hosannah s’endort,

Et se réveille, quand des mères, ramassées
Dans l’angoisse, et pleurant sous leur vieux bonnet noir,
Lui donnent un gros sou lié dans leur mouchoir !

Cahiers de Douai, Rimbaud

Problématique

Comment le poète parvient-il à susciter l’indignation chez son lecteur et à dénoncer « le mal » qui corrompt la société ?

Annonce du plan linéaire

Ce sonnet présente une opposition classique entre les quatrains et les tercets.

Le premier mouvement, représenté par les deux quatrains (v. 1 à 8), expose l’horreur de la guerre.

Le second mouvement, constitué des deux tercets (v. 9 à 14), met en regard le tableau d’un Dieu « pacha »  qui se roule dans l’opulence tandis qu’on meurt de part et d’autre.

I- Dénonciation de l’horreur et de l’absurdité de la guerre (v. 1 à 8)

Ce sonnet n’est grammaticalement constitué que d’une seule phrase. Les deux quatrains n’en exposent que la subordonnée circonstancielle de temps, introduite par la conjonction de subordination « tandis que » (v. 1 et 4), repris au début de chaque quatrain.

Ce subordonnant marque deux éléments. Tout d’abord, il appuie la concomitance entre le tableau décrit dans les quatrains et celui des tercets (qui contient la proposition principale).

Ensuite, la hiérarchisation entre ces deux tableaux crée l’indignation. En effet, l’horreur exposée dans la subordonnée (les deux quatrains) n’est, grammaticalement que secondaire par rapport à ce qui est exposé dans la principale (tercets). Rimbaud joue de cette hiérarchisation pour instaurer l’ironie et faire jaillir l’indignation.

A – Premier quatrain (v. 1 à 4) : la guerre, un tableau coloré

Le subordonnant « tandis que » (v. 1) associé au présentsifflent », v. 2) et au complément de temps « tout le jour » (v. 2) marque une continuité de l’action décrite. Il s’agit d’une violence ininterrompue comme l’indique l’expression « les crachats rouges de la mitraille » (v. 1).

Le terme « crachats », péjoratif et répugnant, signale la laideur – esthétique et morale – des tirs qui souillent le paysage.

La couleur rouge, sanglante, déchire « l’infini du ciel bleu » (v. 2).

En deux vers, Rimbaud met déjà en opposition l’horreur de la guerre et la beauté paisible du ciel. L’absurdité de la guerre est déjà dénoncée.

La phrase se poursuit (« qu’ » au vers 3 reprend « tandis que ») en présentant pêle-mêle les deux armées qui s’affrontent : « Qu’écarlates ou verts […] / Croulent les bataillons » (v. 3-4).

Les uniformes écarlates sont ceux des soldats français ; les Prussiens sont en vert. Ici, comme dans un tableau qui montrerait la scène de loin, ils ne sont plus que des taches de couleur qui se mêlent « en masse » (v. 4) et s’effondrent « dans le feu » (v. 4).

Le présent du verbe « croulent » marque l’aspect continu et répété de ce massacre que personne ne vient interrompre.

Au contraire, les monarques n’accordent aucune valeur à la vie de leurs soldats : l’expression « près du Roi qui les raille » (v. 3), au singulier, vaut pour chaque armée ; le « Roi » avec majuscule a une valeur universelle et représente aussi bien le monarque prussien que le monarque français. L’un ne vaut pas mieux que l’autre : le verbe « railler », qui rime ici avec « mitraille » (v. 1), exprime le mépris et l’indifférence des monarques pour ces bataillons qui s’effondrent.

B- Second quatrain (v. 5-8) : un charnier dans l’indifférence

La proposition circonstancielle de temps se poursuit, avec le subordonnant « tandis que » (v. 5). On franchit toutefois un degré dans la violence et l’horreur, avec des termes qui dépeignent un véritable charnier : « broie » (v. 5), « un tas fumant » (v. 6).

La « folie épouvantable » (v. 5) est celle des « Rois » et de leurs ambitions meurtrières.

L’idée d’un massacre de masse, déjà exprimée au vers 4, se retrouve au vers 6 : « fait de cent milliers d’hommes un tas fumant ».

Le pluriel, « cent milliers d’hommes », s’oppose au singulier de « un tas fumant » pour exprimer la réduction à néant de toutes ces vies.

Le terme « tas », disgracieux, prolonge l’idée du verbe « broie » : les corps sont indistincts ; c’est un charnier.

La voix du poète se fait soudain entendre, après le tiret du vers 7 : « Pauvres morts ! ».

