le curé et le mortVoici un commentaire de la fable « Le Curé et le Mort » de Jean de La Fontaine.

Le Curé et le Mort, introduction :

Publiées au 17e siècle, les Fables de La Fontaine prennent la forme de courts récits plaisants, mettant en scène des hommes, des végétaux ou des animaux.

Elles sont un moyen pour le fabuliste de critiquer les mœurs de son temps tout en amusant son lecteur et en contournant la censure.

Dans cette fable, un curé enterre un mort en se réjouissant des bénéfices qu’il va tirer de la cérémonie, mais il se fait soudainement briser le crâne par le cercueil, tombé de son carrosse.

La Fontaine s’inspire ici d’une histoire vraie, rapportée par Madame de Sévigné, qu’il adapte sur un ton humoristique.

Questions possibles à l’oral de français sur « Le curé et le mort » :

♦ Que La Fontaine cherche-t-il à critiquer?
♦ En quoi peut-on dire que cette fable est un apologue ?
♦ Quels procédés déploie La Fontaine pour plaire et instruire?
♦ Qu’est-ce qui fait l’efficacité de la fable « Le curé et le mort » ?
♦ Comment La Fontaine brosse-t-il le portrait de chaque personnage
♦ Quelle est la morale de la fable « Le curé et le mort » ?

Annonce du plan

Si la fable « Le curé et le mort » apparaît de prime abord comme un récit ludique (I), elle n’en présente pas moins une double morale : une réflexion philosophique sur l’existence et une satire du clergé (II).

I – Un récit ludique

A – La structure classique d’un récit

Inspiré d’une histoire vraie, le récit du curé et son mort est plaisant pour le lecteur car il entretient une forme de suspense.

La Fontaine développe longuement la situation initiale, et retarde l’avènement de l’élément déclencheur, créant une attente chez le lecteur.

La situation initiale s’étend en effet sur 28 vers : elle présente la cérémonie de mise en bière, le Curé, mais également le Mort, qui apparaît lui aussi comme un personnage.

Le carrosse conduit le cercueil, dans lequel se trouve le Mort, vers la tombe :
« Un mort s’en allait tristement /
S’emparer de son dernier gîte
» (v. 1-2) ;
« Notre défunt était en carrosse porté /
Bien et dûment empaqueté, /
Et vêtu d’une robe, hélas ! qu’on nomme bière
 » (v. 5-7).

Le Curé procède sans égards aux différentes étapes de la cérémonie en se réjouissant à l’idée du bénéfice qu’il va en tirer, et rêvassant à ce que cet argent va lui permettre d’acquérir :
« Le Pasteur était à côté, /
Et récitait à l’ordinaire /
Maintes dévotes oraisons
» (v. 10-12) ;
« Monsieur le Mort, j’aurai de vous /
Tant en argent /
Et tant en cire
 » (v. 21-22).

L’élément déclencheur survient au vers 29, « Sur cette agréable pensée / Un heurt survient, adieu le char » : le cercueil tombe accidentellement du carrosse.

La résolution finale (v. 31-35), introduite par l’adverbe « voilà » qui en accentue le caractère brutal et spectaculaire, présente la mort du Curé : « Voilà Messire Jean Chouart / Qui du choc de son mort a la tête cassée ».

Ce coup de théâtre, soudain et inattendu après une si longue introduction, provoque la surprise du lecteur et vise à susciter son plaisir.

La fable se clôt sur une morale explicite (v. 36-39) qui souligne la tendance que nous avons à rêver des projets sans vivre dans le moment présent.

B – La variété des vers et des rimes

Alternant entre plusieurs types de vers et de rimes, la fable « Le curé et le mort » est d’une grande vivacité.

Elle mêle alexandrins et octosyllabes : il s’agit donc d’une fable hétérométrique.

Cette hétérométrie instaure un rythme irrégulier qui permet au fabuliste de rendre son propos plus incisif et vivant.

En effet, les alexandrins isolés parmi les octosyllabes soulignent le décalage entre le tragique de la situation – un enterrement – et la désinvolture du Curé, qui fait son travail de manière mécanique, ne pensant qu’à son argent.

En témoigne par exemple le décalage entre la trivialité des octosyllabes (v. 4 et v. 6) et la dimension solennelle de l’alexandrin (v. 5) : « Enterrer ce mort au plus vite. (octosyllabe)
Notre défunt était en carrosse porté (alexandrin)
Bien et dûment empaqueté
 » (octosyllabe) (v. 4-6).

L’alternance entre vers longs et vers courts insiste sur l’opposition entre la gravité de la situation et la légèreté du Curé.

Cela permet également de souligner l’ironie de l’auteur.