Cette exclamation fait entendre la compassion et la révolte.

Rimbaud se tourne alors vers la « Nature », personnifiée et déifiée par la majuscule et par le tutoiement : « dans l’été, dans l’herbe, dans ta joie » (v. 7). La Nature représente la vie et la beauté.

Or la rime de « joie » avec « broie » (v. 5) souligne le paradoxe entre la mort que sèment les « Rois » au milieu de toute cette vie qu’offre la nature.

La nature est mise en valeur en tête de vers (v. 8), et invoquée comme une déesse créatrice : « ô toi qui fis ces hommes saintement !… ».

En face du Dieu chrétien, Rimbaud place donc, de manière provocatrice, une divinité féminine, païenne, créatrice et « sainte ». Il annonce ainsi la critique de la religion qui fait l’objet des tercets.

II- Dénonciation d’une Eglise impitoyable et cupide (v. 9 à 14)

Les tercets exposent la proposition principale : celle qui porte donc, en théorie, le message principal de la phrase.

A – Premier tercet (v. 9 à 11) : un Dieu dans l’opulence et dans la paix

Le tiret du vers 9 nous éloigne des scènes horribles décrites dans les quatrains.

L’expression impersonnelle « il est » a le sens fort d’ « exister » et donne tout à coup aux vers la sérénité de l’immortalité. Le présent n’a plus le même sens que dans les quatrains.

Le Dieu ici désigné « rit » (v. 9) d’aise et de joie à la vue des richesses dont on l’entoure : « nappes damassées / des autels » (v. 9), « à l’encens, aux grands calices d’or » (v. 10). Ces énumérations au pluriel amplifient la dénonciation des richesses scandaleuses de l’Église.

Le vers 11, qui enjambe sur le vers 12, lie les deux tercets et montre les soins dont on entoure ce Dieu au coucher (« s’endort », v. 11) comme au réveil (« Et se réveille », v. 12), par le « le bercement des hosannah » (v. 11), chants religieux qu’on chante en son honneur.

Le verbe « s’endort » rime avec « d’or » (v. 10) et donne l’impression d’un Dieu « pacha » qui s’endort confortablement dans son or.

B Second tercet (v. 12 à 14) : la misère des suppliantes

Avec cet or contraste soudainement la pauvreté de ces « mères, ramassées / Dans l’angoisse » (v. 12-13) qui viennent prier pour leurs enfants qui meurent au combat.

Le rejet du complément « dans l’angoisse » au vers 13 et la pause qu’il impose à la phrase peuvent mimer la respiration haletante des sanglots.

La rime de « ramassées » avec « damassées » (v. 9) souligne le contraste entre les beaux tissus qui décorent l’autel et l’aspect misérable de celles qui viennent prier.

Le « vieux bonnet noir » (v. 13), terne, tout comme le « gros sou lié dans leur mouchoir » (v. 14) signalent la pauvreté de ces suppliantes.

Mais dans leur naïveté et leur superstition, elles « lui donnent » ce sou en espérant que ce geste pieu sauvera leurs fils.

La dénonciation de Rimbaud est claire. Ce Dieu – c’est-à-dire en réalité les prêtres et l’institution de l’Église tout entière – ne peut qu’avoir honte d’accepter l’offrande des pauvres gens : car non seulement l’Église se roule indécemment dans l’opulence, mais elle n’empêche en rien la mort des soldats sacrifiés.

Conclusion

Ce sonnet politique dénonce non seulement la politique guerrière et meurtrière menée par Napoléon III, mais aussi l’hypocrisie de l’Église.

Cette dernière se nourrit de la crédulité et de la générosité des pauvres gens, se roule sans honte dans les richesses et n’empêche en rien l’ambition meurtrière des puissants.

Rimbaud organise sa dénonciation en se servant de la traditionnelle opposition des quatrains et des tercets pour juxtaposer deux tableaux scandaleux en soi et qui, mis en relation l’un avec l’autre, appellent à l’indignation et à la révolte.

Il détourne l’imagerie traditionnelle : semblant décrire le tableau historique d’une bataille, il en montre non pas l’aspect héroïque mais l’absurdité et l’horreur. Il tourne en dérision les honneurs dont on couvre le Dieu chrétien et en appelle au culte de la Nature, seule vraie créatrice.

« Le Mal » : commentaire littéraire pour l’écrit du bac de français

Annonce de plan de commentaire composé

Dans cette analyse, nous verrons que la double dénonciation de la guerre et de la religion (I) en contraste avec un hymne à la nature (II) fait de ce texte un poème de révolte (III).

I – Une dénonciation de la guerre et de la religion

A – Une dénonciation de la guerre

La guerre est évoquée dès le vers 1 à travers l’image des « crachats rouges de la mitraille ».

Cette métaphore comparant les coups de feu à des « crachats rouges » peut aussi être une métonymie pour désigner les blessures des soldats.

Dans les deux cas, « crachats » se rattache à l’idée de projection et la couleur rouge peut être associée au feu et/ou au sang.

On remarque également un champ lexical de la guerre : « mitraille » (v. 1), « bataillons » (v. 4), « folie épouvantable » (v. 5), « cent milliers d’hommes » (v. 6), « morts » (v. 7).

Celui-ci est étoffé par une harmonie imitative qui consiste à rendre par le rythme et les sonorités les phénomènes décrits : l’allitération en « f » (« sifflent », « infini », v. 2 ; « feu », « folie », v. 4-5 ; « fais », « fumant », v. 6) et l’allitération en « r » (« crachats rouges », « mitraille », v. 1 ; « écarlates », « verts », « Roi », « raille », v. 3 ; « croulent », « broie », v. 4-5) reproduisent les sonorités des bombardements, qui se mêlent aux cris des soldats avec l’assonance en « a » .

De même, les nombreuses monosyllabes (« Sifflent tout le jour par l’infini du ciel bleu », « ou verts, près du Roi qui les raille », v. 2-3 ; « en masse dans le feu », v. 4 ; « Et fait de cent milliers d’hommes un tas », v. 6) imitent le rythme saccadé et incessant des coups tirés.

Le poète dénonce l’aspect destructeur de la guerre dans une métaphore filée aux vers 4 et 6.
Le champ de bataille est comparé à un brasier où les hommes s’effondrent comme des bûches carbonisées : « Croulent les bataillons en masse dans le feu (…) Et fait de cent milliers d’hommes un tas fumant ».

La personnification des armes de guerre (« crachats », « rouges », « sifflent », v. 1-2) est en contraste avec la déshumanisation des soldats. Ce ne sont plus des individus mais une « masse » de « bataillons » (v. 4) réduite en « un tas fumant » (v. 6).

Cette dénonciation de la guerre s’accompagne d’une dénonciation de la religion, faisant de ce poème un diptyque.

B – Une dénonciation de la religion

L’écho entre la raillerie du Roi au vers 3 (« du Roi qui les raille ») et le rire du Dieu au vers 9 (« un Dieu qui rit ») met en évidence un parallélisme.

Le poète associe ces deux figures qui ont en commun leur puissance. Celle-ci est marquée par la majuscule et le singulier, qui les individualise. Ils se distinguent alors de leurs victimes, qui se fondent dans la collectivité (« cent milliers d’hommes », v. 6 ; « des mères », v. 12).

On notera tout de même l’emploi du pronom indéfini « un » pour désigner Dieu (v. 9). Le poète marque ainsi sa distance et son scepticisme vis-à-vis de la religion.

La religion est introduite à la fin du vers 8 à travers l’adverbe « saintement » et se développe ensuite à travers un champ lexical dans le premier tercet : « Dieu », « autels », « encens », « calices » (v. 9-10), « hosannah » (v. 11).

Le champ lexical du sommeil (« bercement », « s’endort », v. 11 ; « se réveille », v. 12) dénonce la passivité et l’indifférence de Dieu vis-à-vis de la guerre et de ses victimes.

Cette insouciance et la gaieté associée au rire et aux hosannah (chants joyeux) s’opposent à l‘inquiétude et à la tristesse des mères : « ramassées », « Dans l’angoisse », « pleurant » (v.12-13).

Cette indifférence est aussi soulignée par le contraste entre la violence manifestée dans les quatrains et la douceur marquée par l’allitération en « s » dans les tercets : « damassées » (v. 9), « encens », « calices » (v. 10), « bercement », « ramassées » (v. 11-12), « angoisse », « sou » (v. 13-14).

Le poète dénonce également la cupidité de Dieu à travers le champ lexical du luxe (« nappes damassées », « grands calices d’or », v. 9-10) et le « gros sou » (v. 14) qui éveille l’intérêt de Dieu.

L’hymne à la nature présente dans « Le mal » contraste avec la critique virulente de la guerre et de la religion.

II – Une hymne à la nature

A – Un éloge de la nature

La nature est glorifiée par le poète. Elle est présentée à travers une allégorie et une interjection lyrique : « Nature ! » (v. 8). Elle est ici mise en valeur par le rejet en début de vers.