C’est le cas au vers 16 par exemple, où l’alexandrin, en introduisant une rupture rythmique, insiste sur le cynisme du Curé et le caractère impersonnel de la cérémonie, qui n’est pas faite pour le Mort mais bien pour que le Curé gagne son argent : « On vous en donnera de toutes les façons« .

L’alexandrin permet par ailleurs à La Fontaine de mettre en valeur l’intérêt déplacé que porte le Curé au Mort et de s’en moquer :
« Messire Jean Chouart couvait des yeux son mort
Comme si l’on eût dû lui ravir ce trésor. »
(v. 18-19) ;
« Il fondait là-dessus l’achat d’une feuillette » (v. 24).

Ces variations de rythmes confèrent à la fable une certaine vivacité qui participe du ton humoristique de la fable et vise à divertir le lecteur.

La variété des rimes accentue également cette vivacité :
♦ Les rimes croisées installent le récit (« tristement / gîte / gaiement / vite » v. 1-4);
♦ Les rimes embrassées accompagnent la rêverie du Curé (« environs / proprette / Pâquette / cotillons » v. 25-28);
♦ Les rimes suivies traduisent la froideur implacable de la mort (« Pasteur / Seigneur / compagnie / vie » v. 33-36).

C – Un récit comique

« Le curé et le mort » est une fable plaisante pour le lecteur de par les décalages humoristiques qu’elle met en place.

Dès les premiers vers, La Fontaine insiste avec humour sur la discordance entre le Curé et le mort :
« Un mort s’en allait tristement » (v. 1) ;
« Un Curé s’en allait gaiement » (v. 3).

Le parallélisme syntaxique entre les deux vers, associé à l’antithèse entre « tristement » et « gaiement » , souligne avec humour le décalage entre les deux personnages.

Le fabuliste joue par ailleurs sur l’opposition entre gravité et légèreté.

Dans les vers 5 à 9, le champ lexical de l’enterrement (« carrosse » ; « défunt » ; « hélas ! » ; « bière » ; « morts ») se mêle à un lexique plus trivial (« empaqueté » ; « robe d’hiver, robe d’été ») : ce mélange de registres relève de l’héroï-comique, et prête à sourire.

Cette opposition entre gravité et légèreté est par ailleurs soulignée par le désintérêt du Curé pour le mort.

En effet, il veut « gaiement / Enterrer ce mort au plus vite » (v. 3-4) et procède à l’office de manière mécanique.

En témoigne l’anaphore « et » des vers 11 à 14 et l’accumulation qui soulignent avec ironie le profond désintérêt du Curé qui ne cherche qu’à expédier au plus vite les étapes de la cérémonie :
« Et récitait à l’ordinaire
Maintes dévotes oraisons,
Et des psaumes et des leçons,
Et des versets et des répons
 ».

Le nom du curé souligne ce décalage puisque « Jean Chouart » renvoie au Pantagruel de Rabelais et présente ainsi le prêtre comme un personnage obsédé par la nourriture, l’alcool et les femmes (Dans le livre II de Pantagruel, « Jean Chouart » est une façon de désigner le pénis).

Par ailleurs, chouart est l’homophone du verbe « choir » qui signifie tomber et qui peut faire ironiquement référence à la fin de la fable.

Enfin, le jeu entre réification et personnification du mort confère également une tonalité comique à la fable.

En effet, présenté comme « le mort », il apparaît tantôt comme un objet que convoite le Curé (« empaqueté » v. 6 ; « Messire Jean Chouart couvait des yeux son mort / Comme si l’on eût dû lui ravir ce trésor » v. 18-19), tantôt comme une personne vivante (« vêtu d’une robe » v. 7 ; « Le paroissien en plomb entraîne son Pasteur » v. 33) qui opère le renversement final en tuant le Curé.

II – Une double morale

A – Le portrait négatif du Curé

Dans « Le curé et le mort », La Fontaine brosse un portrait négatif du Curé.

Ce dernier fait son travail sans engagement, de manière mécanique, par cupidité.

En effet, la seule chose qui l’intéresse, alors qu’il procède à l’enterrement du défunt, est l’argent qu’il va en tirer.

En témoigne l’anaphore « tant » des vers 22 et 23, qui souligne sa cupidité et son matérialisme : « Tant en argent, et tant en cire, / Et tant en autres menus coûts ».

L’enterrement n’est pas vraiment pour le défunt, mais bien plutôt pour le Curé qui en tire un salaire : « Monsieur le Mort, laissez-nous faire, / On vous en donnera de toutes les façons / Il ne s’agit que du salaire » (v. 15-17).