Le poète apostrophe la nature en la tutoyant (« ô toi », v. 8). La nature lui est familière, mais en même temps il la respecte.

L’accumulation au vers 7 exprime une vision idyllique de la nature : « dans l’été, dans l’herbe, dans ta joie ». Ces termes, comme l’expression : « l’infini du ciel bleu » (v. 2),  évoquent la pureté et l’innocence.

Mais la Nature sacrée du poète est souillée par la guerre.

B – Le contraste avec la guerre

Le contraste entre la guerre et la nature est marqué par la symétrie entre l’apostrophe aux « pauvres morts ! » au début du vers 7 et l’apostrophe à la nature au début du vers suivant.

De même, la rime entre « ciel bleu » (v. 2) et « feu » (v. 4) suggère l’opposition entre la nature divine (ciel) et la guerre diabolique (enfer).

Chez Rimbaud, les couleurs servent souvent à créer des oppositions, des contrastes.

Le bleu et le vert sont associés à la nature, le rouge à la violence et à la mort.

On retrouve bien cette opposition entre la nature et la mort dans le premier quatrain : « rouges », « bleu » (v. 1-2), « écarlates ou verts », « feu » (v. 3-4).

C – Déification de la nature : une puissance créatrice

La nature se présente comme une puissance créatrice, menacée par la violence destructrice de la guerre : « Nature ! Ô toi qui fis ces hommes saintement » (v. 8).

Le « faire » destructeur de la guerre, conjugué au présent (« Et fait de cent milliers d’hommes un tas fumant », v. 6), s’oppose au passé simple du « faire » créateur de la nature (« qui fis ces hommes », v. 8).
La guerre détruit ce que la nature a créé.

L’adverbe « saintement » suggère aussi une opposition entre Nature et Dieu.
Seule la nature est véritablement sainte aux yeux du poète.

Les rôles sont inversés : ce n’est pas « un Dieu » qui crée les hommes mais la Nature.

Cette conception païenne de la Création démontre la violente opposition du poète au Christianisme.

III – Un poème de révolte

A – Les émotions du poète

Les émotions du poète sont marquées à travers le vocabulaire affectif : « épouvantable » (v. 5), « Pauvres » (v. 7), « vieux » (v. 13).

Il exprime ainsi sa pitié envers les soldats et sa compassion pour leurs mères.

Le pathétique règne dans le second tercet. La détresse des mères est mise en évidence par leur posture ramassées », v. 12), leur pauvreté (« vieux bonnet », « un gros sou », v. 13-14) et leurs sentiments : « l’angoisse » (v. 13), la peine pleurant », « mouchoir », v. 13-14), le deuil (« noir », v. 13).

Les émotions transparaissent également dans la ponctuation.

Les nombreuses exclamations aux vers 7, 8 et 14 trahissent l’indignation du poète.

Les tirets (v. 7-8) marquent une parenthèse dans le poème et indiquent que le poète ne peut s’empêcher d’intervenir tant son émotion est forte.

Les points de suspension au vers 8 créent une rupture, comme si le poète devait reprendre son souffle avant de poursuivre :
« ô toi qui fis ces hommes saintement ! » .

B – La chute

La forme du sonnet favorise la progression du poème vers une chute.

L’effet d’attente est accentué par la construction du poème :

Celui-ci est constitué d’une seule et longue phrase, dont le verbe principal n’apparaît pas avant le vers 9.
Avant, quatre propositions subordonnées se succèdent, entrecoupées de points-virgules.

A partir du vers 12, les virgules donnent un rythme plus saccadé qui s’accélère progressivement jusqu’à la chute.

Ici, la chute est suscitée par une image forte : les prières et l’offrande de pauvres mères pour le salut de leurs fils à un Dieu indifférent et vénal, uniquement intéressé par le « gros sou ».

Cette chute marque le point culminant de la révolte de Rimbaud.

C – Un poème argumentatif ?

Rimbaud fait part ici de son engagement en exprimant sa révolte contre les pouvoirs, contre la guerre et la religion, et même contre la crédulité du peuple à travers l’offrande naïve des mères.

Le poème, dans sa structure, a l’allure d’un texte argumentatif.

Le poète multiplie en effet les parallélismes et les oppositions, joue sur les contrastes.

Les anaphores rhétoriques (« Tandis que » et « Tandis qu’ », vers 1 et 5 ; « Et », vers 6 et 12) prêtent au discours du poète un caractère oratoire.