Le Curé s’adresse directement au mort, et emploie l’expression « Monsieur le Mort » à deux reprises (v. 21 et v. 15) pour lui faire part de sa cupidité : cela souligne son cynisme et son irrespect à l’égard du défunt qu’il enterre.

Par ailleurs, il fait des projets matérialistes, rêvant à ce que cet argent va lui permettre d’acheter, ce qui contraste avec sa position de Curé :

♦ Il projette de s’acheter du vin: « Il fondait là-dessus l’achat d’une feuillette / Du meilleur vin des environs » (v. 25).

♦ Il est lubrique et veut acheter des jupes à sa nièce et à sa chambrière : « Certaine nièce assez proprette / Et sa chambrière Pâquette / Devaient voir des cotillons.» (v. 26-28)

Il apparait ainsi hypocrite puisqu’il déroge à la rigueur morale qui caractérise sa profession.

B – Une réflexion philosophique sur la vie

La morale explicite de la fable apparaît comme une réflexion philosophique sur le rapport que les hommes entretiennent avec l’existence.

En effet, La Fontaine fait explicitement le lien entre lui-même, le lecteur, et le Curé, lorsqu’il emploie la première personne du pluriel, « notre vie » : « Proprement toute notre vie ; / Est le curé Chouart qui sur son mort comptait » (v. 36-37).

Il affirme ainsi que sa fable parle de tous les hommes, lui-même et le lecteur inclus.

Le personnage du curé, obnubilé par l’argent, fait son travail sans conscience et vit en rêvant à ce qu’il pourrait faire s’il était plus riche. La Fontaine souligne qu’il incarne la tendance des hommes à ne pas vivre dans l’instant et à n’être jamais satisfaits de ce qu’ils ont.

Comme le Curé avec son mort, La Fontaine suggère que les hommes comptent sur un avenir qui peut à tout instant leur échapper, au lieu de vivre humblement, ici et maintenant.

A travers ce personnage décrit de manière très négative, il souligne que cette tendance pousse au vice.

Par ailleurs, La Fontaine érapprochele Curé et le personnage d’une autre fable, Perrette, de « La laitière et le pot au lait » : une laitière va vendre son lait au marché en rêvant à tout ce qu’elle va acquérir grâce à l’argent qu’elle va en tirer, mais le renverse accidentellement en chemin.

La Fontaine, en rapprochant les deux fables, souligne le danger de « faire des châteaux en Espagne » comme il dit dans « la laitière et le pot au lait » : faire des plans sur la comète sans profiter de ce qu’on a, en oubliant qu’un accident peut survenir à tout moment.

C – Une satire du clergé

La Fontaine, en brossant un portrait très négatif du Curé, fait la satire du clergé.

Le registre héroï-comique joue sur le décalage entre le caractère solennel de la situation et l’attitude triviale du Curé.

Le portrait qu’il fait du Pasteur est à ce titre empreint d’une ironie grinçante.

En témoigne le jeu sur la rime entre « mort » (v. 18) et « trésor » (v. 19) qui en dit long sur le manque de spiritualité du clergé et leur attirance pour les biens matériels.

L’anaphore « tant » associée à l’euphémisme « de menus coûts » (qui suggère l’importance des coûts) traduisent également l’ironie grinçante de l’auteur : « Tant en argent, et tant en cire, / Et tant en autres menus coûts » (v. 22-23).

Dès le vers 5, La Fontaine se place, de même que son lecteur, du côté du Mort qu’il évoque par la formule « Notre défunt », et donc en opposition au Curé.

Il joue par ailleurs avec les formes possessives pour souligner l’ironie de son propos.

♦ L’article indéfini du premier vers – « un mort » – se transforme en adjectif possessif a mesure que le Curé s’approprie ce mort : « couvait des yeux son mort » (v.18).

♦ Puis le rapport de possession s’inverse : « Le Paroissien en plomb entraîne son Pasteur » (v. 33).

Le fabuliste remet les deux hommes sur un pied d’égalité, comme pour souligner que le Curé est un homme comme les autres, lui aussi promis à la mort : « Tous deux s’en vont de compagnie» (v. 35).

Il présente ainsi les hommes d’Église comme des gens avides, intéressés, hypocrites, matérialistes.

Le Curé et le Mort, conclusion :

La fable « Le curé et le mort » est bien un apologue : un récit plaisant qui délivre une morale pour le lecteur.

Mais derrière ce récit agréable, qui s’achève sur une réflexion philosophique sur l’existence, se cache une satire virulente du clergé.

La Fontaine, en moraliste classique, cherche à plaire et instruire à la fois : il divertit le lecteur, fait l’éloge de la simplicité et contourne la censure pour critiquer les mœurs de son temps.

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