De plus, la simultanéité marquée par le « tandis que » et l’emploi du présent, ainsi que les multiples images, soulignent l’aspect pictural du texte.

En permettant au lecteur de visualiser ces différentes scènes, le poète peut ainsi mieux le convaincre.

Il le persuade également grâce au pathétique et aux effets d’amplification et d’exagération des hyperboles : « tout le jour », « l’infini » (v. 2), « en masse » (v. 4), « épouvantable » (v. 5), « cent milliers » (v. 6).

Le Mal, Rimbaud – Conclusion :

« Le Mal » est l’un des premiers poèmes de Rimbaud, dans lequel il laisse éclater sa révolte adolescente. Témoin de la guerre et de sa violence (la guerre franco-prussienne de 1870), il s’en prend aux puissances supérieures responsables du mal : le Roi et Dieu, deux figures qu’il met en parallèle.

Pour lui, la seule religion valable se trouve dans la Nature, puissance créatrice qu’il célèbre comme un Idéal, en opposition avec la guerre et le christianisme.

Ce poème est à rapprocher du « Dormeur du val » écrit en octobre 1870, qui décrit un soldat endormi dans l’herbe. La chute révèle que le jeune soldat est mort (« Il a deux trous rouges au côté droit. »)

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Qui suis-je ?

Amélie Vioux

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20 commentaires

  • L’on peut voir une belle isocolie au vers 7 (harmonie) qui s’oppose à l’hypozeuxe des couples de vers 1/2; 3/4 et 5/6 suggérant la cadence militaire et mécanique de la guerre venant troubler cette atmosphère idyllique.

    Une ode à la paix et au bonheur dans un poème splendide ayant été analysé à sa juste valeur, c’est à dire avec brio !

  • C’est très bon. Je travaille actuellement avec des étudiants en lettres en commentaire composé et cela m’a été d’une grande aide. Merci. Cordialement. Ulrich.

  • Bonjour!
    Merci pour vos commentaires Amélie. J’ai seulement une question: Dans chaque vers il y a 12 syllabes mais l’avant dernier il y en a 13 et le dernier 11. Je ne comprends pas cela et si c’est juste comment on appelle ce cas?

    • vu que tu n’as pas de réponse, je vais essayer de t’aider 🙂
      je pense que tu comptes juste mal les syllabes dans les vers; je ferais comme ça :

      Dans – l’an – goisse – et – pleu – rant – sous – leur – vieux – bo- nnet – noir, (ici on dit « vieux » et pas « vi-eux » pour avoir un alexandrin ; ca s’appelle une diérèse)
      Lui -do – nnen- t un – gros – sou – li- é – dans – leur mou – choir ! (ici, tu fais la liaison « donnent un », on prononce le « e » muet; et tu fais la diérèse « li-é » pour avoir un alexandrin)

      j’espère que ca t’aura aidé

    • « Œuvre littéraire ou artistique en deux parties. »
      Ici deux parties peuvent être clairement distinguées : les quatrains qui décrivent l’horreur de la guerre, et les tercets où Rimbaud s’attaque à la religion.

  • Bonjour, merci pour ce commentaire composé très explicatif mais simple malgrès tout. Actuellement en classe de seconde, j’étudie le commentaire composé afin de nous préparer au bac de français de l’année prochaine. J’ai étudié également les poèmes « Sensation » et « Le Dormeur Du Val », grâce à vous écrits, je m’exerce et me corrige.
    Cordialement. Manon

  • Bonjour Amélie je suis en pleine révisions de mes textes pour l’oral du bac de français et vous m’aidez beaucoup à compléter mes notes! J’aurai juste une petite question qu’est-ce qu’est réellement une métaphore filée?
    merci d’avance
    alexandra

  • Bonjour,
    Je suis Pr. à l’université de La Réunion (en droit) et je suis mon fils dans sa préparation au bac français. Bravo pour ce que vous faites. Cela nous est vraiment très utile.
    Cdlmt.
    MML

  • Bonjour Amélie,
    Je suis une élève de 1ère S et j’ai à faire une lecture analytique sur « Ma Bohème » de Rimbaud. Je n’ai aucun soucis pour dégager les enjeux du texte ni pour trouver les procédés stylistiques. En revanche, je n’arrive pas à trouver l’intitulés de mes axes de lectures… .
    Pourriez-vous rédiger un plan pour ce texte, s’il vous plaît. J’ai un Bac Oral Blanc mercredi et « Ma Bohème » fera partie des textes sur lesquels je risque d’être interroger … .
    Merci D’avance.
    LéaDésirée

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